cigarettes suisses
Les cigarettes suisses vendues en Afrique sont plus toxiques que celles fumées en Europe. Les cigarettes suisses vendues en Afrique sont plus toxiques que celles fumées en Europe.(Louis Witter/Hans Lucas)

Les cigarettes suisses vendues en Afrique sont particulièrement nocives

Plus nocives et addictives que celles vendues en Europe, les cigarettes suisses exportées vers l’Afrique tuent bien plus vite.

La santé des Africains semble être bien moins importante que celle des Européens pour l’industrie du tabac suisse. Selon les résultats de l’enquête « Les cigarettiers suisses font un tabac en Afrique », menée par la journaliste indépendante Marie Maurisse et lauréate du prix d’investigation de l’ONG Public Eye, les fabricants suisses « ne produisent pas les mêmes types de cigarettes suivant que celles-ci sont destinées au marché européen ou africain », rapporte le magazine Le Monde Arabe.

Selon la réglementation en vigueur, une cigarette vendue sur le marché suisse ou européen peut contenir jusqu’à 10 mg de goudron, 1 mg de nicotine et 10 mg de monoxyde de carbone. Un dosage scrupuleusement respecté dans la fabrication de cigarettes destinées au marché européen « mais inexplicablement [oublié] à l’export », poursuit le média.

Ainsi, selon l’enquête de Mme Maurisse, les cigarettes fabriquées en Suisse et vendues au Maroc peuvent contenir jusqu’à 16,31 mg de goudron, 1,41 mg de nicotine et 10,65 mg de monoxyde de carbone. « Les résultats sont clairs : les cigarettes fabriquées sur le sol helvétique et vendues au Maroc sont bien plus fortes, plus addictives et plus toxiques que celles que l’on trouve en Suisse ou en France », dénonce-t-elle.

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Marchés maghrébin et africain : une aubaine pour les cigarettiers

Philip Morris International (Marlboro, Chesterfield, L&M, etc.), British American Tobacco (Pall Mall, Lucky Strike, Vogue, Dunhill, etc.) et Japan Tobacco International (Winston, Camel, Natural American Spirit, etc.) « sont bien établis dans la place financière suisse ». Les trois groupes industriels ont ainsi contribué à la fabrication de 34,6 milliards de cigarettes en 2016, soit près de deux milliards de paquets. « Parmi eux, seuls 25 % étaient destinés au marché intérieur, le reste étant exporté, principalement au Japon, au Maroc et en Afrique du Sud », explique Le Monde Arabe.

Les fabricants de cigarettes sont confrontés à une importante baisse des ventes en Europe en raison des fortes hausses de prix des paquets et des nombreuses campagnes de sensibilisation et de prévention. En Suisse par exemple, une baisse de 38 % des ventes de tabac sur vingt ans a été constatée. Et c’est exactement le contraire qui est en train d’être observé en Afrique. « Si l’American Cancer Society estime à 52 % l’augmentation de la consommation de tabac en Afrique subsaharienne entre 1980 et 2016, l’OMS table quant à elle sur une progression de 27 % entre 2015 et 2025 sur l’ensemble du continent », rappelle le magazine.

Néocolonialisme

Ces chiffres en hausse, les cigarettiers s’en sont saisis : ils en profitent pour mener des politiques commerciales « très agressives » et qui « osent même empêcher les Etats de prendre des mesures de prévention du tabagisme », relève le magazine. « Selon une enquête publiée par le quotidien britannique The Guardian en juillet 2017, « British American Tobacco (BAT) et d’autres multinationales du tabac ont menacé les gouvernements d’au moins huit pays d’Afrique en exigeant qu’ils suppriment ou diluent le genre de protections qui ont sauvé des millions de vies en Occident ».

Ainsi, souligne le magazine, tandis qu’ils s’efforcent de dénoncer les effets néfastes du tabac dans les pays occidentaux, les industriels compensent la chute des ventes en investissant agressivement les marchés des pays pauvres, qui « n’ont pas les moyens de mettre en place des politiques de santé proactives », comme l’explique Marie Maurisse. Une démarche qui ne serait pas possible sans la complicité active ou passive des Etats européens. Comme le dénonce l’ONG Public Eye, les cigarettes produites au sein de la Confédération helvétique à destination du marché africain sont « très peu contrôlées ». D’où ce scandale : les nombreux consommateurs africains qui fument des cigarettes suisses croient que celles-ci sont de meilleure qualité et moins nuisibles pour leur santé. Mais « ils oublient qu’ils sont nés du mauvais côté de la Méditerranée », commente encore le magazine.

Celui-ci dénonce finalement « un néocolonialisme éhonté » se fondant sur des « méthodes d’influence et de domination en faveur des pays riches et de leurs entreprises au détriment, évidemment, de la santé et de la vie des plus vulnérables ».

N.B., avec Le Monde Arabe

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