Conseil de sécurité de l'ONU
Réunion du Conseil de sécurité de l'ONU, le 26 novembre 2018 à New York © Don EMMERT / AFP/Archives

Conseil de sécurité de l’ONU : l’entrée de grandes puissances en 2019

A partir du 1er janvier, cinq nouveaux pays entrent au Conseil de sécurité de l’ONU pour deux ans. Parmi eux, l’Allemagne, l’Indonésie, l’Afrique du Sud, trois puissances régionales qui pourraient peser sur les débats. Reste à savoir si les consensus seront plus faciles avec des Etats-Unis, de plus en plus imprévisibles.

Nikki Haley étant partie, la Maison Blanche entend la remplacer par une ex-journaliste, Heather Nauert, porte-parole du Département d’Etat. « Un grand nombre de diplomates sont focalisés sur le changement d’ambassadrice américaine », indique à l’AFP Richard Gowan de l’Université de l’ONU. D’après lui et d’autres observateurs, plusieurs craignent que Heather Nauert ne reste sur une ligne dure axée sur le slogan de M. Trump, « America First », plus radicale que celle de Nikki Haley, et que son manque d’expérience pose problème lorsqu’elle sera confrontée à la nécessité de gérer des crises complexes dès le début de son mandat.

« Unilatéraliste » et « isolationniste », « l’Amérique a largué les amarres », note un diplomate cité par l’AFP. Ce « durcissement américain » va faire « de l’ONU une cible privilégiée », craint-il. Malgré ses échecs récurrents sur la Syrie, le Conseil de sécurité avait su faire preuve d’unité en 2017 avec des séries de sanctions contre la Corée du Nord. Mais en 2018, c’est la désunion qui a prédominé. « Les échanges ont souvent été brutaux, on ne cherche même plus des consensus, plus personne ne s’écoute, les votes de procédure se multiplient, les positions sont polarisées », résume un autre diplomate.

En public, le ton est parfois acerbe. « Il n’y a pas de recherche de compromis », « ce n’est pas la première fois qu’on nous dit “c’est à prendre ou à laisser” », a ainsi dénoncé le Russe Vassily Nebenzia lors d’une session sur la Centrafrique.

« Manque de transparence et de respect »

Le 21 décembre, la Bolivie, membre non-permanent sortant, a aussi fait montre de sa colère. « Nous exigeons d’être pris en considération », a lancé ce pays, dénonçant un « manque de transparence et de respect » suite à des négociations difficiles sur l’envoi d’observateurs au Yémen. Pour Moscou, les maux du Conseil sont à imputer « aux plumes, monopolisées par la troïka », autrement dit les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France auxquels revient traditionnellement nombre de résolutions à rédiger sur les conflits dans le monde.

Qu’en sera-t-il de l’harmonie avec l’Allemagne, l’Afrique du Sud – deux candidats à très long terme à un siège de membre permanent – ou l’Indonésie, la Belgique et la République dominicaine ? Ce sont ces pays qui succéderont à la Suède, au Kazakhstan, à l’Ethiopie, aux Pays-Bas et à la Bolivie.

« Membres élus »

Avec quelque 100 000 Casques bleus sur le terrain, l’ONU reste confrontée à des défis sécuritaires et sociaux importants partout dans le monde. Certains se demandent ainsi comment le Conseil de sécurité, que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres trouve « plus divisé que jamais », pourrait contribuer à instaurer la paix.

« Réunions publiques ou à huis clos, c’est du pareil au même pour les divisions », déplore ainsi un diplomate suédois cité par l’AFP. Pour la première fois, les cinq pays arrivants se sont entendus avec les cinq autres membres non-permanents du Conseil (Pologne, Pérou, Koweït, Guinée équatoriale et Côte d’Ivoire) pour se partager des présidences de comités et en présenter la liste au « P5 », le groupe des cinq permanents (Etats-Unis, Russie, Chine, France et Royaume Uni).

« Accepté sans problème », se réjouit un diplomate d’un petit pays cité par l’AFP, en rappelant que la pratique dominante jusqu’alors consistait à « batailler en coulisses de manière bilatérale ». Les dix membres non-permanents « ne vont pas contrebalancer le P5 mais peuvent jouer un rôle », estime cette source.

Autre signe d’une volonté partagée de réorienter vers plus de multilatéralisme les pratiques d’une structure héritée de l’après-guerre et qui ne correspond plus aux réalités géopolitiques du monde d’aujourd’hui, les cinq nouveaux ne veulent pas être appelés « membres non permanents » mais « membres élus ». Par ailleurs, le couple franco-allemand pourrait contribuer à effacer l’impression d’un Conseil à deux vitesses. « Les Allemands et les Français vont travailler en étroite coopération pour montrer que l’Europe pèse toujours en multilatéral en dépit du retrait du Royaume-Uni » de l’Union européenne, prédit Richard Gowan.

De son côté, l’Indonésie pourrait poser problème à la Chine. « Les Indonésiens ont une équipe solide et pourraient organiser des débats au Conseil sur la persécution des musulmans en Birmanie », explique encore cet expert de l’ONU.

N.B., avec AFP

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