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NIC BOTHMA / POOL

La corruption freine le développement des économies africaines

La lutte contre la corruption est aujourd’hui au centre des réflexions de la Banque africaine de Développement (BAD). Son président, Akinwumi Adesina, assure qu’elle ferait perdre chaque année 148 milliards de dollars à l’Afrique.

« La corruption, c’est aussi des routes et des hôpitaux mal construits en raison de matériaux de mauvaise qualité. La corruption est l’un des freins majeurs au développement du continent africain », analyse ainsi France Info, indiquant que selon l’indice Transparency International, la plupart des pays africains se trouve dans le bas du classement. La corruption coûterait à l’Afrique près de 25 % de sa richesse chaque année. « C’est considérable. Quand on sait que le coût pour éclairer l’Afrique et lui apporter de l’énergie s’élève à 55 milliards de dollars par an, on se rend compte à quel point la corruption affaiblit le continent », relève le média français.

La corruption freine les investissements

Les gros investissements privés sont fortement limités par les risques de malversations et de corruption, et les plus petites entreprises sont entravées par les mêmes fléaux qui faussent le jeu de la concurrence, indique en substance un rapport commun de l’OCDE et la BAD. Les entreprises, qui ont besoin d’autorisations administratives, sont les plus susceptibles de corruption dans le cadre des appels d’offres relatifs aux marchés publics ou lors des procédures de dédouanement. Par ailleurs, les bas salaires du secteur public ont pour conséquence d’inciter les fonctionnaires à chercher des compléments de revenu en sollicitant des pots-de-vin.

« Manque de volonté politique »

Le rapport conjoint de la BAD et de l’OCDE affirme que « la corruption est préjudiciable au développement économique, politique et social. Elle fausse la concurrence sur le marché, affaiblit la productivité et empêche finalement une croissance économique durable. Toutes ces incidences négatives peuvent être mesurées en Afrique. En effet, alors que l’Afrique subsaharienne est devenue un marché commercialement important, les risques de malversations et de corruption sont en train d’entraver des investissements plus massifs et de limiter la capacité des entreprises à faire des affaires sur un même pied d’égalité avec leur concurrence. La Banque Africaine de Développement estime que chaque année, 148 milliards de dollars sont perdus en Afrique du fait de la corruption. Les risques de corruption auxquels sont confrontées les entreprises aussi bien africaines qu’étrangères en Afrique, y compris les petites et moyennes entreprises, peuvent être attribués à plusieurs facteurs. Il s’agit notamment de : la prédominance de secteurs d’activité vulnérables à la corruption ; des économies principalement basées sur les transactions en espèces ; l’obligation recourir à des agents locaux pour réaliser des projets ; la corruption systémique du secteur public; et les faibles capacités en matière d’application de la loi, à laquelle s’ajoute souvent un manque de volonté politique ».

« Par ailleurs, dans la plupart des économies africaines, les transactions s’effectuent principalement en espèces, ce qui rend plus facile la dissimulation du versement de pots-de vin et plus difficile pour les entreprises d’empêcher et de détecter de tels paiements par la tenue de comptes précis », indique encore le rapport BAD-OCDE.

Effets sociaux de la corruption

La corruption dans le domaine de l’économie peut avoir des effets sociaux « dévastateurs ». « Les pots-de vin une fois payés, les entreprises font en sorte d’en récupérer le coût par la vente de produits de moindre qualité. Les infrastructures peuvent êtres mal exécutées, les routes mal construites, les hôpitaux s’effondrent en raison de l’utilisation de matériaux de mauvaise qualité, les écoles sont sous-équipées. Enfin, les citoyens et les consommateurs africains sont aussi perdants, les biens essentiels devant être achetés à un coût plus élevé », explique le média français.

« Il n’est pas surprenant que 83 % des décès dus à l’effondrement de constructions dans les tremblements de terre au cours des 30 dernières années aient eu lieu dans les pays où règne la corruption », affirme de son côté Transparency International. Par ailleurs, la corruption peut rapidement conduire, en termes économiques, à une « course vers le bas », où l’entreprise la moins souhaitable et la plus inefficace peut obtenir le marché, précise aussi le rapport.

« Encourager les lanceurs d’alerte »

Le rapport recommande ainsi d’encourager le signalement des pots-de-vin et de la corruption. Une démarche qui peut être difficile pour les entreprises, quelle qu’en soit la taille, nuance toutefois le rapport. En effet, « à moins que les employés soient rassurés qu’ils peuvent signaler en toute confidentialité, sans crainte de représailles, et qu’il sera donné une suite effective à leurs rapports, le signalement sera difficile à promouvoir au sein de l’entreprise. » Les PME peuvent ainsi être confrontées à des obstacles supplémentaires étant donné la forte probabilité que les employés se connaissent les uns les autres de près et peuvent donc être réticents à signaler les abus. « Assurer l’anonymat et la confidentialité peut aussi être difficile dans des environnements de travail plus restreints », c’est pourquoi les entreprises doivent être « vigilantes » à ces obstacles potentiels et y « remédier en conséquence ». « Même si vous ne pouvez pas avoir un agent de conformité pour recevoir et instruire les alertes en raison de la petite taille de l’entreprise, un employé responsable doit être désigné pour agir en cette qualité et veiller à ce que la confidentialité (et/ou l’anonymat, si votre entreprise choisit cette approche) soit maintenue », recommande le rapport.

N.B., avec France Info

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