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Sara Creta/Al Jazeera

De plus en plus de réfugiés tentés par le suicide dans un abri de réfugiés du HCR en Tunisie

L’absence de soins et d’accompagnement psychologique adéquats et la frustration liée à l’absence de plans de réinstallation incitent à des tentatives de suicide de la part de réfugiés désespérés installés en Tunisie, rapporte al-Jazeera qui s’est entretenu avec certains d’entre eux.

« Lundi dernier, un adolescent de 16 ans a été transporté à l’hôpital local de Médenine. Il avait décidé de mettre fin à ses jours dans un établissement pour réfugiés géré par l’agence des Nations unies pour les réfugiés, l’UNHCR, à Médenine », relève le média arabe.

Après s’être échappé de l’Erythrée pour avoir été enrôlé de force dans l’armée, l’adolescent est passé par le Soudan, l’Egypte et la Libye pour finalement arriver en Tunisie, après un périple de deux ans, dans un état de désespérance. « Quelques jours plus tard, [l’adolescent suicidaire] a été transféré dans un hôpital psychiatrique à Sfax, où il a été maintenu enfermé, sans pouvoir communiquer avec personne dans l’établissement », relate al-Jazeera. Son histoire désespérante n’est pas unique en Tunisie. Une réfugiée a ainsi été emmenée à l’hôpital après avoir bu de l’eau de Javel. Une jeune fille non accompagnée âgée de 16 ans a de son côté tenté de s’échapper par la frontière libyenne avant d’être arrêtée à Ben Guerdane.

Traumatismes

« Je ne suis pas surpris par ce qui est arrivé à à cet adolescent, a déclaré à al-Jazeera, dans les locaux de l’UNHCR, un autre réfugié. Ils nous gardent simplement ici sans nous fournir de soutien […]. Nous nous sentons complètement abandonnés. Nous ne nous sentons pas en sécurité. »

Les 30 à 35 mineurs non accompagnés vivant dans les installations d’accueil du HCR à Médenine sont contraints de partager une chambre, passant leurs journées à se remémorer des images passées de violences et de mauvais traitements qu’ils ont subis lors de leur périple. « Je ne peux pas oublier l’image de mon ami en train de mourir après s’être vu braquer une arme sur sa tempe. Il était assis à côté de moi. Parfois, la nuit, je ne peux pas dormir », a ainsi confié un jeune homme de 16 ans.

Le bureau du HCR de Médenine n’a pas les moyens d’offrir tous les services de base aux arrivants dont le nombre est croissant. Selon les informations fournies à al-Jazeera, les demandeurs d’asile et les réfugiés n’ont pas été soumis à des examens médicaux et n’ont bénéficié d’aucun soutien psychosocial. Par ailleurs, « ils n’ont pas été clairement informés de leurs droits en Tunisie ». « Nous pensons qu’ils essaient de nous cacher ici », a expliqué un jeune réfugié au média arabe. « Comment pouvons-nous dire que nous sommes en sécurité si le HCR ne protège pas nos droits fondamentaux ? » a-t-il dit, ajoutant que cette situation incitait certains réfugiés à fuir par la mer.

Les jeunes réfugiés se trouvent ainsi dans livrés à eux-mêmes. Rongés par l’inquiétude et l’incertitude à l’égard de leur avenir, ils ne peuvent même pas, dans certains cas, joindre leurs familles pour les réconforter. « Mes parents sont en Erythrée et, depuis plus d’un an, je n’ai pu parler avec eux que pendant trois minutes », se plaint un Erythréen de 15 ans.

Manque de moyens

Les réfugiés avec qui al-Jazeera s’est entretenu sont arrivés en Tunisie par la frontière libyenne avec l’aide de passeurs. La Tunisie a enregistré plus de 1000 arrivées de réfugiés et 350 demandeurs d’asile, principalement originaires de Syrie, d’Erythrée, du Soudan et de Somalie, rappelle al-Jazeera.

Mais le pays n’a ni la capacité ni les moyens d’accueillir tous ces réfugiés et, comme il n’a pas de système d’asile cohérent, ces réfugiés vivent une vie impossible, souligne le média qatari. Officiellement, les réfugiés ne sont pas autorisés à travailler et, par conséquent, il n’y a pas de système officiel de protection pour ceux d’entre eux qui travaillent. Un Erythréen de 24 ans, qui travaillait depuis neuf jours dans un hôtel de la ville balnéaire de Zarzis, a ainsi été arrêté et amené au poste de police où il a été soumis à un interrogatoire de 30 minutes.

Il y a un mois, un groupe de 32 personnes a quitté le centre d’accueil avec une offre de paiement de 350 dinars tunisiens par mois et une aide pour la recherche d’un logement privé. Parmi eux, neuf ont décidé de se rendre dans la capitale. Un plan qui est confirmé pour trois mois, sans précision sur la suite.

Un ancien enfant-soldat érythréen de 36 ans se demande ainsi « pourquoi [doit-il] être obligé de [s]’installer dans un pays qui n’est pas prêt à accueillir des réfugiés ? ». Les migrants envisagent selon lui la Tunisie « comme une destination finale, mais les conditions d’accueil n’y sont pas adéquates. Le HCR ne fait aucun effort pour nous intégrer. Nous ne suivons aucun cours de langue ni aucune formation technique », souligne-t-il.

InfoMigrants rapporte lui que le centre d’accueil de migrants de Médenine sera fermé par les autorités tunisiennes en raison de la surpopulation dans les camps et des conditions inhumaines de vie que subissent les réfugiés.

Le centre est géré par le Croissant-Rouge tunisien avec le soutien d’organisations internationales comme l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le HCR, et bénéficie de la la collaboration de la Croix-Rouge internationale. Selon des sources locales, le centre accueille actuellement 20 migrants et 180 demandeurs d’asile, mais leur nombre augmente chaque jour en raison de l’accroissement des flux de migrants provenant de Libye, explique InfoMigrants. Le Croissant-Rouge tunisien et certaines ONG locales dénoncent depuis longtemps les conditions critiques d’accueil au sein de ce centre de Médenine.

Lorena Lando, directrice tunisienne de l’OIM, a déclaré que l’organisation soutenait la décision de fermer ce centre qui, selon elle, a dépassé sa capacité maximale d’accueil. Elle a par ailleurs assuré que l’OIM “ferait tout son possible” pour fournir le soutien et l’assistance nécessaires aux migrants du centre et pour répondre aux demandes des autorités en matière d’assistance aux migrants. “L’OIM reste disponible pour tous les migrants qui souhaitent retourner dans leur pays d’origine”, a déclaré Lando.

En 2018, l’OIM avait assuré le retour de Tunisie de 605 migrants dans leurs pays d’origine.

N.B., avec al-Jazeera

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