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La démocratie est en crise presque partout dans le monde, selon Freedom House

D’après l’ONG américaine Freedom House, la démocratie a connu en 2017 sa crise la plus grave depuis des décennies. Ses principes fondamentaux, notamment la garantie d’élections libres et équitables, les droits des minorités, la liberté de la presse et le respect de l’Etat de droit, ont été attaqués « dans le monde entier », explique l’organisation dans l’édition 2018 de sa publication périodique sur les libertés dans le monde. Ce sont 71 pays qui ont enregistré une nette diminution de leurs droits politiques et de leurs libertés civiques, tandis que seuls 35 pays ont enregistré des améliorations en la matière. Selon l’ONG, c’est la douzième année consécutive où l’on observe un déclin des libertés démocratiques dans le monde.

Democracy is in crisis around the world, with 2017 marking the 12th consecutive year of decline in global freedom. www.FreedomInTheWorld.org

« Il y a un quart de siècle, à la fin de la guerre froide, il est apparu que le totalitarisme avait enfin été vaincu et que la démocratie libérale avait remporté la grande bataille idéologique du XXe siècle », explique le président de l’organisation, Michael J. Abramowitz. Mais « aujourd’hui, c’est la démocratie qui se retrouve affaiblie. Pour la douzième année consécutive, les pays qui ont connu des revers démocratiques sont plus nombreux que ceux qui ont enregistré des avancées en la matière. Les Etats qui, il y a dix ans, semblaient être des réussites prometteuses – la Turquie et la Hongrie, par exemple – sont en train de sombrer dans des régimes autoritaires. En Birmanie, qui a entamé une ouverture démocratique limitée en 2010, l’armée a lancé une campagne choquante d’épuration ethnique en 2017 et a rejeté les critiques internationales de ses actions. Pendant ce temps, les démocraties les plus puissantes du monde sont embourbées dans des problèmes manifestement insolubles, notamment des disparités sociales et économiques, une fragmentation politique, des attaques terroristes et un afflux de réfugiés qui a mis à rude épreuve les alliances et accru la crainte de ‘l’autre’ », note le président de Freedom House.

Région MENA : les régimes autoritaires et l’instabilité se renforcent mutuellement, la Tunisie, bien que faisant figure d’exception, multiplie les entorses à la démocratie

Dans une région ravagée par la guerre et la dictature, la Tunisie « s’est distinguée par la réussite de sa transition vers un régime démocratique après le premier soulèvement du Printemps arabe en 2011 ». Cependant, en 2017, « les premiers signes de recul étaient bien plus évidents : les élections municipales ont été à nouveau reportées, les conseils non élus ont été laissés en place sept ans après la révolution, et les personnalités associées à l’ancien régime ont accru leur influence sur un système politique vulnérable, notamment en faisant adopter une nouvelle loi d’amnistie en dépit d’une forte opposition publique », note ainsi le rapport. « La prolongation de l’état d’urgence vieux de deux ans a également marqué l’érosion de l’ordre démocratique en Tunisie. » L’ONG estime que si les organes indépendants requis par la constitution ne se mettent pas effectivement en place, que si l’intimidation des médias se poursuivait, la Tunisie « pourrait ne pas résister à la pression d’une vieille [élite politique] renaissante qui n’a jamais été complètement démantelée ».

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L’ONG note par ailleurs que la situation en matière de sécurité en Tunisie a été minée par l’anarchie régnant dans la Libye voisine. « Des informations faisant état de marchés d’esclaves modernes s’ajoutent aux autres exactions commises à l’encontre de réfugiés et de migrants bloqués dans des camps de détention gérés par des milices », explique-t-elle.

Comme plusieurs organisations humanitaires, Freedom House pointe le tournant autoritaire qu’est en train de prendre l’Egypte : « Plutôt que de réformer ses services de sécurité abusifs et d’obtenir le soutien de tous les segments de la société égyptienne, le régime autoritaire d’Abdel Fattah al-Sissi a poursuivi sa répression de la dissidence en 2017 et a adopté une nouvelle loi restrictive visant à étouffer le financement international d’ONG. »

En Syrie, si l’Etat islamique (EI) a perdu la quasi-totalité du territoire qu’il contrôlait, « le régime répressif d’Assad » a gagné du terrain.

