Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, candidat à sa réélection le 9 avril prochain, est inculpé dans le cadre de plusieurs affaires de corruption (AFP).

Comment les accusations de corruption affecteront-elles l’avenir politique de Netanyahou ? (Middle East Eye)

Même si la carrière de Benyamin Netanyahou prend fin et qu’une nouvelle coalition de centre-droit prend le pouvoir, les politiques anti-palestiniennes se poursuivront en Israël, estime Richard Silverstein dans un texte publié par Middle East Eye.

Auteur du blog « Tikum Olam » qui révèle les excès de la politique de sécurité nationale israélienne, Richard Silverstein rappelle que le procureur-général israélien Avichai Mandelblit a en effet annoncé jeudi dernier que le Premier ministre Benyamin Netanyahou serait inculpé dans le cadre de trois affaires de corruption. « Vous avez nui à l’image du service public et à sa confiance », avait-il écrit à l’adresse de M. Netanyahou. « Vous avez agi en situation de conflit d’intérêts, vous avez abusé de votre autorité en tenant compte d’autres considérations relatives à vos intérêts personnels et à ceux de votre famille. Vous avez corrompu des fonctionnaires qui travaillaient pour vous. »

Cette annonce intervient une quarantaine de jours avant l’élection nationale à laquelle le haut responsable israélien devait se présenter pour un cinquième mandat. Dans ce contexte, le Likoud, dont il est le chef, a tenté « un stratagème de dernière minute pour annuler l’inculpation en faisant appel devant la Cour suprême, lequel a été rejeté ».

Chute dans les sondages

Richard Silverstein explique que bien que le Likoud ait entamé la campagne électorale en étant en tête, la situation s’est depuis dégradée. Car l’ancien chef d’Etat-major de l’armée israélienne, Benny Gantz, a formé un nouveau parti, Hosen L’Yisrael, parti qu’il a ensuite fusionné avec Yesh Atid de Yaïr Lapid. Leur nouvelle coalition de centre-droit, intitulée Bleu Blanc, a décollé selon les derniers sondages. « Même avant l’inculpation, les électeurs israéliens donnaient une légère avance à l’union Gantz-Lapid ; celle-ci s’accentuera probablement maintenant que Netanyahou fait l’objet de poursuites », dit-il.

La police et le procureur enquêtent sur le Premier ministre depuis plusieurs années dans le cadre de quatre dossiers connus sous le nom d’affaire 1000, 2000, 3000 et 4000. La première concerne des cadeaux d’une valeur se montant à 280 000 dollars offerts par des milliardaires, dont le producteur hollywoodien et ancien espion du Mossad Arnon Milchan et l’homme d’affaires australien James Packer. « Chacun d’eux aurait demandé une intervention sur des demandes de résidence ou de visas et, en retour, auraient couvert le dirigeant israélien et sa femme de cigares cubains raffinés, de champagne rosé et de séjours dans des hôtels de luxe », explique l’auteur de l’article.

Dans le cadre de l’affaire 2000, « Netanyahou aurait demandé une couverture médiatique positive à Arnon Mozes, l’éditeur de Yedioth Ahoronoth, en échange de politiques qui affaibliraient la concurrence du quotidien gratuit de Sheldon Adelson, Israel Hayom ». L’affaire 4000 concerne, elle, Bezeq, le principal opérateur de télécommunications israélien qui détenait le principal portail d’informations en ligne du pays, Walla. Dans cette affaire, « Netanyahou aurait promis de faciliter un accord de fusion en échange d’une couverture favorable ».

Situation périlleuse pour la coalition de Netanyahou

Que le Premier ministre démissionne ou non avant les élections, sa coalition semble se trouver dans une « situation périlleuse », explique l’auteur, qui rappelle qu’un récent sondage du Times of Israel a révélé que les Israéliens pourraient être de plus en plus nombreux à se tourner vers la coalition Bleu Blanc : 44 sièges contre 25 pour le Likoud, ce qui la rendrait à même de pouvoir former une nouvelle coalition au pouvoir.

