Campagne présidentielle « très indécise » en Tunisie

La campagne présidentielle démarre officiellement ce lundi en Tunisie, près de six semaines après le décès du président Béji Caïd Essebsi. « Un scrutin aussi indécis que vital pour l’unique pays rescapé des Printemps arabes de 2011, qui doit encore consolider les acquis démocratiques », juge l’AFP.

En effet, « c’est la première fois que les Tunisiens n’ont aucune idée de qui va être président », souligne le groupe de réflexion Joussour. En 2014, lors de la première présidentielle de l’après-révolution, « il y avait deux grands « champions » », le sortant Moncef Marzouki – élu fin 2011 par l’Assemblée nationale constituante -, et M. Essebsi. « Là, tout est possible. » Alors que le 15 septembre, quelque sept millions de Tunisiens seront appelés aux urnes, le nombre de candidats, 26, est l’un des signes de l’incertitude qui entoure le scrutin de cette année.

L’un des candidats les plus mis en avant, Nabil Karoui, est en prison depuis le 23 août après avoir été inculpé pour « blanchiment d’argent ». L’Isie a validé sa candidature, et son premier meeting devait être pris en charge par son épouse lundi soir à Gafsa. Les partisans de cet homme d’affaires ont accusé le chef du gouvernement Youssef Chahed, lui aussi candidat, d’être l’instigateur de son arrestation. Plus tôt dans l’année, le gouvernement de M. Chahed avait présenté une loi éliminant M. Karoui de la course à la présidentielle, mais cet amendement, voté au Parlement, n’a pas été promulgué par le président Béji Caïd Essebsi.

Le Premier ministre a cependant nié tout lien avec l’arrestation de Nabil Karoui, affirmant que celle-ci avait même renforcé la popularité de M. Karoui, en campagne depuis des mois « à coups d’opérations de bienfaisance dont sa chaîne Nessma TV s’est largement fait l’écho », commente l’AFP.

Lutte de clans

Chahed et Karoui, ainsi qu’au moins quatre autres candidats, sont issus ou proches du parti Nidaa Tounes, « qui avait servi de rampe de lancement à M. Essebsi en 2014. Ce rassemblement de mouvements hétéroclites autour d’une plateforme commune anti-islamiste est aujourd’hui en miettes, décimé par des luttes de clans », poursuit l’agence de presse.

De son côté, le parti Ennahdha présente pour la première fois son propre candidat, le président par intérim de l’ARP, Abdelfattah Mourou. Cet avocat prône l’ouverture du parti. Pour le politologue Hamza Meddeb, il y a une possibilité sérieuse que M. Mourou « soit au second tour ». « La grande inconnue sera son rival vu la fragmentation du paysage « séculariste », ça pourrait être Nabil Karoui, Youssef Chahed, ou Abdelkrim Zbidi », explique-t-il à l’agence de presse.

Plusieurs anciens ministres et Premiers ministres, comme Mehdi Jomaa ou Hamadi Jebali, sont également dans la course, ainsi que l’anti-islamiste Abir Moussi. « C’est une élection ouverte et elle restera probablement ouverte au second tour », avance encore M. Meddeb. La date des législatives a été maintenue au 6 octobre, alors que le second tour de la présidentielle doit avoir lieu avant le 13 octobre, selon l’Isie.

Si l’économie fait figure de principale préoccupation pour les électeurs, la situation sécuritaire s’est également « rappelée à la mémoire des Tunisiens ce lundi : un membre de la Garde nationale a péri lors d’échanges de tirs près la frontière algérienne au cours desquels trois jihadistes ont aussi été tués », note l’AFP.

Avec AFP

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