Image : FTDES / Facebook

Des familles de migrants tunisiens détenus en Espagne organisent un sit-in

Des familles de migrants tunisiens bloqués dans la ville de Melilla, en Espagne, ont organisé un sit-in mardi devant l’ambassade d’Espagne à Tunis pour exiger que leurs enfants soient autorisés à entrer sur les territoires espagnols. Ils ont dénoncé le « traitement humiliant » que subissent depuis plusieurs mois leurs enfants détenus au centre de Melilla.

Entourés d’un fort dispositif de sécurité autour de l’ambassade d’Espagne à Tunis, des familles de migrants bloqués à Melilla ont crié des slogans appelant à la libération de leurs enfants et au respect de leur droit à la mobilité en Europe. En effet, tant que se maintient l’absence d’accord bilatéral entre l’Espagne et la Tunisie pour rapatrier ces migrants et que les autorités espagnoles leur refusent l’accès à l’Espagne continentale, ils resteront coincés dans l’enclave espagnole de Melilla située dans le nord du Maroc, où ils se trouvent depuis novembre 2019.

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Publiée par Forum Tunisien pour les Droits Economiques et Sociaux sur Mardi 16 juin 2020

Dans une déclaration à l’agence TAP, le président de l’association « Terre pour tous » Imed Soltani, qui avait appelé à l’organisation du sit-in, a déclaré que le mouvement de protestation avait été organisé à la demande des familles des migrants pour exprimer leur mécontentement face à la détention, abusive selon eux, de près de 800 Tunisiens par les autorités espagnoles, depuis presque un an, dans des « conditions inhumaines ».

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Publiée par Imed Soltani sur Mardi 16 juin 2020

Il a par ailleurs assuré que son association recevait quotidiennement des appels de ces migrants détenues à Melilla, et que certains avaient entamé une grève de la faim pour exiger la garantie de leur liberté de mouvement et un traitement respectueux de la dignité humaine. Selon lui, les familles des migrants bloqués dans le centre d’accueil de Melilla veulent, à travers ce sit-in, attirer l’attention de l’ambassadeur d’Espagne en Tunisie sur les souffrances subies par leurs enfants. Elles dénoncent également le « silence » du ministère tunisien des Affaires étrangères qui n’est toujours pas intervenu pour libérer ces migrants.

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Publiée par Forum Tunisien pour les Droits Economiques et Sociaux sur Mardi 16 juin 2020

Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) avait précédemment appelé à l’arrêt des violations des droits des migrants tunisiens. L’organisme avait exhorté les autorités espagnoles à accélérer le transfert des migrants vers des lieux plus sécurisés et offrant des conditions plus respectueuses de la dignité humaine, en attendant la régularisation de leur situation.

Traitements dégradants et provocations

Un migrant tunisien anonyme a d’ailleurs dénoncé à un observateur de France 24 le « traitement inhumain » dont les Tunisiens étaient la cible ainsi que « l’agressivité » des agents de sécurité du centre. « Le 25 avril, nous avons entamé une grève de la faim, plusieurs migrants ont même cousu leurs bouches en signe de protestation. Nous craignons d’être rapatriés en catimini avec la complicité de notre pays », a-t-il ajouté.

Depuis le début du confinement, le camp a accueilli 2200 migrants, des Tunisiens pour la plupart. Pour le témoin tunisien anonyme et ses compagnons, les migrants tunisiens sont « délaissés » par les agents du CETI. Et pendant leur grève de la faim, l’état de santé de deux migrants tunisiens s’est gravement détérioré. « Nous subissons aussi des provocations de la part des agents du camp : l’un d’entre eux a, par exemple, agressé un migrant avec une matraque, en l’insultant. Nous avons diffusé la vidéo sur Facebook et Whatsapp, et un média local l’a relayée, mais il l’a supprimée quelques jours plus tard. Depuis, les agressions sont répétées et ciblées, et nos téléphones très surveillés. »

L’observateur de France 24 assure de son côté que les Tunisiens sont effectivement traités « différemment » et qu’ils n’auraient « pas le droit à certains soins au sein du dispensaire du centre ».

En 2018, certains Etats européens avaient adopté des mesures strictes de contrôle de la situation migratoire dans le bassin méditerranéen. En Italie, première destination des migrants qui traversent la Méditerranée, des accords bilatéraux ont été mis en place, permettant d’expulser et rapatrier les migrants clandestins vers la Tunisie. Selon le FTDES, 2100 Tunisiens ont ainsi été rapatriés d’Italie en 2018, puis se sont dirigés vers d’autres voies migratoires, notamment via le Maroc.

Plusieurs ONG, dont Amnesty international, ont dénoncé les conditions de vie qui affectent les personnes établies dans le centre de Melilla, et affirment que « les espaces communs » y contiennent un « trop grand nombre de personnes », augmentant ainsi considérablement les risques de contracter le Covid-19.

N.B., avec TAP, France 24 et Infomigrants

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