La guerre civile au Yémen a fait qu’environ trois quarts de la population ont aujourd’hui besoin d’une aide humanitaire urgente. « A Sanaa, de petits groupes de manifestants épuisés par la guerre ont à plusieurs reprises demandé la libération de prisonniers politiques et une réponse internationale visant à mettre un terme à la violence. La coalition dirigée par l’Arabie saoudite soutenant le gouvernement déchu du Yémen a pourtant poursuivi sa campagne de bombardements aveugles », écrit l’ONG.

L’Amérique accélère son retrait de son rôle de défenseur de la démocratie dans le monde

Les droits politiques et les libertés civiles dans le monde se sont détériorés pour se situer à leur point le plus bas depuis plus d’une décennie en 2017, prolongeant une période caractérisée par la prééminence d’autocraties « enhardies » et « le retrait des Etats-Unis de leur rôle de leader dans la lutte mondiale en faveur de la liberté humaine ». Les Etats-Unis de Donald Trump ont contribué à cette chute vertigineuse des valeurs démocratiques observée à l’échelle mondiale. « Les Etats-Unis se sont retirés de leur rôle traditionnel de défenseur et d’exemple de démocratie en raison du déclin croissant des droits politiques et des libertés civiles dans ce pays », pointe le rapport.

Sous l’ère Obama déjà, si l’administration démocrate a continué à défendre les idéaux démocratiques américains dans des déclarations symboliques de politique étrangère, ses actions ont souvent échoué, reflétant une mauvaise évaluation de la capacité des Etats-Unis à influencer les événements mondiaux et de la volonté des Américains de soutenir de tels efforts.

En 2017, l’administration Trump a explicitement exprimé son intention de rejeter les principes qui ont guidé la politique américaine et ont constitué la base du leadership américain au cours des sept dernières décennies. Le slogan « America First » du président Trump, inventé à l’origine par des isolationnistes cherchant à freiner l’implication des Etats-Unis dans la guerre contre le fascisme, ciblait les notions traditionnelles de sécurité mondiale collective et de commerce mutuellement bénéfique. L’hostilité et le scepticisme de l’actuelle administration républicaine à l’égard d’accords internationaux contraignants en matière d’environnement ou de maîtrise des armements ont confirmé qu’une réorientation prenait forme.

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Le président Trump, dans ses déclarations, met davantage l’accent sur les liens culturels et civilisationnels entre les Etats-Unis et leurs partenaires plutôt que sur les droits universels. Ses déclarations lors de voyages à l’étranger ne mentionnent que très rarement le mot ‘démocratie’. En revanche, le dirigeant américain a exprimé des « sentiments d’admiration » et même une « amitié personnelle » pour certains des dirigeants « les plus répugnants et les plus puissants », poursuit le président de Freedom House. « Cela marque une rupture nette avec les autres présidents américains de l’après-guerre, qui ont coopéré avec certains régimes autoritaires [uniquement] pour des raisons stratégiques, sans jamais renier leur engagement envers la démocratie en tant que meilleure forme de gouvernement et moteur de la politique étrangère américaine », dit-il.

L’année dernière, les normes démocratiques de l’Amérique ont été érodées plus rapidement que jamais, ce qui a porté atteinte à sa crédibilité internationale en tant que défenseur de la bonne gouvernance et des droits de l’homme. Les Etats-Unis ont connu une série de revers dans la conduite des élections et de la justice pénale au cours de la dernière décennie – sous la direction des deux principaux partis politiques – mais en 2017, ses principales institutions ont été attaquées par une administration qui rejette les normes établies en matière de conduite éthique. L’ONG relève que le président Trump a lui-même mêlé les préoccupations de son empire commercial à son rôle de président, qu’il a nommé des membres de sa famille à des postes de fonctionnaires, qu’il a établi des arrangements avec des lobbyistes et des « représentants d’intérêts spéciaux » et enfin qu’il a refusé de se conformer aux pratiques de transparence observées par ses prédécesseurs.

Le milliardaire républicain a également critiqué et menacé les médias et attaqué le personnel professionnel des forces de l’ordre et des services de renseignement. Il s’attaque régulièrement aux immigrés musulmans et latino-américains. Il a par ailleurs « gracié un shérif reconnu coupable d’avoir ignoré les ordonnances de la cour fédérale visant à mettre fin aux politiques discriminatoires sur le plan racial » et a émis un décret interdisant les voyages de ressortissants d’un groupe de pays à majorité musulmane aux Etats-Unis. La presse et les institutions judiciaires et de la société civile sont restées assez résistantes en 2017, mais « les déclarations et actions de l’administration Trump pourraient les affaiblir, ce qui laisse présager de graves conséquences pour la santé de la démocratie américaine et le rôle de l’Amérique dans le monde », écrit Freedom House.

