De la naissance d’un nouveau « djihadistan » au Sahel

De la naissance d’un nouveau « djihadistan » au Sahel

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Le journaliste Mohamed FallOumère, spécialiste des mouvements terroristes a alerté dans un article paru dans le journal français « Le Monde » de la situation explosive actuellement dans la région sahélo-saharienne. En effet, une recrudescence de violences est observée et un regain d’activité des groupes jihadistes comme Ansar Eddine, qui travaillent de concert avec les quatre autres organisations djihadistes actives au nord du Mali et dans le Sahel en général, commence à inquiéter les états-majors français et alliés.
Une photo préoccupante circule dans les réseaux sociaux depuis quelques jours, représentant Abul Hammam commandant de l’Emirat du Sahara, neuvième région militaire d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), et Amadou Koufa, chef de la brigade Macina, katiba peule d’Ansar Eddine, ainsi que Al-Hassan Al-Ansari, deuxième figure du mouvement de Al-Mourabitoun, dirigé par l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, et Abderrahmane Sanhaji, cadi (juge) d’AQMI dont la présence est une sorte de légitimation pour l’acte fondateur que viennent annoncer ces chefs du djihadisme dans la région sahélo-saharienne.
Nous sommes à l’aube d’une union, voire une fusion de ces mouvements et katibas en une seule organisation ayant pour objectif « le soutien à l’islam et aux musulmans » (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, GSIM). L’émir du mouvement, dont c’est là l’acte de naissance, n’est autre que le chef touareg Iyad Ag-Ghali.
Cette opération intervient dans un contexte où l’Europe est affaiblie autant économiquement que politiquement, notamment par le Brexit et la montée des mouvements populistes dans un grand nombre de pays, et où les Etats-Unis à travers l’administration Trump envisage d’être moins interventionniste que la précédente. Se proclamant comme les tenants de la lutte anti-terroristes, ces puissances semblent quelque peu essoufflées, surtout après les quelques revers essuyés par la France dans la région, ce qui rend la situation préoccupante
Les Etats du Sahel montrent des signes de faiblesse encore plus palpables. Le Mali le premier : à l’origine de la déstabilisation régionale, qui a même appelé à l’intervention étrangère en 2012, mais dont la situation n’a pas vraiment évolué depuis, des groupes armés continuant de sévir dans le nord du pays et les perspectives démocratiques se dissipent de plus en plus.
Sans la paix, sans la démocratie, il n’y a pas de développement possible.
Par ailleurs, la situation s’envenime : l’Etat est dans l’incapacité à imposer son autorité, des tensions ethniques s’affirment, des violences apparaissent et se multiplient, la guerre civile pointe son nez au mali selon certains experts. Des circonstances qui profitent largement aux organisations djihadistes, notamment la Katiba du Macina, une aile d’Ansar Eddine dirigée par Amadou Koufa.
« On oublie souvent que cette communauté peule compte environ 20 millions de ressortissants disséminés dans toute l’Afrique de l’Ouest. Qu’elle est aussi la dernière communauté à avoir fait une conquête au nom du djihad islamique dans cette région (aux côtés d’Al-Haj Oumar Tall, illustre conquérant du XIXe siècle). Que pour cela, elle est restée profondément imprégnée par le radicalisme religieux », rappelle dans « Le Monde » Mohamed FallOumère.
Ce chaos révèle d’une part l’activité encore très soutenue des groupes jihadistes dans la région, qui sont encore unis, bien armés, et bien organisés, qui en plus sont en mesure de se déplacer, d’étendre leurs actions au-delà des frontières, Burkina Faso, Niger avec visée sur la Côte d’Ivoire, bientôt la Guinée et éventuellement le Sénégal ; et d’autre part que ces mouvements sont bien ancrés dans le tissu social
Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) dirigé par Iyad Ag-Ghali se présente donc comme le plus grand rassemblement de djihadistes de la région. Ce qui le prépare à récupérer ce qui restera du théâtre libyen et pourquoi pas à recycler les combattants de l’Etat islamique fuyant la Syrie et l’Irak.
Tout cela amène plusieurs interrogations, notamment sur les stratégies menées par les occidentaux, et notamment la France et sur ce qui reste à entreprendre dans ces pays pour éviter un embrasement généralisé.

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