Photo : Memoire de femmes, CREDIF / Wikimedia

[Ces Tunisiennes qui font l’histoire] Radhia Haddad : parcours prestigieux d’une féministe acharnée

Née le 17 mars 1922 à Tunis et décédée le 20 octobre 2003 à Carthage, la femme politique Radhia Haddad est bien connue pour son militantisme féministe qui a inspiré tout un mouvement de défense des droits des femmes en Tunisie, créant des émules qui, se plaçant dans son sillage, sans cesse invoquent son combat afin de le maintenir vivace. Elle s’est fait connaître en prenant notamment la tête de l’Union nationale des femmes de Tunisie, poste qu’elle a occupé durant quinze ans.

Parce qu’elle est une fille, elle s’est vue obligée par ses parents de quitter les bancs de l’école primaire à douze ans, après avoir obtenu le certificat d’études primaires. Elle poursuit néanmoins des cours de langue arabe, de chez elle, et apprend beaucoup de l’engagement de son frère, le futur homme politique et militant des droits de l’homme Hassib Ben Ammar. Forcée de porter le sefseri, Radhia Haddad, commence à nourrir des ambitions politiques visant à engager un débat sur le droit des femmes à disposer d’elles-mêmes et de leur corps.

Engagement militant et politique

Elle est encore « voilée » de son sefseri lorsqu’elle fait ses premiers pas de militante, commençant par participer à la vie associative et politique de la Tunisie. Elle adhère à l’Union des femmes musulmanes de Tunisie, fondée par Bchira Ben Mrad, et participe au mouvement national tunisien apportant assistance au combat des Tunisiens contre le protectorat français. En 1946, son beau-père, engagé en politique, lui propose de prendre part à une réunion tenue au sein du domicile familial et à laquelle participent deux membres du Néo-Destour, Salah Ben Youssef et Allala Belhaouane. Après avoir assisté à cette réunion masculine, participation qui a néanmoins nécessité le consentement de ses parents hommes les plus proches (son beau-père et son mari), elle décide de retirer le voile. En 1947, elle crée et préside l’organisation féminine Les Amies des Scouts.

Après l’indépendance en 1956, et la promulgation historique le 13 août du Code du statut personnel (CSP) donnant à la femme une place inédite dans la société tunisienne de l’époque et unique dans le monde arabo-musulman, elle devient rapidement l’une des premières femmes parlementaires en Afrique et dans le monde arabe en siégeant dans l’hémicycle en tant que députée de la circonscription de Tunis entre 1959 et 1974.

A la tête de l’UNFT

Membre du Néo-Destour puis du Parti socialiste destourien (PSD) entre 1952 et 1972, elle fait partie en 1956 de l’assemblée constitutive de l’Union nationale des femmes de Tunisie (UNFT). Elle préside cette organisation durant quinze ans, de 1958 à 1972, après sa désignation lors du premier congrès de l’UNFT.

Elle y milite afin que les femmes s’émancipent, en sortant en particulier de l’analphabétisme auquel elles étaient forcées, en apprenant à lire et écrire, en poursuivant des études, et en travaillant pour qu’elles s’assurent une nécessaire autonomie financière. Par sa force de conviction et son engagement inébranlable, elle parvient à transformer en profondeur la société « d’une façon harmonieuse, dans le calme et l’entente sans heurts ni ‘retours de manivelle’ », comme l’indique le centralien Raed Marrakchi dans un texte d’hommage paru l’année de sa mort. Au regard de son action, Bourguiba lui déclare même : « Je suis le président des hommes et vous la présidente des femmes », comme le rappelle Jeune Afrique.

Résistance et retraite

Après la crise sociale de 1969-1970, elle rejoint néanmoins Ahmed Mestiri qui constitue un groupe de « démocrates » au sein du PSD et du gouvernement. Radhia Haddad démissionne de l’UNFT et du PSD le 8 mars 1972, même si certains historiens avancent l’hypothèse qu’elle en a peut-être été écartée. Elle est notamment condamnée le 9 mai 1974 à quatre mois de prison avec sursis et une amende de cent dinars lors d’un « curieux procès » où elle fut défendue par vingt avocats, dont les anciens ministres M. Mestiri et Béji Caïd Essebsi mais également Me Arezki Bouzida, bâtonnier d’Alger et grand militant du FLN. Mme Haddad souffre beaucoup de sa curieuse disgrâce et finit par se retirer de la vie politique.

Mais comment expliquer un tel retournement de situation ? Dans Parole de femme, son autobiographie parue en 1995, Radhia Haddad raconte comment Habib Bourguiba, « auquel elle vouait un véritable culte », s’est « retourné contre elle, l’a maltraitée en public et traînée devant les tribunaux sous des prétextes futiles », poursuit Jeune Afrique. Fervente démocrate dans l’âme, elle avait estimé, comme d’autres militants, que l’état de santé du président faisait courir des « dangers au pays ». C’est à partir de ce constat inéluctable qu’elle a rallié le groupe des « démocrates » qui, au sein du PSD et du gouvernement, s’était constitué autour de l’ancien ministre de l’Intérieur Ahmed Mestiri. Pour elle, Bourguiba, qui, « n’estimait pas détenir ses pouvoirs et sa légitimité du parti ni même de la volonté populaire » et qui « ne manquait pas une occasion de réaffirmer qu’il avait toujours disposé de son parti comme bon lui semblait », avait finalement opté pour « l’immobilisme » et « l’autoritarisme ».

Rôle majeur de Bourguiba dans la défense actuelle de la cause féministe

Dans son autobiographie, elle soutient toutefois à propos du CSP que, sans l’action de Habib Bourguiba, « aucune réforme radicale n’aurait pu réussir. Je crois que ce sera son plus grand mérite devant l’Histoire, car si tous les pays ont fini, un jour ou l’autre, par se débarrasser de la domination étrangère, aucun, et surtout aucun pays arabomusulman, n’a osé une révolution sociale d’une telle ampleur ».

N.B.

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