Caravane

Caravane de migrants honduriens : Donald Trump veut déployer l’armée à la frontière

Le président américain Donald Trump envisage de prendre un décret similaire au «Muslim Ban» pour bloquer des migrants à la frontière mexicaine. Actuellement, une « caravane » de migrants honduriens poursuit son chemin dans le sud du Mexique vers les Etats-Unis. Mais pour les empêcher de franchir la frontière, Donald Trump s’apprête à déployer 800 militaires.

Fuir la misère

Ces milliers de Honduriens, qui fuient la violence et la misère de leur pays, sont partis à l’aube de Mapastepec vers Pijijiapan, dans l’Etat du Chiapas (Sud), qu’ils ont atteint dans l’après-midi après sept heures de marche. « Oui, nous y sommes arrivés ! », ont lancé les migrants cités par l’AFP en arrivant dans cette localité. La « caravane » doit encore parcourir plus de 3000 kilomètres pour atteindre la frontière des Etats-Unis, ce qui devrait lui prendre environ un mois et demi, selon leurs calculs. «  La seule chose dont j’ai peur, c’est qu’ils nous renvoient au Honduras  », explique à l’AFP Ángel Josué Flores, un maçon de 20 ans, tandis qu’un hélicoptère de la police fédérale survole les migrants à basse altitude.

Alejandra López, 28 ans, travaillait dans une entreprise de textile de San Pedro Usula, quand son mari a été tué, il y a six mois, par le gang criminel des Maras. «  Ils voulaient notre maison  », raconte la jeune femme qui voyage avec ses quatre enfants. La plupart des migrants cheminent à pied sur un trajet qui longe la côte Pacifique mexicaine, certains portant des enfants sur leurs épaules, quelques-uns même en chaise roulante. « J’ai besoin de me faire opérer et je veux le faire aux Etats-Unis, car dans mon pays personne ne m’aide », confie Sergio Cáceres, 40 ans, dans sa chaise roulante que pousse un de ses amis partis avec lui. Il espère retrouver de l’autre côté de la frontière deux sœurs qui lui envoient régulièrement de l’argent pour vivre.

L’ONU estime à 7200 personnes le nombre de migrants qui ont quitté le 13 octobre le Honduras. Depuis, ils progressent en masse sur un périple qu’ils savent dangereux. « Nous voulons arriver sains et saufs. Nous savons que ce pays est dangereux, mais au Honduras, c’est encore pire, ils tuent pour rien », explique José Aníbal Mejía, 27 ans, tout en avançant sur la route avec sa fille de huit ans. « Tous les Honduriens qui sont ici veulent vivre le rêve américain », ajoute-t-il.

800 militaires américains

En pleine campagne pour les élections législatives de mi-mandat, le président américain Donald Trump multiplie depuis plusieurs jours les menaces à l’encontre de ces migrants, dénonçant un « assaut » de migrants parmi lesquels pourraient se trouver des “Moyen-Orientaux inconnus et des criminels” et “l’incapacité de la police mexicaine à stopper la caravane”. « Les lois adoptées par les démocrates font qu’il est difficile pour nous de stopper des gens à la frontière », a-t-il également écrit dans tweet publié jeudi. « J’envoie l’armée pour cette urgence nationale. Ils seront stoppés ! »

Le Pentagone compte ainsi déployer 800 militaires à la frontière avec le Mexique « pour apporter un soutien logistique », ont indiqué jeudi à l’AFP deux responsables américains. Ces troupes de l’armée régulière viendront renforcer les plus de 2000 réservistes de la Garde nationale déjà sur place depuis le printemps. Les renforts comprendront des médecins et des ingénieurs pour apporter essentiellement un soutien logistique et matériel, dont des tentes et des véhicules. Le ministre américain de la Défense Jim Mattis devait officialiser jeudi ou vendredi le nouveau déploiement, a précisé un responsable du Pentagone cité par l’AFP. Selon Bill Speaks, le porte-parole de la marine, le ministère de la Défense collabore actuellement avec le ministère à la Sécurité intérieure en vue de « déterminer les détails de notre soutien » aux autorités à la frontière.

Décret similaire au « Muslim Ban »

Selon le New York Times, Donald Trump envisage de prendre un décret présidentiel pour bloquer les migrants à la frontière, sur la même base juridique que celle utilisée pour son décret migratoire controversé, le « Muslim Ban ». Ce décret de janvier 2017, visant à interdire l’accès des Etats-Unis aux ressortissants de plusieurs pays à majorité musulmane, a finalement été validé dans une version amendée en juin 2018 par la Cour suprême. Le nouveau décret créerait des lois pour empêcher les migrants traversant la frontière de demander l’asile, selon le New York Times, et des exceptions seraient accordées pour les personnes risquant la torture dans leur pays.

Après avoir tenté de la stopper à la frontière, les autorités mexicaines laissent désormais progresser la « caravane » sur son sol, parfois escortée par des policiers fédéraux et surveillée depuis des hélicoptères. « Le Mexique n’a pas à faire le sale boulot pour les Etats-Unis », avait commenté mardi soir sur CNN l’ancien ministre mexicain des Affaires étrangères, Jorge Castaneda.

N.B., avec AFP

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