L’Europe empêtrée dans le populisme

Les défis socioéconomiques au sein des Etats démocratiques ont alimenté la montée en puissance de dirigeants populistes qui accordent peu d’attention aux libertés civiles et politiques fondamentales. Les populistes de droite ont obtenu des voix et des sièges au Parlement en France, aux Pays-Bas, en Allemagne et en Autriche en 2017. Bien qu’ils aient été exclus du gouvernement dans tous les pays, sauf en Autriche, leur succès aux élections a contribué à affaiblir les partis établis, tant à droite qu’à gauche. « Le nouveau président français centriste Emmanuel Macron a aisément remporté la présidence française, mais en Allemagne et aux Pays-Bas, les principaux partis politiques ont eu du mal à créer des coalitions gouvernementales stables », pointe l’ONG. Son président affirme que « le plus inquiétant pour l’avenir est la faiblesse des connaissances historiques des jeunes, qui ont peu de souvenirs des longues luttes contre le fascisme et le communisme » et qui risquent ainsi de perdre confiance dans l’intérêt que représente le projet démocratique. L’idée même de démocratie et de promotion du projet démocratique a été ternie par beaucoup, « contribuant à une dangereuse apathie » de ce modèle.

L’impact de la crise des réfugiés de 2015-2016 continue d’alimenter la montée des partis d’extrême droite xénophobes. Marine Le Pen, cheffe du Front national en France, a réussi à défaire, au premier tour de l’élection présidentielle de 2017, les autres candidats par son engagement à suspendre l’immigration et à organiser un référendum sur l’adhésion de la France à l’UE. Le parti Alternative pour l’Allemagne, parti eurosceptique et anti-immigrés, est devenu la première formation d’extrême droite à entrer dans la législature allemande depuis 1945, à la suite d’une campagne dans laquelle ses dirigeants ont réclamé l’expulsion de « nombreux réfugiés » et proclamé que l’Islam était incompatible avec l’identité allemande. De même aux Pays-Bas, le Parti pour la liberté, ouvertement islamophobe, a connu une victoire semblable en terminant deuxième lors des élections législatives de 2017, sans toutefois entrer au gouvernement de coalition.

En Hongrie et en Pologne, les dirigeants populistes ont continué à consolider leur pouvoir en déracinant les institutions démocratiques et en intimidant leurs détracteurs issus de la société civile. « Le parti au pouvoir en Pologne a également poursuivi ses efforts pour affirmer son contrôle politique sur le pouvoir judiciaire, en adoptant des lois qui affecteront la Cour suprême et les tribunaux locaux », affirme l’ONG.

La Chine et la Russie développent leur influence antidémocratique

Dans le même temps, « les principales autocraties du monde, la Chine et la Russie », ont saisi cette opportunité que représente le déclin des valeurs démocratiques non seulement en intensifiant « la répression interne », mais également en exportant leur influence « perverse » vers d’autres pays, qui imitent de plus en plus « leur dédain pour la démocratie ». Le président chinois Xi Jinping a ainsi récemment proclamé que la Chine « ouvrait une nouvelle voie » aux pays en développement. C’est une voie qui inclut, selon l’organisation, des tribunaux politisés, une répression de la dissidence et la « prédétermination » des élections.

Moscou et Pékin considèrent la démocratie comme une menace pour leurs « régimes oppressifs » et travaillent sans relâche pour saper ses institutions et paralyser ses principaux défenseurs, estime l’ONG américaine. Le résultat final de ces tendances, s’il n’est pas contrôlé, est évident, souligne-t-elle. Le remplacement des normes démocratiques globales par des pratiques autoritaires se traduira par davantage d’élections au cours desquelles la victoire du président sortant pourra être acquise à l’avance. « Cela contribuera à la mise en place d’un paysage médiatique dominé par des porte-paroles de la propagande du pouvoir qui marginalisent l’opposition tout en présentant le leader comme un homme omniscient, fort et voué à agrandir le rayonnement national. Cela impliquera un contrôle de l’Etat sur Internet et les médias sociaux, à la fois par la censure et par une manipulation active ayant pour but de promouvoir le discours du régime autoritaire. Et cela signifiera plus de corruption, d’injustice et d’impunité dans les violations des droits des citoyens. »

