Photo : De Martignac / Le Parisien

Comment le coronavirus a révélé un autre virus : le privilège blanc (Rokhaya Diallo)

Pour cette activiste antiraciste française, les pandémies incubent d’autres virus comme le racisme. Dans une tribune publiée par TRT World, la militante souligne par exemple que ce sont ceux qui se prévalent du « privilège de leur passeport », c’est-à-dire surtout les citoyens européens, qui ont découvert ce que cela fait, réellement, d’avoir une liberté de mouvement limitée.

« Depuis trop longtemps maintenant, nous nous sommes habitués à voir les pays occidentaux interdire à d’autres citoyens » de franchir leurs frontières, ou tout du moins à « imposer des exigences strictes pour les empêcher d’entrer », écrit-elle dans les colonnes de TRT World. Des restrictions qui permettent aux pays occidentaux de contrôler la capacité des autres citoyens à parcourir le monde librement. « Ainsi, vous pouvez comprendre pourquoi il m’a fallu un certain temps pour digérer la réalité inversée actuelle », indique-t-elle en faisant référence aux mesures prises par certains Etats africains de maintenir leurs frontières fermées, notamment aux voyageurs français, italiens, belges, espagnols et portugais.

Tout en jouissant de leur droit de visiter presque tous les pays du monde sans passer par des procédures administratives douloureuses et parfois même humiliantes, les Européens n’ont jamais eu à se soucier de ce que cela fait de ne pas avoir accès à un pays en raison de sa citoyenneté ou de son pays d’origine, fait-elle valoir.

« Expatriés » Versus « Migrants »

Pour Mme Diallo, « même le vocabulaire qui accompagne le mouvement des gens reflète cet équilibre des pouvoirs ». Ainsi, quand un Occidental s’installe dans un autre pays, il est considéré comme un expatrié libre, aventureux et admiré pour sa curiosité pour la découverte du monde. Mais quand le même mouvement est fait d’un pays en développement vers un pays plus riche, le regard n’est pas aussi bienveillant. L’étiquette ‘migrant’ est réservée à un type particulier de personnes en mouvement, celles-ci étant, en outre, considérées comme un « fardeau non invité ».

La crise du Covid-19 et les restrictions de voyages qui ont en résulté ont ainsi fait apparaître un phénomène nouveau : les personnes nées avec le privilège du passeport accepté partout ont eu « beaucoup de mal » à « imaginer que leurs libertés soient restreintes en raison de leur origine ».

Ainsi, quand, en Tunisie, une stricte application du protocole sanitaire a été mise en place à l’arrivée de touristes italiens en mars dernier (ces derniers devaient être maintenus en isolement pendant 14 jours, durée d’incubation du virus), ces derniers l’ont purement refusée. Les autorités les ont donc renvoyés directement à l’aéroport. « En effet, étant donné leur privilège de passeport, ces touristes ne pouvaient probablement pas croire que ce refus entraînerait une sortie sans cérémonie », commente Rokhaya Diallo.

Un événement similaire a eu lieu plus tôt en Mauritanie, lorsque ce pays a expulsé quinze touristes italiens avant de fermer ses frontières. « D’un point de vue européen, cela semble choquant, mais ce n’est rien de plus qu’un traitement de routine pour de nombreux Africains qui ont essayé de voyager à l’étranger. »

Ce n’est donc qu’à la lumière de cette crise sanitaire sans précédent que l’Europe, haut lieu de la propagation du Covid-19, a découvert à travers les yeux étonnés de ses citoyens ce que cela fait « d’être vu et traité comme un paria ». Pourtant, être stigmatisé en raison de l’identité ou du pays d’origine est une expérience très courante du côté des personnes appelées péjorativement « migrants » parce qu’elles viennent d’Afrique, d’Amérique du Sud ou d’Asie, plaide la militante antiraciste.

Avec TRT World

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