enfants de jihadistes
Delil Souleiman, AFP

La Tunisie rechigne à rapatrier « ses » jihadistes détenus en Syrie

Depuis la chute du « califat » autoproclamé de l’Etat islamique, en mars, la communauté internationale a été divisée sur la question du sort réservé aux familles de jihadistes étrangers capturés ou tués en Syrie et en Irak.

Quelque 12 000 étrangers originaires de 40 pays – 4000 femmes et 8000 enfants – sont actuellement bloqués, principalement dans le camp d’Al-Hol, dans le nord-est de la Syrie. Les autorités kurdes exercent des pressions pour que ces personnes soient renvoyées dans leur pays d’origine.

Voici plusieurs exemples de la façon dont les pays du monde entier traitent ce problème, indique l’AFP :

En Tunisie, le rapatriement suscite la crainte

Selon les Nations unies, en 2015, environ 5000 Tunisiens ont rejoint les rangs de l’EI en Syrie et en Libye. La Tunisie a ainsi constitué la source de l’un des plus gros contingents de l’organisation jihadiste. Selon Human Rights Watch, en février, aucun enfant n’a été ramené chez lui de Syrie ou d’Irak. Le gouvernement tunisien craint que le rapatriement des enfants n’accélère le retour de leurs parents jihadistes, selon un groupe local de défense des droits de l’homme, l’Association de sauvetage des Tunisiens bloqués à l’étranger.

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Les autorités tunisiennes ont toutefois entamé des démarches pour rapatrier des enfants de jihadistes, notamment ceux partis combattre en Libye. Mais leurs efforts restent largement « insuffisants » selon Human Rights Watch (HWR), qui a dénoncé, le 12 février 2019 la situation des familles de combattants détenues en Syrie. « Même si la Tunisie n’est pas le seul pays qui rechigne à aider ces femmes et ces enfants à rentrer chez eux […] c’est la Tunisie qui a le plus de ressortissants dans cette situation », estime l’organisation qui a indiqué qu’environ 200 enfants et 100 femmes tunisiens sont « détenus dans des prisons et camps sordides en Libye, Syrie et Irak ».

Russie et Kosovo

Près de 4500 citoyens russes se sont rendus à l’étranger pour se battre aux côtés de l’EI. La Russie a été, selon l’AFP, le premier pays à organiser le retour de ses ressortissants il y a plus d’un an. En février, environ 200 femmes et enfants, originaires principalement des républiques islamiques russes du Caucase, ont regagné leur pays. Moscou estime que près de 1400 enfants russes sont toujours bloqués sur place.

Le Kosovo, pays à 90 % musulman, a lui annoncé en avril le rapatriement de 110 ressortissants, presque tous composés d’épouses et d’enfants de jihadistes.

France et Belgique : du « cas par cas »

Après des mois d’hésitation face à une opinion publique hostile, douze enfants orphelins de jihadistes français ont été rapatriés de Syrie par avion. La France a rapatrié cinq orphelins de Syrie à la mi-mars, ainsi qu’une fillette de trois ans dont la mère a été condamnée à une peine d’emprisonnement à vie en Irak. Paris a indiqué que l’étude des dossiers de ses citoyens détenus dans le Nord-Est de la Syrie serait réalisée au cas par cas.

Comme la France, la Belgique a été l’une des plus grandes sources de combattants étrangers pour le groupe EI. Les autorités ont enregistré plus de 400 voyages à partir de 2012 alors que 160 enfants et adolescents sont nés avec au moins un parent belge ayant rejoint l’EI. La Belgique affirme que le rapatriement des enfants de moins de 10 ans sera facilité, à condition que leur lien avec un parent belge soit prouvé. « Pour les autres, [ce sera] au cas par cas », a déclaré le gouvernement.

Allemagne : enfants rapatriés

Une douzaine d’enfants de combattants jihadistes ont été rapatriés d’Irak en Allemagne depuis mars. Les autorités allemandes, bien que prudentes, affirment que les enfants sont des « victimes » et qu’ils devraient être rapatriés s’ils ont de la famille pour les accueillir. Les enfants radicalisés seront placés dans une institution spéciale, mais ne seront pas enfermés.

Danemark : dépossession de la nationalité

Le gouvernement danois a élaboré fin mars un projet de loi selon lequel les enfants de jihadistes nés à l’étranger n’auront pas la nationalité danoise.

Etats Unis

Les Etats-Unis ont exhorté les pays occidentaux à accueillir leurs ressortissants et ont commencé à rapatrier une partie des leurs. Deux Américaines et six enfants de familles présumées membres de l’EI ont été rapatriés début juin. En juillet 2018, Washington a également rapatrié trois combattants de l’EI ainsi qu’une femme avec ses quatre enfants.

Tadjikistan, Ouzbékistan

Enfin, le Tadjikistan, où plus de 1000 personnes sont parties combattre aux côtés de l’EI, a déclaré en mai que 84 enfants avaient été ramenés d’Irak, où leurs parents avaient été emprisonnés ou tués dans les combats.

L’Ouzbékistan a, pour sa part, déclaré le 30 mai avoir rapatrié 156 de ses ressortissants, principalement des femmes et des enfants.

N.B., avec AFP

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