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Déconfinement au Maghreb : les autorités mettent en garde contre le risque de rebond

Tunis, comme Alger, a entamé hier un assouplissement progressif du confinement mis en place fin mars pour endiguer la propagation du nouveau coronavirus. Si la relative maîtrise de la situation dans les hôpitaux et le ralentissement considérable de l’activité économique justifient cette mesure de levée progressive du confinement, les autorités mettent néanmoins en garde contre le risque d’apparition d’une nouvelle vague épidémique.

Dimanche, à la veille d’un retour progressif au travail en Tunisie, le ministre de la Santé Abdellatif Mekki a dit avoir « des craintes mais aussi de l’espoir ». Il justifie sa « peur » en raison du « relâchement que nous observons ici et là, que ce soit par négligence ou par nécessité. Et dans cette situation, les autorités publiques ont la responsabilité de protéger la société », a-t-il écrit dans un message publié sur son compte Facebook. « Cet assouplissement a été dicté par la nécessité de revitaliser la vie économique, nécessaire pour le pays, et non pour relancer le divertissement, car ce n’est pas encore le moment et la situation sanitaire ne le permet pas, a-t-il ajouté. Cet assouplissement doit être compensé par des mesures réglementaires et préventives strictes. »

صباح الخير و الأمللدي تخوف و لدي أملندخل غدا الإثنين الرابع من ماي مرحلة العزل الصحي الموجه. هذه المرحلة انبنت…

Publiée par Abdellatif Mekki sur Samedi 2 mai 2020

Sensibilisation

M. Mekki invite donc les médias à « intensifier la sensibilisation par tous les moyens possibles », indiquant que sa « crainte » face à une possibilité de rebond trouve ses justifications dans « ce que nous voyons [comme] chaos ici et là où il y a négligence ou sous la pression des besoins ». « Dans ce cas, les pouvoirs publics auront la responsabilité de protéger la société, y compris en mettant en place un retour à la quarantaine générale, oui, le retour à la quarantaine générale », si l’évolution de la situation le nécessite, a-t-il mis en garde.

En Algérie, les autorités ont ainsi décidé de refermer de nombreux commerces après quelques jours d’ouverture dans plusieurs régions, dont Alger, en raison du non-respect des règles d’hygiène et de distanciation sociale. Selon l’Institut national de santé publique (INSP), l’Algérie a enregistré « une augmentation de 27 % des cas confirmés » entre le 24 avril, date du début du ramadan, et le 30 avril, explique l’AFP.

La Tunisie, l’Algérie et le Maroc ont imposé des restrictions drastiques dès l’apparition début mars des premiers cas de contamination à cette maladie provenant d’Europe, où l’épidémie battait déjà son plein. Au Maroc, où 5053 cas ont été officiellement enregistrés, dont 179 décès, le déconfinement n’est envisagé qu’à partir du 20 mai.

Les autorités estiment que les mesures drastiques de confinement, la restriction des déplacements et le port obligatoire du masque, soutenus par des contrôles policiers étroits, ont contribué à limiter la contagion dans ce pays de 35 millions d’habitants. Des foyers sont cependant apparus dans des usines qui continuaient de fonctionner.

1000 vies sauvées en Tunisie grâce au confinement

Selon certaines estimations, le confinement, mis en place de manière précoce, aurait permis de sauver 1000 vies en Tunisie, où ont été officiellement détectés 1018 malades et 43 décès. La Tunisie compte chaque jour moins de 10 nouveaux cas. Grâce à une démographie jeune, le nombre de décès restait également stable ces deux dernières semaines, quelques uns par semaine en Tunisie, et environ cinq par jour en Algérie.

Mais pour le professeur algérien Idir Bitam, expert des maladies transmissibles, « on est en plein risque d’un rebond vu le relâchement des derniers jours ». Pour lui, cela « va se sentir dans la prochaine semaine ». Pour ce membre de l’IHU de Marseille (sud de la France), il n’est pas possible de « prévoir le pic » dans ce pays en raison du « manque de moyens de diagnostic ».

« On a gagné la bataille, pas la guerre »

En Tunisie, « on a gagné la bataille, pas la guerre. On est arrivé à freiner l’épidémie mais il faut que (…) le citoyen soit responsable », a dit à l’AFP la docteure tunisienne Hanene Tiouiri Benaissa, membre de la commission nationale de lutte contre la maladie Covid-19 et cheffe de service des maladies infectieuses à l’hôpital public Rabta à Tunis.

Les autorités ont donc lâché du lest, et lundi, le travail est reparti avec officiellement 50 % des effectifs maximum dans le pays où de très nombreuses usines étaient à l’arrêt.

Publiée par Covid-19 Tunisia sur Dimanche 3 mai 2020

Mais comme en Algérie, la distanciation sociale et le port du masque exigés par les autorités sanitaires ne sont pas toujours respectés, notamment en raison de la vétusté des transports en commun et de la difficulté de contrôler les rouages d’une économie largement informelle. La reprise d’une vie sociale est néanmoins considérée comme nécessaire pour remédier aux conséquences économiques, sociales et psychologiques du confinement.

N.B., avec AFP

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