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Conflit entre les Etats-Unis et l’Iran : « C’est une partie de poker qui est en train de se jouer » (Mariam Pirzadeh)

La tension continue de grimper entre les États-Unis et l’Iran, quelques jours après l’assassinat du général iranien Soleimani tué par une attaque de drone américain à Bagdad, en Irak. Dans la nuit de mardi 7 à mercredi 8 janvier, l’Iran a tiré des missiles sur des bases abritant des soldats américains en Irak, laissant craindre une escalade de violence dans la région. Donald Trump a annoncé qu’il allait faire une déclaration dans la journée.

L’Irak, une victime collatérale

« C’est une partie de poker qui est en train de se jouer », a expliqué sur franceinfo Mariam Pirzadeh, journaliste à France 24, ancienne correspondante en Iran. « Sauf qu’au milieu, il y a l’Irak qui est une victime collatérale de ces tensions qui existent depuis 40 ans. »

Dans son entretien donné au média français, Mme Pirzadeh a indiqué que l’acte iranien était « une première réponse, mais cela paraît peu proportionné même s’il y a beaucoup de similitudes. Ce matin, beaucoup de dirigeants iraniens et des médias iraniens ont tweeté le drapeau de la République islamique tout comme Donald Trump l’avait fait lorsqu’il avait tué le général Soleimani ». Rappelant que Mohammed Jawad Zarif, le ministre iranien des Affaires étrangères, avait indiqué que l’Iran ne voulait pas la guerre, l’ancienne correspondante de France 24 en Iran indique que celui-ci « s’est protégé » derrière un article de la charte des Nations unies pour affirmer que l’Iran « s’était défendue en tant que nation ».

Alors que les gardiens de la révolution iranienne appellent Washington à rappeler ses troupes, les Etats-Unis ne veulent pas partir, souligne Franceinfo. Pour Mariam Pirzadeh, la question est de savoir s’il va y avoir une guerre. Beaucoup de personnes en Iran disent qu’on y est. Ils la craignent depuis 40 ans, il y a des menaces effectivement pour cette guerre, mais pour le moment non. La guerre existe sans en avoir le nom en Irak. On voit bien que les Etats-Unis ne veulent pas partir, et le guide suprême Ali Khamenei l’a encore rappelé, veut le départ des troupes américaines d’Irak. On voit bien que de part et d’autre, c’est une partie de poker qui est en train de se jouer. Sauf qu’au milieu, il y a l’Irak qui est une victime collatérale de ces tensions qui existent depuis 40 ans.

Plusieurs scénarios possibles

Il y a plusieurs scénarios possibles, estime la journaliste. Ce qui s’est produit cette nuit était-il une manière de venger Qassem Soleimani comme l’ont indiqué plusieurs dirigeants ? Ce serait pourtant « assez surprenant » de la part de Hassan Rohani, car le discours du guide suprême ne contenait pas de menace. « Il n’avait pas de très bonnes relations avec Qassem Soleimani puisque Hassan Rohani incarnait cette diplomatie, cette main tendue vers l’Occident, c’est lui qui a permis de signer l’accord sur le nucléaire iranien dont Qassem Soleimani ne voulait absolument pas ». Le deuxième scénario, selon elle, c’est que les frappes de la nuit dernière marquent le début d’une vague de représailles. « Même s’il y a deux armées en Iran, elles sont prêtes psychologiquement à rentrer en guerre », bien qu’elles disposent d’équipements « vétustes » et qu’elles « n’ont pas les moyens de mener une guerre ».

Concernant la réunion de ce jeudi du Conseil de sécurité des Nations unies, la journaliste affirme qu’elle risque de ne pas « changer grand-chose ». « Quand on voit que Mohammed Jawad Zarif, le chef de la diplomatie, est mis au ban de plus en plus de la République islamique, et privé de visa de la part de l’administration américaine pour se rendre à une réunion des Nations unies pour apaiser les tensions, on se demande ce que va pouvoir faire le Conseil de sécurité. »

L’inquiétude des Européens

Ce mercredi 8 janvier au matin, le collège de la Commission européenne a tenu une réunion d’urgence, après les représailles iraniennes contre des bases militaires abritant des soldats américains en Irak. Sa présidente, Ursula von der Leyen demande « la fin du recours aux armes ». Le haut représentant Josep Borrell évoque « une situation extrêmement préoccupante », alors qu’il n’est « dans l’intérêt de personne de provoquer la violence ». « Les dernières attaques à la roquette contre des bases aériennes en Irak utilisées par les forces américaines et de la coalition, dont des forces européennes, sont un autre exemple d’escalade et de confrontation accrue », a déploré M. Borrell, cité par Le Monde.

A Londres, le chef de la diplomatie, Dominic Raab, a été l’un des premiers responsables européens à réagir, mercredi matin, en invitant l’Iran à ne pas répéter ses attaques « imprudentes et dangereuses ». L’Allemagne condamne de son côté « le plus fermement l’agression » de l’Iran qui a tiré des missiles sur des bases abritant des soldats américains en Irak, a indiqué mercredi la ministre allemande de la défense, Annegret Kramp-Karrenbauer. « Il s’avère maintenant décisif que nous ne laissions pas cette spirale croître encore », a-t-elle souligné.

N.B., avec Franceinfo et Le Monde

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