Décès de Béji Caïd Essebsi : hommages et commentaires de la presse étrangère

Béji Caïd Essebsi, premier président élu démoratiquement, est mort à l’âge de 92 ans, après une longue carrière politique entamée dès l’indépendance du pays. Sa mort a immédiatement déclenché doutes et incertitudes concernant la gestion du pays en prévision des élections qui se dérouleront en automne. Le vétéran de la politique, le plus ancien chef d’Etat après la reine d’Angleterre Elizabeth II, avait été hospitalisé pour une grave maladie à la fin du mois de juin et avait été réintégré aux soins intensifs jeudi. Hommages et commentaires de la presse étrangère.

Revenant sur le parcours politique post-révolution de Béji Caïd Essebsi, le journal français Libération estime que « l’opposition frontale (entre islamistes et modernistes), instrumentalisée par les deux camps pour des raisons électoralistes », a manqué de faire « déraper le processus démocratique en 2013, après l’assassinat des militants de gauche Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi ».

La politque du consensus

Un an après, Nidaa Tounès arrive en tête des élections législatives avec 37 % des voix. Béji Caïd Essebsi « a réussi son pari », puis remporte l’élection présidentielle, rappelle le journal français. Le 29 décembre 2014, Essebsi entre au palais de Carthage. « Son premier geste, contre toute attente, va être de tendre la main à ses ennemis d’hier pour former une majorité au Parlement. Dans cette alliance […] entre modernistes et islamistes, baptisée ‘politique du consensus’, réside à la fois tout le brio et l’ambiguïté du premier président de la Tunisie démocratique. Ce pacte entre Essebsi et Ghannouchi permettra aux tensions politiques de retomber mais sucitera une désillusion croissante dans les rangs des partisans les plus engagés des deux blocs […]. Il a pourtant permis au pays de rester uni lors de la terrible année 2015, marquée par les attentats du musée du Bardo (22 morts) et de l’hôtel Imperial Marhaba à Sousse (38 morts), puis au moment de l’insurrection jihadiste de la ville de Ben Gardane (69 morts, dont 7 civils), en mars 2016 », poursuit le quotidien français.

La transition économique difficulté

Aujourd’hui, Nidaa Tounes, après sa double victoire électorale de 2014, « décline inexorablement ». Et presque chaque année, des émeutes éclatent dans les villes de l’intérieur du pays. « Si la Tunisie a réussi, tant bien que mal, sa transition démocratique, sa transition économique – l’autre exigence des révolutionnaires de 2011 – est un échec. Déçus, les jeunes ont repris la route de l’exil à travers la Méditerranée », souligne ainsi Libération, qui remarque toutefois que M. Essebsi aura « permis à son pays d’entrer dans la démocratie tout en restant uni, à coups de ruses […] et de compromis ».

« Politicien avisé »

Pour le New York Times, M. Essebsi « s’est révélé être un politicien avisé possédant l’expérience et la détermination nécessaires pour vaincre ses adversaires. […] Il a rendu possible une solution démocratique en étant prêt, en tant que laïc convaincu, à reconnaître le droit des islamistes à avoir une place dans la politique tunisienne et de s’engager avec eux ».

Absence de grandes réformes économiques

Pour Middle East Eye, à l’heure du bilan, « on pourra retenir la sagesse d’un chef qui aura stabilisé son pays dans une période et une géopolitique tumultueuses, manœuvré une classe politique en partie immature, amené, en l’insérant dans le jeu du pouvoir, Ennahdha à se normaliser ». Le chef de l’Etat n’aura en revanche laissé « aucune grande réforme économique ou sociale transformatrice, aucun renouvellement de la relation entre l’Etat et les citoyens, une transition constitutionnelle inachevée ».

France 24 fait valoir pour sa part la période de doute qui s’ouvre, écrivant que si Béji Caïd Essebsi a mené la Tunisie sur le chemin de la démocratie, « son décès laisse la présidence vacante et des périodes de tensions en perspective ».

Le quotidien français Le Monde évoque pour sa part le projet de loi concernant l’égalité dans l’héritage, acclamé par les associations féministes. « Le projet d’égalité dans l’héritage n’a toutefois toujours pas franchi le parcours d’obstacles au Parlement. Béji Caïd Essebsi n’aura pas disposé du bras politique pour l’imposer ». Son œuvre, ayant consisté à asseoir les fondations d’une transition, même inaboutie, « n’est assurément pas insignifiante à l’échelle de la région », commente Le Monde.

N.B.

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