Le général al-Allaq. Photo : CNN

Daech est en train de se reconstruire, selon le chef de l’espionnage irakien

La fin de l’Etat islamique n’est pas du tout certaine encore et ne doit pas encore être proclamée. C’est le message inquiétant que fait passer le général Saad al-Allaq, chef de l’espionnage irakien, dans une interview accordée à CNN.

Selon lui, plusieurs dirigeants du groupe jihadiste travailleraient sur la reconstitution du « califat », quelques semaines après la mort de leur chef Abou Bakr al-Baghdadi, tué lors d’une opération de l’armée américaine en Syrie et « remplacé depuis par Abi Ibrahim al-Hachimi al-Qourachi à la tête de Daech », précise le journal français Le Point.

De hauts responsables de l’Etat islamique préparent des « pauses de grande ampleur et une recrudescence de la terreur après s’être réfugiés en Turquie », selon ce responsable des renseignements militaires irakiens. Le général Saad al-Allaq a confié à CNN, lors d’une interview exclusive, que l’Irak avait transmis à la Turquie des dossiers concernant neuf dirigeants terroristes présumés. Parmi les sujets évoqués dans ces dossiers figurent les principaux financiers ayant accès à des sommes « énormes » pour financer des opérations dans le monde entier, a-t-il déclaré.

Faire fuir des prisonniers

De récentes communications émanant de l’EI font état de projets visant à extraire des prisonniers des camps et des prisons de Syrie et d’Irak, a aussi déclaré Al-Allaq. Selon lui, les dirigeants de l’Etat islamique planifient des « jailbreaks » pour rassembler des hommes et ainsi relancer le groupe terroriste. « Des efforts internationaux considérables doivent être déployés pour traiter ce problème, car ces criminels (…) sont en mesure de quitter ces camps et de retourner dans leurs pays. Ils constituent donc un grave danger pour l’Europe, l’Asie et le nord-ouest de l’Afrique », s’inquiète Al-Allaq.

On estime à 10 000 le nombre actuel de combattants de l’organisation jihadiste détenus par les Forces démocratiques syriennes, dominées par les Kurdes, dans le nord de la Syrie. Un camp à proximité abrite 70 000 femmes et enfants. Les Etats-Unis ont décrit chacun d’eux comme une « bombe à retardement », même après l’assassinat du dirigeant de l’Etat islamique, Abu Bakr al-Baghdadi, et de certains de ses bras droits.

Importantes sommes d’argent

Les renseignements dont dispose M. Al-Allaq sur les chiffres de l’Etat islamique ont été révélés au cours d’une discussion de grande envergure sur le rôle de l’Irak dans la recherche d’Al-Baghdadi, tué lors d’un raid effectué par les troupes américaines en octobre, précise CNN. Al-Allaq a travaillé en étroite collaboration avec la CIA dans le cadre de la campagne contre l’EI et continue de fournir des renseignements permettant de cibler ses derniers dirigeants. Le général a ainsi indiqué que les hauts responsables de l’Etat islamique, connus sous le nom d’« émirs », avaient accès à d’énormes quantités d’argent et formaient de nouvelles cellules en Turquie.

Ils se sont échappés lors de la dernière offensive contre l’Etat islamique à Baghouz, dans l’est de la Syrie, plus tôt cette année, et se sont infiltrés dans des lignes de défense à Gazientep, dans le sud de la Turquie, a-t-il ajouté. « Certains des dirigeants importants ont fui vers le nord, je veux dire en direction des pays voisins et dans des zones frontalières comme Gazientep », a-t-il raconté. « Ils ont secrètement pénétré dans ces régions depuis la frontière syro-turque » et « l’ont traversée avec l’aide de passeurs en payant une grosse somme d’argent ». Ils sont ainsi secrètement entrés sur le territoire turc.

Pour le chef de l’espionnage irakien, les éléments qui se trouvent actuellement en Turquie jouent un rôle clé dans le recrutement de combattants et de terroristes. Par ailleurs, une nouvelle mission du groupe terroriste dénommée « Break Down the Fences » aurait pour but de prendre d’assaut les prisons où se trouvent leurs partisans et d’essayer de reconstruire ses structures à partir de là.

Fabricants de bombes

CNN a reçu un dossier sur neuf terroristes présumés, qui comprend notamment des mandats d’arrêt irakiens contre deux hommes accusés de meurtres et de terrorisme. Ils y sont décrits comme des fabricants de bombes. Al-Allaq a en effet assuré que les deux individus – Khair-Allah Abdullah Fatthi, né en 1977 dans la province de Salahuddin, au nord-ouest de Bagdad, et Hussein Farhan Asslebi al Jumaili, né en 1981 dans la province d’Anbar – étaient « parmi les meilleurs fabricants de bombes que l’ISIS ait jamais connus ».

La Turquie a arrêté de plus en plus de personnes identifiées par leurs forces de sécurité comme étant des membres de l’Etat islamique depuis l’assassinat d’Al Baghdadi en octobre. Sa sœur, l’une de ses épouses et d’autres membres de sa famille ont été arrêtés plus tôt ce mois-ci. Les autorités turques ont également récemment arrêté 42 personnes qui seraient impliquées dans des transferts d’argent complexes pour le groupe terroriste. Les médias officiels turcs ont par ailleurs annoncé que des millions de dollars de l’Etat islamique avaient été gelés.

A son apogée, l’Etat islamique contrôlait une zone de la taille du Royaume-Uni, à cheval entre Syrie et l’Irak, détenant ainsi sous sa coupe jusqu’à 12 millions de personnes. En dehors du territoire de son « califat », l’Etat islamique a été lié à de nombreuses attaques terroristes massives : un camion piégé a tué près de 300 personnes à Bagdad en 2016, quelques mois à peine après que des hommes armés et des kamikazes ont attaqué le Bataclan et d’autres endroits à Paris. D’autres atrocités auraient été inspirées par l’Etat islamique, telles que des attentats à Berlin et à Nice, en France.

La plupart des pays européens refusent de rapatrier les combattants emprisonnés ou leurs familles. L’obstacle le plus grand au retour de ces personnes pourrait bien être l’opinion publique, soulignait l’ONG Human Rights Watch en juillet 2019. « Craignant d’être pointées du doigt pour une attaque par un membre rapatrié de l’EI, ou son épouse ou son enfant, les autorités gouvernementales préfèrent souvent abandonner leurs ressortissants dans ces camps de détention aux conditions de vie sordides et même, dans certains cas, les déchoir de leur nationalité », expliquait HRW.

Mais cela les laisse dans des camps où le lavage de cerveau selon les codes propres à l’EI peut continuer. Al-Allaq a ainsi estimé que si l’EI réussissait à reprendre le contrôle de ces vastes réserves de militants et de combattants potentiels, les résultats seraient « une catastrophe ».

N.B., avec CNN

A voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A ne pas manquer