plage de Djerba

Campements populaires installés sur la plage de Djerba : un photographe français y voit un acte poétique et une ode à la liberté

Des camps de plage de fortune installés à l’emporte-pièce par des riverains et des touristes tunisiens à Djerba ont subjugué le photographe français Yoann Cimier. Les présentant comme un « hommage à l’héritage nomade de la Tunisie » au magazine américain The National Geographic, le photographe leur a consacré une collection éloquente répondant au doux nom de « Nomad’s Land ».

En vacances sur la petite île de Djerba, le photographe Yoann Cimier a en effet observé non sans plaisir et décidé d’immortaliser des images dépeignant les habitants de la région, qui ont décidé cette année de jouir de manière plus exubérante de la plage et de délaisser la pratique classique de la serviette de plage et du parasol. Des photos qui ont attiré l’attention du National Geographic, qui y a consacré un article publié hier.

« J’ai vu des familles venir de loin avec leurs chariots, leurs enfants, leurs animaux et leurs mobylettes et installer, au bord de la mer, des camps composés d’abris de fortune à la fois rudimentaires et absolument ingénieux », a expliqué le photographe au magazine américain connu pour ses reportages inspirants sur la nature, le monde animal et la photographie.
Des scènes qui ont intrigué ce photographe qui, depuis sa chambre d’hôtel, n’a plus cessé d’observer ces riverains et touristes tunisiens s’ingéniant à édifier de manière artisanale des campements nomades sur le rivage, ces « tentes soutenues par des voitures, des charrettes à ânes, ou encore des branches d’arbres », décrit le National Geographic.

Amusé, Cimier s’est donc aventuré avec son appareil pour représenter ces trouvailles artistiques « de talent » en même temps qu’ « involontaires » et illustrer ces abris temporaires, fantastiquement cadrés par le bleu verdoyant de la mer, la teinte azurée du ciel mi-éclatant mi-ombragé de nuages et l’étendue blanchâtre de sable fin. Ces campements rudimentaires installés hâtivement avec divers objets rappelant les origines sociales modestes des campeurs éphémères pourraient pourtant sembler inesthétiques, voire laids et repoussants, à la majorité des observateurs et des photographes, qui privilégient en général les rivages vierges de toute intervention humaine. Mais le photographe explique s’être donné pour objectif de « découvrir et faire briller la beauté là où les autres voient de la laideur ». « Il y voyait une continuation de l’héritage bédouin de la Tunisie », commente pour sa part le magazine américain.

« Une liberté assez unique »

« Certaines familles établissent un campement sur la plage publique pour une journée, d’autres pour un week-end, quand d’autres encore y élisent domicile pour tout l’été. Pendant que les enfants jouaient dans le sable, les parents pêchaient, préparaient un barbecue, écoutaient de la musique ou sirotaient du thé », poursuit le photographe. Pour lui, il s’agit d’un acte de liberté poétique qui contraste avec l’austérité de l’usage strictement réglementé de campements de plage ou de parcs, typique des pays occidentaux. « En Europe et plus largement en Occident aujourd’hui, il est strictement interdit de faire du camping sur la plage ou dans la nature, sauf dans des parcs payants réservés à cet effet », fait remarquer Cimier. « Cette liberté au Maghreb est finalement assez unique, même si l’environnement peut souffrir de ce manque de réglementation. Il résulte de cette petite anarchie une grande poésie, et c’est ce qui m’a intéressé en tant que photographe », a-t-il fait valoir

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