De l’adhésion de la Tunisie à la Ligue des États Arabes

De l’adhésion de la Tunisie à la Ligue des États Arabes

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La célébration cette année du soixantième anniversaire de la création du ministère tunisien  des affaires étrangères constitue une occasion opportune pour se remémorer certains événements marquants de la diplomatie pour consolider la souveraineté extérieure du pays. Dans ce cadre, les péripéties de l’adhésion de la Tunisie à la Ligue des Etats arabes méritent d’être relatées pour témoigner  du poids et du rôle de la diplomatie au lendemain de l’indépendance.

Premier Ambassadeur de la Tunisie indépendante en Egypte, Dr Sadok Mokaddem arriva au Caire le 1° Aout 1956 soit quelques jours après la nationalisation par le Président Nasser  du Canal  de Suez intervenue le 26 Juillet 1956 et présentée comme la cause de tous les arabes en lutte contre le colonialisme. Aussitôt, une réunion spéciale du Conseil de la Ligue Arabe est convoquée pour  le 15  Août  en vue d’examiner l’affaire et manifester l’entière  solidarité et le soutien politique  des pays arabes à l’Egypte dans son bras de fer avec la Grande Bretagne et la France. La Tunisie, n’ayant pas encore adhéré à la Ligue, a été néanmoins invitée à y participer. A la veille de la réunion, Dr Mokaddem reçoit un message du Président Bourguiba lui demandant d’y « assister sans intervenir dans le débat en raison de l’impossibilité de prendre position dans l’immédiat à ce sujet ». Surpris par les instructions reçues, il décida de ne pas participer à la réunion prétextant au Secrétariat de la Ligue Arabe que la Tunisie n’était suffisamment préparée.  Ce n’est que le 17 Août 1956 que le gouvernement  tunisien publie un communiqué officiel annonçant l’appui et la solidarité de la Tunisie à l’Egypte dans son droit légitime d’exercer sa souveraineté sur le Canal de Suez.

Sollicité en Janvier 1957  par le Secrétaire Général de la Ligue Arabe au sujet du retard de la Tunisie pour engager la procédure d’admission à la Ligue, Dr Mokaddem avait déclaré que le « gouvernement attend le moment opportun après s’être débarrassé des séquelles de l’époque coloniale et que la ligue devienne plus efficiente au service de tous les pays arabes sur un même pied d’égalité ».  En réalité, la suspicion et la méfiance, qui caractérisaient à l’époque les relations entre la Tunisie et l’Egypte en raison notamment de la politique hégémoniste du Président Nasser pour contrer l’impérialisme américain à travers la doctrine Eisenhower  et de l’agitation yousséfiste à partir du Caire et avec son appui et sa complicité,s’étendaient aussi à la Ligue Arabe, perçue comme un outil de main mise de l’Egypte nassérienne sur le monde arabe. Par conséquent, le peu d’empressement de la Tunisie d’adhérer à la Ligue lui a valu une large campagne de propagande allant du simple dénigrement jusqu’aux diffamations les plus insensées.

A cet égard, le Président Nasser, s’adressant le 9 mars 1957 aux officiers supérieurs de son armée, avait annoncé que « l’Egypte a le droit d’unir tous les pays arabes sous son drapeau et que le Soudan, la Libye, la Tunisie et les pays du Golfe ne sont pas encore complétement libres et se trouvent dans les filets de l’impérialisme ».

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