Condamnations à mort

Condamnations à mort en Egypte : l’ONU dénonce « une lourde erreur judiciaire »

L’ONU, par la voix de sa Haute-Commissaire aux droits de l’homme, la Chilienne Michelle Bachelet, a demandé dimanche que les condamnations à mort en série prononcées samedi par la justice égyptienne soient annulées en appel. Soixante-quinze personnes, dont plusieurs dirigeants islamistes, ont été condamnées samedi à la peine capitale pour avoir participé en 2013 à un rassemblement de soutien aux Frères musulmans qui s’était achevé dans un bain de sang.

Les accusés n’ont pas eu droit à un avocat individuel ni de présenter des éléments de preuve à décharge et le Procureur n’a pas fourni de preuves suffisantes pour prouver leur culpabilité individuelle, a dénoncé l’ancienne présidente chilienne, qui a pris lundi dernier ses fonctions de Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. « J’espère que la Cour d’appel reverra ce verdict et fera en sorte que les normes internationales de la justice soient respectées en l’annulant », a déclaré Michelle Bachelet dans un communiqué. Dans le cas contraire, il s’agirait d’une « erreur judiciaire flagrante et irréversible », a-t-elle ajouté.

Les condamnations à mort confirmées samedi par un tribunal égyptien ont été prononcées à l’origine lors d’un procès de masse tenu en juillet dernier, au cours duquel 739 personnes ont été condamnées pour des accusations en lien avec une manifestation menée par les Frères musulmans en août 2013 et qui fut réprimée dans le sang.

« La justice doit s’appliquer à tous »

L’ONU rappelle que la répression contre les manifestations menées par les Frères musulmans sur les places Rabaa al-Adawiya et al-Nahda au Caire le 14 août 2013 aurait entraîné la mort de 900 manifestants, pour la plupart non armés, par des membres des forces de sécurité égyptiennes. Mais malgré le nombre important de morts, aucun membre de la sécurité d’Etat n’a jamais été inculpé. D’où le « contraste frappant » entre la tenue de procès de masse en Egypte et une loi récente qui accorde une immunité « totale » aux membres des forces de sécurité pour les crimes qu’ils ont commis, relève l’ONU. « Les tentatives d’accorder une immunité pour des crimes qui auraient été commis par des membres des forces de sécurité ne font que promouvoir l’impunité et compromettent la confiance du peuple égyptien dans la capacité du gouvernement à rendre justice pour tous », souligne aussi le communiqué.

Depuis juillet 2013 et le renversement par l’armée du président islamiste démocratiquement élu Mohamed Morsi, plusieurs centaines de personnes ont été condamnées à mort en Egypte. Cette série de procès de masse organisés en Egypte a impliqué « des centaines d’affaires examinées simultanément ». « Ces procès ont soulevé de nombreux problèmes de procédure équitable et impartiale », ajoute l’organisation mondiale.

Pour la Haute-Commissaire, « le mépris évident des droits fondamentaux des accusés » fait douter de la culpabilité de tous les condamnés. Mme Bachelet dit ainsi espérer que la cour d’appel égyptienne examinera ce verdict et veillera au respect des normes internationales de justice en l’annulant.

Avec Reuters et ONU Info

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