Déjà, la Russie de Vladimir Poutine a mené des campagnes de désinformation avant les élections dans des pays comme les Etats-Unis, la France et l’Allemagne, a noué des liens étroits avec des partis politiques xénophobes en Europe, a menacé ou envahi ses plus proches voisins et a servi de source alternative d’aide militaire pour les dictatures du Moyen-Orient. « Son objectif principal est de perturber les Etats démocratiques et des institutions telles que l’Union européenne », estime Freedom House. Pékin a des ambitions encore plus grandes et plus de ressources pour les atteindre. La Chine a mis en place un « appareil de propagande et de censure à portée mondiale », utilisé ses liens économiques pour influencer des démocraties telles que l’Australie et la Nouvelle-Zélande, obligé divers pays à rapatrier des citoyens chinois cherchant refuge à l’étranger, etc. Si Moscou cherche à renforcer sa position en s’attaquant de différentes façons à ses adversaires, l’ampleur et la profondeur des activités de Pékin montrent que le régime chinois aspire à un « leadership véritablement mondial », fait valoir l’organisation américaine.

Régimes autoritaires en Asie Mineure et au Moyen-Orient

En Turquie, le président turc Recep Tayyip Erdogan a élargi et intensifié la répression qui a débuté après la tentative de coup d’Etat de 2016 contre ses opposants présumés. Outre les conséquences désastreuses qu’elle a provoquées avec la détention de citoyens, la fermeture de médias et la saisie d’entreprises, « cette purge est étroitement liée à une offensive contre la minorité kurde, qui a à son tour servi de ferment pour les interventions diplomatiques et militaires de la Turquie en Syrie et en Irak », soutient Freedom House. Le statut de la Turquie est d’ailleurs passé de « partiellement libre » à « non libre » en raison d’un référendum constitutionnel « profondément défaillant », du pouvoir trop fortement centralisé autour de la présidence, du remplacement massif de maires élus par des personnes nommées par le gouvernement, des poursuites arbitraires de défenseurs des droits humains et d’autres ennemis supposés de l’Etat. « Le score du pays est en chute libre depuis 2014 en raison d’une série d’agressions contre la presse, les utilisateurs de médias sociaux, les manifestants, les partis politiques et le système judiciaire, alors que le président Recep Tayyip Erdogan se bat pour imposer un contrôle personnalisé » sur la vie politique turque, dénonce l’ONG. La réponse du pouvoir à la tentative de coup d’État de juillet 2016 est devenue « une chasse aux sorcières tentaculaire » qui a entraîné l’arrestation de quelque 60 000 personnes, la fermeture de plus de 160 médias et l’emprisonnement de plus de 150 journalistes.

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Ailleurs au Moyen-Orient, des dirigeants autoritaires en Arabie saoudite, aux Emirats arabes unis et en Egypte ont défendu leurs intérêts d’une manière « imprudente », perpétuant de longs conflits en Libye et au Yémen. L’Iran, leur rival qui exerce la même répression, a joué un rôle « déstabilisateur » dans les conflits de la région en supervisant des réseaux de milices qui s’étendent du Liban à l’Afghanistan. Les promesses de réformes du nouveau prince héritier Mohammed Ben Salmane en Arabie saoudite ont ajouté une variable inattendue dans une région qui a longtemps résisté à l’idée d’ouverture, bien que les changements sociaux et économiques naissants dans le royaume sunnite se soient accompagnés de centaines d’arrestations arbitraires et de démarches agressives contre des rivaux potentiels.

En Amérique latine, le Venezuela, le Brésil et le Mexique piétinent

L’ONG donne notamment l’exemple préoccupant du Venezuela, où la crise provoquée par la détermination du président Nicolás Maduro à rester au pouvoir a continué à inciter les habitants à chercher refuge dans les pays voisins. Mais d’autres Etats latino-américains ont également posé problème : les vastes enquêtes du Brésil sur la corruption ont impliqué des dirigeants de toute la région et le pays a récemment élu un président d’extrême droite que certains observateurs considèrent comme bien plus radical que M. Trump. De son côté, le Mexique n’a pas mené les réformes qui permettraient de lutter contre la corruption généralisée, le crime organisé et les lacunes d’un système judiciaire déjà « en ruine ».