Et si le Likoud pousse Netanyahou à démissionner, cela pourrait accroître les chances du parti et la carrière du Premier ministre risquerait ainsi de prendre bientôt fin. En revanche, si une nouvelle coalition de centre-droit prenait le pouvoir, « y aura-t-il des changements sur la question palestinienne ou sur les tensions persistantes le long des frontières entre Israël, le Liban et la Syrie ? » interroge le spécialiste. Selon lui, pour répondre à cette question, il convient de noter que deux des trois principales personnalités de Bleu Blanc sont d’anciens chefs d’Etat-major de l’armée israélienne et qu’ils « n’ont pas acquis leur réputation en cherchant un compromis avec les Palestiniens ».

Par exemple, la vidéo lancée par Gantz dans le cadre du lancement de sa campagne « comporte des images de drones montrant les ruines de Gaza (à l’image de celles de Dresde en 1945) résultant de l’offensive israélienne de 2014 sous son commandement ». Et l’ancien chef d’Etat-major aurait utilisé ces images sans la permission de son propriétaire basé à Gaza, « chose caractéristique du traitement général des Palestiniens par Israël ».

L’« accord du siècle » de Trump

Le président américain Donald Trump a qualifié ses initiatives de négociation de la paix au Moyen-Orient d’« accord du siècle ». Son gendre, Jared Kushner, a fait une grande tournée dans la région, avec des visites dans le Golfe, en Israël et en Turquie. Un voyage qualifié de prélude au lancement très attendu du plan de paix, « qui ne réussira probablement pas à impressionner ceux qu’il cherche à appâter », poursuit l’auteur.

Car au lieu de s’attaquer au règlement des différends politiques ou de reconnaître les droits nationaux, il ne chercherait qu’à conditionner le processus à une négociation financière. Selon un article publié dans le New York Times, « la Maison Blanche n’a pas révélé les détails de la composante économique » mais « les analystes qui suivent l’évolution de la situation ont indiqué qu’on leur avait dit que cela impliquerait d’investir environ 25 milliards de dollars en Cisjordanie et à Gaza sur dix ans et 40 milliards de dollars supplémentaires en Egypte, en Jordanie et peut-être au Liban, en fonction de leurs efforts pour atteindre certains objectifs ».

Problème : en contrepartie de ces investissements censés être une réponse à une question avant tout politique, « les parties arabes devraient vraisemblablement renoncer à toute revendication à l’encontre d’Israël, y compris la réinstallation de réfugiés palestiniens chez eux ».

Une transaction commerciale

Lorsqu’il était en Israël, Kushner a fait cette déclaration « digne d’un conte de fées », estime l’auteur. Révélant « sa mauvaise compréhension de ce conflit », Kushner a déclaré que « le plan politique, qui est très détaillé, concerne véritablement l’établissement de frontières et la résolution des problèmes de statut final. L’objectif de la résolution des questions frontalières est véritablement d’éliminer les frontières. Si vous pouvez éliminer les frontières et avoir la paix et moins peur du terrorisme, vous pourrez avoir un flux de marchandises plus libre, un flux de personnes plus libre et cela créera bien plus d’opportunités ». Mais en disant cela, il semble ignorer que « ni le commerce, ni la liberté de circulation ne sont la clé, ni même l’une des difficultés majeures du conflit » car il s’agit bien sûr surtout « des droits politiques et nationaux », ajoutant que « c’est peut-être ainsi que fonctionnent les transactions immobilières, mais ce n’est pas ainsi que fonctionne la politique au Moyen-Orient ».

Prévoyant l’échec du plan de M. Trump, Richard Silverstein souligne que ce dernier permettra à Israël « de se tirer d’affaire ». Pour lui, en l’absence de négociations politiques sérieuses, « Israël maintient le statu quo ». « Il y aura peu de pression pour prendre une quelconque initiative, car Israël pourra pointer du doigt le plan des Etats-Unis et dire qu’il a échoué », conclut-il.

N.B.

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