Cause des femmes en Tunisie : entre avancées majeures et conservatisme qui « ne dit pas son nom » (Benoît Delmas)

Alors que la loi votée en 2017 contre toutes les violences faites aux femmes est la plus grande avancée politique des dernières décennies, la Tunisie a célébré, ce 13 août, la Journée de la femme… « sans aucune manifestation officielle organisée par les pouvoirs politiques », commente Benoît Delmas dans les colonnes du Point.

Le correspondant à Tunis du journal français Le Point, Benoît Delmas, rappelle que dans le monde arabe, « la Tunisie s’est toujours distinguée des autres pays ». A peine arrivé au pouvoir, Bourguiba « édicte le 13 août 1956 un Code du statut personnel (CSP) qui accordera aux femmes un certain nombre de droits. L’égalité entre hommes et femmes effectue une série de progrès importants : la polygamie (fort peu répandue en Tunisie) est abolie, le divorce est autorisé et le mariage doit se faire avec le consentement de chacun ». Ce qui est notable dans la démarche bourguibienne, c’est que Bourguiba l’ait entreprise « au risque de froisser une palanquée de dirigeants arabes ». « Sur d’autres sujets, l’avortement notamment, la Tunisie fut une nation en avance par rapport à d’autres pays européens. Son interdiction fut levée en 1973. La contraception est un droit acquis, irrémédiable. »

Héritage : les députés esquivent le projet d’égalité

Le texte élaboré par la Colibe au sujet des libertés individuelles et de la promotion de l’égalité dans l’héritage demeure pour l’heure un « document de travail ». En effet, l’Assemblée des représentants du peuple n’aura consacré qu’un « temps infime » à l’étude de ce projet prometteur. « Essebsi reprenait là une volonté de Bourguiba, dont il fut ministre. Le père de l’indépendance avait souhaité imposer cette égalité dans les années 1970. Le roi Fahd d’Arabie saoudite lui avait fait savoir qu’il ne ‘pourrait le suivre sur ce sujet’. La Tunisie avait alors des problèmes économiques importants. Le projet fut remisé », rappelle le correspondant du Point en Tunisie.

« Un conservatisme qui ne dit pas son nom »

A l’exception de Bochra Belhaj Hmida, les députés du camp « séculier » ont été d’une « timidité spectaculaire » à propos de ce projet ambitieux. « L’un d’entre eux expliquait en off : ‘On ne va pas se fâcher avec une partie de notre électorat à un an des élections’ », explique M. Delmas.

Celui-ci souligne que dans les faits, l’égalité existe, puisqu’il suffit de « faire une donation entre vivants afin de léguer tout ce que l’on veut à sa fille. Le projet BCE avait pour objectif d’inverser la logique : l’égalité serait la norme officielle, le refus de l’égalité exigerait que les personnes demandent qu’elle ne soit pas appliquée pour leurs enfants ».

La loi contre toutes les violences faites aux femmes : une avancée majeure

La « très ambitieuse » loi contre les violences faites aux femmes a été votée en juillet 2017. Bochra Belhaj Hmida, l’une des initiatrices du texte, expliquait qu’il s’agissait de « toutes les violences faites aux femmes dans la famille, au travail, dans la sphère publique… » Et de préciser : « Ça concerne tous les espaces de vie, on parle des violences économiques, morales, psychologiques, sexuelles, culturelles… »

La loi ne se contente pas de réprimer, mais vise plus largement à « éduquer » et « briser les stéréotypes ». Des centres seront ainsi mis en place pour la prise en charge des femmes victimes de violences physiques. Quant à l’Education nationale, elle devra faire un travail de pédagogie, etc. « De très nombreux ministères sont concernés par l’application de ce texte majeur. Selon les résultats des prochaines élections (présidentielle et législatives), on saura si la cause des femmes sera une priorité. Les grands partis ne présentent que peu de femmes comme têtes de liste aux législatives. En moyenne 5 sur 33… », soulève toutefois Benoît Delmas.

 

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