En Afrique, les nouveaux dirigeants d’anciens partis risquent de ne pas mener à bien les réformes vers la démocratie

En République démocratique du Congo et au Burundi, le recours continu à la violence par les dirigeants en place, qui par ailleurs font fi des limites de mandat, a contribué à générer de vastes mouvements de population. Le mauvais processus électoral au Kenya a contribué à la violence politique dans ce pays, tandis que les dirigeants du Sud-Soudan ont choisi de poursuivre une guerre civile sanglante plutôt que de faire la paix.

De nouveaux dirigeants ont remplacé des hommes de pouvoir établis de longue date en Angola et au Zimbabwe en 2017, mais leurs antécédents au sein de l’élite dirigeante ont suscité des doutes quant à leurs promesses de changement. Il est ainsi « difficile » de savoir si ces deux « nouvelles » configurations politiques permettront à ces pays de s’attaquer à la corruption de manière globale ou si leurs nouveaux dirigeants ne comptent pas simplement consolider leur contrôle sur les leviers du pouvoir et de la richesse publique.

Les dirigeants de plusieurs autres pays se sont accrochés au pouvoir, souvent au détriment des droits fondamentaux de leurs citoyens. En Tanzanie, le gouvernement du président John Magufuli, qui a pris ses fonctions en 2015 en tant que membre du seul parti au pouvoir que le pays ait connu, a intensifié la répression de la dissidence, arrêté des opposants, fermé des médias et arrêté des citoyens pour s’être exprimés sur les médias sociaux. Et en Ouganda, le président Yoweri Museveni, âgé de 73 ans, au pouvoir depuis 1986, a cherché à supprimer la limite d’âge présidentielle de 75 ans, ce qui lui permettrait de se représenter en 2021. Même en Afrique du Sud, pays relativement démocratique, un important scandale de corruption a continué de toucher le président Jacob Zuma, avec de nouvelles révélations sur la vaste influence de la riche famille Gupta sur son gouvernement, souligne l’ONG.

La question du nettoyage ethnique en Birmanie

Le rapport insiste beaucoup sur la situation dans ce pays d’Asie du Sud-Est. La brutale campagne de viols, de mutilations et de massacres dirigée contre la minorité Rohingya par l’armée a contraint plus de 600 000 Rohingya à fuir le pays. La crise et l’incapacité des autorités à l’enrayer ont mis en lumière les graves faiblesses du système politique hybride du pays, qui confère à l’armée une autonomie et un pouvoir politique « énormes ». L’armée a « mené une brutale campagne de nettoyage ethnique contre la minorité musulmane Rohingya, de laquelle la Chine a profité et contre laquelle la réponse de la communauté internationale a été impuissante », analyse l’ONG. Outre les 600 000 personnes expulsées, « des milliers d’autres auraient été tuées ». « Les réfugiés ont mis à rude épreuve les ressources d’un Bangladesh déjà fragile, et des militants islamistes ont cherché à adopter la cause Rohingya comme nouveau point de ralliement » dans la promotion de la violence.

« Ces horribles événements montrent à quel point ce pays d’Asie du Sud-Est est loin de pouvoir devenir une démocratie. En 2015, les électeurs ont élu une autorité civile après des décennies de régime militaire. Cependant, dans ce système politique hybride, l’armée conserve un pouvoir et une autonomie immenses. Il continue ainsi d’avoir recours à la violence contre les minorités ethniques et présente les Rohingyas comme une menace pour l’unité et la sécurité nationales », souligne le rapport.

Risques économiques et sécuritaires

La propagation des pratiques antidémocratiques à travers le monde n’est pas simplement un revers pour les libertés fondamentales. Le recul de la démocratie fait peser des risques économiques et de sécurité. « Lorsque davantage de pays sont libres, tous les pays, y compris les Etats-Unis, sont plus sûrs et plus prospères. Lorsque plus de pays sont autocratiques et répressifs, les traités et les alliances s’effondrent, des nations et des régions entières deviennent instables et l’extrémisme violent détient davantage de marge de manœuvre », indique l’ONG. La démocratie favorise un plus grand respect de la paix et des compromis, quand les autocraties imposent des règles arbitraires à leurs citoyens, ce qui crée un cercle vicieux qui s’auto-alimente par les abus et la radicalisation, alerte Freedom House.

Nejiba Belkadi

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