Cultiver la relation avec l’administration Trump, une priorité stratégique pour Ankara

Cultiver la relation avec l’administration Trump, une priorité stratégique pour Ankara

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Durant les derniers mois de la présidence de Barack Obama, la crise diplomatique entre Ankara et Washington a atteint son apogée, à cause des divergences de vision et d’intérêt concernant le dossier de la Syrie et celui de prédicateur Fethullah Gülen, exilé depuis 1999 aux USA et accusé d’être l’instigateur du putsch de juillet.

Toutefois, avec l’élection du républicain Donald Trump, le président  turc Recep Tayyip Erdogan espère renouer avec les Etats-Unis et écrire une nouvelle page sur leurs relations diplomatiques. D’ailleurs, comme en Egypte, sa victoire aux élections a été vue d’un bon œil, Al-Sissi comme Erdogan, n’ayant pas cultivé des relations privilégiées avec l’administration Obama, voient en l’élection de Trump une opportunité pour dépasser les désaccords.

Samedi dernier, le PM turc Binali Yildirim a rencontré le vice-président Mike Pence à Munich et en a profité pour mettre sur la table les deux dossiers sensibles qui ont brisé les relations diplomatiques avec le prédécesseur de Trump. La chaine turque NTV a d’ailleurs rapporté que Pence aurait formulé son souhait d’ « un nouveau départ » avec la Turquie. Yildirim a de son côté estimé qu’une extradition de l’imam Fethullah Gülen «ouvrirait une nouvelle page» dans les relations entre les deux pays.

Ayse Sözen, chargé des relations internationales à la présidence turque a expliqué que le nouveau président américain a l’opportunité de prendre des initiatives audacieuses» concernant sa politique étrangère envers la Turquie. Il a de même estimé que Trump va «prendre des mesures pour améliorer les relations».

Ces estimations semblent être fondées puisque, moins de 48 heures après l’entretien téléphonique entre Trump et Erdogan, le puissant directeur de la CIA Mike Pompeo a programmé sa seconde visite officielle en Turquie, où il a été reçu par de hauts responsables turcs.

Cultiver cette relation avec la nouvelle administration américaine s’avère une priorité stratégique pour Ankara, des concessions, qui peuvent s’avérer douloureuses sont pourtant à faire.

En effet, les points de divergences entre les politiques des deux hommes ne sont pas des moindre. Selon Aaron Stein du Centre Rafic Hariri pour le moyen orient, le gouvernement turc voient en Donald Trump l’homme pouvant accomplir un changement «Par conséquent, ils s’abstiennent d’émettre toute critique alors même que son discours, sur plusieurs points, va complètement à l’encontre de ce qu’ils défendent».

Les discours enflammés d’Erdogan en faveur de la Palestine et de l’Islam perdent progressivement de leur crédibilité avec cette tendance nouvelle à taire les positions islamophobes et pro-Israël de Trump. N’oublions pas qu’au même titre que la Turquie, l’élection de l’homme d’affaires a été accueillie très favorablement à Tel Aviv.

Dans le même contexte, «La lune de miel actuelle est à court terme, tactique», estime Fadi Hakura, spécialiste de la Turquie au centre de réflexion Chatham House basé à Londres, compte tenu des désaccords historiques entre les deux pays. La question kurde, notamment des Unités de Protection du Peuples, l’aile armé de PKK (Parti Travailleur Kurde) et qui combattent Daech côte à côte avec les forces occidentales, est toutefois considéré comme organisation terroriste en Turquie.

Tous ces facteurs pourraient mettre en péril une entente fragile entre Ankara et Washington car, quand il est question des intérêts sécuritaires et économiques, l’une comme l’autre ne sont pas prêts à négocier. Une position trop laxiste d’Erdogan vis-à-vis l’administration Trump pourrait aboutir à complètement le décréditer aux yeux de ses partisans, qui voient en lui le survivant d’un coup d’Etat et le leader musulman fidèle à ses valeurs.

 

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