Tawhida Ben Cheikh en 1936 alors âgée de 27 ans

[Ces Tunisiennes qui font l’histoire] Tawhida Ben Cheikh, pionnière en tout

Née à Tunis le 2 janvier 1909 et morte le 6 décembre 2010, Tawhida Ben Cheikh est une Tunisienne d’exception, connue surtout pour avoir été la première femme du Maghreb à exercer comme médecin, pédiatre puis gynécologue. Elle a récemment fait l’objet d’hommages et de célébrations alors que la Banque centrale de Tunisie mettait en circulation, en mars 2020, un nouveau billet de 10 dinars à son effigie. Retour sur le parcours de la nièce de Tahar Ben Ammar, homme politique qui a joué un rôle primordial dans le Mouvement national tunisien dès 1920.

Issue d’une famille bourgeoise de Ras Jebel, Tawhida perd très tôt son père, et sa mère, alors jeune, l’élève seule, au sein d’une fratrie qui compte au total cinq frères et sœurs. Elle fréquente les sœurs de la rue du Pacha entre 1918 et 1922 avant d’intégrer le lycée Armand-Fallières de Tunis. Elle en sort à l’issue de six ans d’études comme étant la première bachelière tunisienne. Elle bénéficiera d’un soutien sans faille du docteur et bactériologiste Etienne Burnet, médecin et chercheur français directeur de l’Institut Pasteur de Tunis. Son épouse et lui-même l’aideront en effet à s’inscrire à la faculté de médecine de Paris, ce qui lui ouvre de rares opportunités pour les femmes de sa condition. Ce projet empli de perspectives nouvelles, sa mère entendit, dans une époque où les femmes étaient reléguées au second plan, le défendre avec force auprès de la famille paternelle en vue d’arracher leur assentiment, finalement acquis. Celle qui deviendra vice-présidente du Croissant-Rouge tunisien revient en Tunisie en 1936, avec son diplôme de médecine en poche.

« Première en tout »

Bien connue en France, elle fait l’objet de commentaires élogieux dans la presse de ce pays et de l’espace européen. « Au début du XXe siècle, la jeune Tawhida Ben Cheikh défriche les domaines réservés aux hommes. La nièce de Tahar Ben Ammar, négociateur de l’indépendance en 1956, est première en tout. Première jeune femme à décrocher le baccalauréat en 1928. Puis, plus exceptionnel, première étudiante à gagner Paris pour y suivre des études de médecine », écrit ainsi La Croix. Conformément à son destin de pionnière et de défricheuse de domaines habituellement réservés aux hommes, elle sera encore la première femme à siéger au conseil de l’ordre des médecins à partir de 1959.

Notons que c’est en France, à Montreuil, qu’un premier hommage lui a été rendu, un an après sa disparition, à l’initiative de la maire de l’époque Dominique Voynet, avec l’ouverture en mars 2011 du centre de santé Tawhida Ben Cheikh. Un an plus tard, un timbre à son effigie est émis par la Poste tunisienne. L’intégralité de son parcours unique est « indissociable de ses combats féministe et humanitaire », écrit encore La Croix, saluant le fait qu’elle ait également contribué à la « création de plusieurs associations d’aide aux orphelins, de soins pour les enfants ou d’éducation pour les mères ».

Planning familial

Elle fonde un cabinet de médecine privée au cœur de la capitale, aux alentours de la médina, en raison du contrôle des services hospitaliers publics par les autorités françaises dans une Tunisie sous protectorat. Exerçant la médecine générale et la pédiatrie, elle s’oriente par la suite vers le domaine de la gynécologie. Un choix fondamental, puisqu’il lui permettra de contribuer à la réalisation du projet qui fonde en grande partie sa notoriété : la mise en place du planning familial tunisien à travers un département qu’elle met en place à l’hôpital Charles-Nicolle en 1963 puis la clinique qu’elle ouvre, également, en 1968, années où les portes du service public lui ont enfin été ouvertes. Elle devient directrice du planning familial en 1970, et œuvrera à la défense du droit à l’avortement, légalisé en 1973. Elle dirigera aussi les services de maternité des hôpitaux Charles-Nicolle (1955-1964) et Aziza Othmana (1964-1977).

Engagement féministe et humanitaire

En 1937, elle prendra la tête de la revue mensuelle féminine Leïla, et intégrera l’Union musulmane des femmes de Tunisie (UMFT), fondée par Bchira Ben Mrad. Le magazine Leila s’est affiché comme un promoteur de l’évolution et de l’émancipation de la femme nord-africaine.

Si cette figure féministe qui a joué un rôle de premier plan dans le développement de la médecine en Tunisie mérite d’être particulièrement célébrée actuellement, c’est aussi parce que l’on peut voir dans son parcours les origines de l’excellence dont a fait preuve le personnel soignant du pays, qui compte nombre de femmes médecins, lors de la crise sanitaire mondiale du coronavirus. Mme Ben Cheikh est ainsi une dame au destin unique dans le monde arabe. Elle s’éteint le 6 décembre 2010 à l’âge de 101 ans.

N.B.

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