Egypte

David D. Kirkpatrick : Comment la démocratie a échoué en Egypte

Dans un article publié le 5 août, le Guardian est revenu sur l’échec de la démocratisation de l’Egypte, qui, selon le quotidien britannique, est en train de subir un revirement autocratique en totale contradiction avec les aspirations politiques que le peuple a exprimées en 2011.

« A l’exception de la Tunisie, le Moyen-Orient est désormais moins libre, pas plus. L’Egypte [est] à nouveau conduite par un homme en uniforme », regrette le Guardian dans cette chronique destinée à partager les conclusions tirées par David D. Kirkpatrick, chef du bureau du New York Times au Caire, dans un livre qu’il vient de publier. Intitulé « The Hands of the Soldiers : Freedom and chaos in Egypt », l’ouvrage du reporter âgé de 48 ans explique l’échec de la démocratie à s’implanter en Egypte, mais également dans toute la région ravagée par le sang et la terreur imposés par les jihadistes d’un côté, et les dictateurs de l’autre.

Relatant méticuleusement la chute de Moubarak et le coup d’Etat qui a renversé Mohamed Morsi à peine une année après son élection en 2012, M. Kirkpatrick revient également sur les origines du chaos actuel sévissant dans toute la région moyen-orientale, lorsque les Etats-Unis armaient les moudjahidines afghans en 1980 pour faire échec à l’emprise des Soviétiques dans la région, semant ainsi « les graines d’al-Qaïda ».

Contradictions égyptiennes

Au lendemain du 11 septembre, démocratie et Frères musulmans étaient oxymoriques pour beaucoup, soutient le journaliste américain cité par le Guardian. Les observateurs du Moyen-Orient et les opposants à ce mouvement islamiste transnational né en Egypte ont toutefois fait valoir qu’une ligne de démarcation pouvait être établie entre les enseignements du mouvement et Al-Qaïda.

L’onde de choc des protestations égyptiennes a elle aussi donné naissance à une foulée d’interprétations contradictoires : pour certains, les manifestations de 2011 avaient pour objectif d’exprimer une fureur accumulée face à un système de corruption. Pour d’autres, l’élection de Morsi n’a finalement été qu’un intermède avant que l’armée ne réaffirme son contrôle.

Kirkpatrick souligne aussi que parmi ceux qui ont contribué à la chute de Morsi, certains ont cherché à déposer Moubarak mais que les deux impulsions ne s’excluaient pas mutuellement. « A un moment critique, les libéraux égyptiens ne pouvaient pas supporter qu’un islamiste ait pu être élu démocratiquement à la tête du pays », pointe la chronique du Guardian. C’est ainsi que Mohamed ElBaradei , ancien chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et lauréat du prix Nobel, a soutenu les manifestants anti-Moubarak avant d’approuver, avec le même enthousiasme, le coup d’Etat qui a renversé Morsi en juillet 2013.
De même pour John Kerry, deuxième secrétaire d’Etat d’Obama, qui a déclaré sans équivoque à la télévision pakistanaise que les généraux égyptiens « restauraient la démocratie ». L’administration Obama avait elle refusé de qualifier la chute de Morsi de « coup d’Etat », rappelle le quotidien britannique. Un refus qui s’explique par le précieux levieux détenu par l’administration américaine à travers l’aide annuelle de 1,3 milliard de dollars qu’elle fournit à l’armée égyptienne. En théorie, cette aide doit être automatiquement tarie en cas de coup d’Etat, « ce qui explique probablement pourquoi Obama s’est gardé d’employer le terme », relève le Guardian. Si cette aide financière ne garantit pas que les militaires « écoutent » les Américains, elle donne un canal important pour converser avec les dirigeants égyptiens et arriver à des compromis.

Echec de la démocratie en Egypte

On connaît la suite. Le général Abdel Fatah al-Sisi a pris le pouvoir et en quatre ans de présidence, a réduit l’opposition islamiste, laïque mais aussi libérale au silence, emprisonnant des centaines de personnes considérées comme dissidentes. Lors de sa campagne présidentielle de 2014, il avait estimé que « parler de libertés » ne devait pas passer avant la « sécurité nationale » avant d’affirmer publiquement qu’il faudrait « 20 à 25 années pour instaurer une vraie démocratie » en Égypte.

« Comme Godot, la culture de la démocratie en Egypte, tant désirée, peut ne jamais arriver. Le mois dernier, un tribunal égyptien a condamné à mort 75 manifestants pro-Morsi pour leur rôle dans les violences post-coup d’Etat », rappelle le Guardian.
De leur côté, les aspirants à l’islam politique ont eux aussi une vision étriquée de la démocratie. Si avant le coup d’Etat de 2013, un sondage du Pew Research Center dépeignait l’Egypte comme un pays où une majorité de musulmans soutient la démocratie, le contenu de cette démocratie était cependant limité, rappelle le journaliste américain. Selon la même enquête, deux musulmans égyptiens sur cinq ont approuvé les attentats-suicides et près des trois quarts ont soutenu la charia comme base de leur système judiciaire.

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