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Reuters

La Tunisie s’inquiète des arrivées croissantes de migrants venus de Libye

Depuis la flambée de violences entre milices à Tripoli, la Tunisie craint une arrivée massive de migrants sur son sol, dont certains pourraient être des terroristes. Dans la région de Médenine, frontalière de la Libye, des dizaines de migrants arrivent quotidiennement depuis quelques jours, s’alarme ainsi le Croissant-Rouge tunisien.

Lors d’une conférence de presse tenue fin avril à Tunis, le Premier ministre tunisien a fait part de son inquiétude concernant la hausse des arrivées de migrants depuis la Libye. « Nous craignons que l’expérience de 2011, avec l’arrivée [massive] de réfugiés vers la Tunisie, se renouvelle », a déclaré Youssef Chahed.

« J’ai payé un passeur et j’ai réussi à entrer en Tunisie »

Depuis la reprise des combats entre le gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj et l’armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Haftar, « la Tunisie voit arriver plus de migrants sur son sol. Il faut dire que la situation sur place est catastrophique. Depuis le 4 avril, au moins 278 personnes ont été tuées et 1332 ont été blessées, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) », rappelle ainsi InfoMigrants.

La Tunisie est logiquement perçue comme un refuge proche pour les migrants qui transitent par Tripoli. « Ce pays est synonyme de stabilité et de sécurité pour nous », confie à InfoMigrants Kassoum, un migrant ivoirien, arrivé récemment à Médenine. « Je travaillais vers Sabratah [à l’ouest de Tripoli] depuis quelques temps, mais à cause des violences, j’ai décidé de traverser la frontière. J’ai payé un passeur pour éviter de me faire arrêter et j’ai réussi à entrer en Tunisie. »

Dans la région de Médenine, le Croissant-Rouge tunisien a dit observer une augmentation des arrivées de migrants, érythréens et soudanais notamment. « Depuis une quinzaine de jours, nous voyons de plus en plus de migrants. Ce n’est pas encore un afflux massif, mais on note une nette augmentation. Hier [mercredi 8 mai], nous avons eu l’arrivée de 18 personnes. Avant, les arrivées tournaient autour de 5 à 10 personnes par jour. Aujourd’hui, on assiste à l’arrivée de 20 personnes par jour », fait ainsi remarquer Mongi Slim, un des responsables de l’ONG, contacté par InfoMigrants.

Et l’ONG affirme qu’elle n’arrivera pas à subvenir aux besoins d’une nouvelle vague de migrants. « Nous avons environ 400 places dans la région de Médenine. Elles sont toutes occupées. Nous sommes déjà en surcharge, en surégime, ici. Ça va être compliqué à l’avenir si les arrivées continuent à ce rythme », constate Mongi Slim. InfoMigrants indique que celui-ci « réclame notamment une aide supplémentaire du Haut-commissariat des réfugiés des Nations unies (HCR) et de l’OIM ».

Contrôles renforcés à la frontière

Selon lui, le flot d’arrivées ne devrait pas se tarir : « Les migrants qui arrivent nous ont confié que tout le monde voulait entrer en Tunisie » pour fuir les combats. Pour exercer un meilleur contrôle des frontières, la Tunisie a déployé des renforts militaires. « La situation en matière de sécurité en Libye est très préoccupante, nous restons extrêmement prudents », a ainsi déclaré le Premier ministre tunisien.

Pourtant, si les contrôles sont renforcés, « la frontière reste une zone désertique de plus de 500 km », note de son côté Mongi Slim. « Il est possible de la traverser et de passer sans se faire intercepter. » C’est notamment le cas de Kassoum. Interrogé par InfoMigrants, il a expliqué que « ce n’est pas simple de passer, il y a la Garde nationale tunisienne d’un côté et la police libyenne de l’autre. Ils patrouillent souvent… Mais on y arrive ».

Selon le Croissant-Rouge, de nombreux Libyens traversent également la frontière. « A l’instar des migrants, les familles libyennes cherchent un refuge loin des combats », selon Mongi Slim qui ajoute que « de plus en plus de voitures passent la frontière » ces derniers jours. « Je reconnais les plaques d’immatriculation. Ce sont des personnes qui ont des moyens, généralement. Elles fuient l’insécurité et se dirigent vers Zarzis ou vers Djerba où elles louent des maisons. »

N.B., avec InfoMigrants

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