duel

Des parlementaires russes veulent rétablir le duel

Aujourd’hui abandonnée et pénalisée, la pratique du duel continue pourtant d’être revendiquée par les milieux de droite comme un moyen viril de régler des différends « sur le terrain ». Ainsi, la semaine dernière, le chef de la garde nationale russe, Viktor Zolotov, a défrayé la chronique en provoquant en duel Alexei Navalny, l’un des principaux opposants politiques du pays. Dans une vidéo de six minutes publiée sur le compte YouTube de la garde nationale, l’ancien garde du corps de Vladimir Poutine promet de réduire Navalny en « steak saignant en quelques minutes ». Des menaces qui interviennent après que l’équipe du leader de l’opposition russe Alexeï Navalny, qui purge actuellement une peine de 30 jours de prison, a accusé l’officiel de l’Etat de corruption. « Personne ne vous a jamais donné la raclée que vous méritez, suffisamment sévère pour que vous la sentiez au niveau du foie », a-t-il poursuivi.

Si la vidéo semble surtout avoir pour but d’adresser des menaces intimidantes à l’opposant russe, des députés de la Douma (le parlement russe) ont proposé dès le lendemain une nouvelle loi de cinquante-trois pages qui entend déterminer les détails des conditions dans lesquelles les Russes peuvent se provoquer en duel. « Cette proposition de loi a été déposée par le Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR), un parti ultra-nationaliste. Avec quarante sièges à la Douma, c’est le troisième groupe parlementaire, derrière le Parti communiste (quarante-deux sièges), et Russie Unie, le parti de Vladimir Poutine (340 sièges) », précise le magazine Slate.

Le « Code du duel » prône de régler les différends au pistolet ou à l’épée. Hélas pour les amateurs de rixes publiques, l’initiative des parlementaires russes prévoit que seuls les officiels de l’Etat peuvent s’adonner au duel. Selon le document cité par The Moscow Times, « une personne inférieure ne peut pas offenser un officiel (…) Les duels ne sont permis qu’aux personnes de rangs équivalents et de la même ancienneté ».

Une vieille pratique

La démarche des députés russes de droite, si elle peut paraître absurde et anachronique, entend en fait rétablir une vieille habitude. Selon le média russe Tjournal cité par The Moscow Times, la proposition de loi est « presque entièrement copiée » sur une publication de 1912.

Car la pratique du duel a eu ses moments de gloire dans l’histoire, en Occident comme en Orient. Aujourd’hui tombée en désuétude et pénalisée, il s’agit d’une coutume qui consistait à combattre par les armes dans un cadre réglementé où des témoins sont présents pour veiller au respect des régles définies d’un commun accord par les duellistes. Il s’agissait de trancher des différends ou réparer des offenses publiques, des vexations, mais dans un cadre où la violence doit en principe s’exercer sans excès et sans mort d’homme.

A plusieurs reprises, des personnalités importantes, parlementaires, journalistes, écrivains ou hommes politiques, s’y sont prêtées. Ainsi Victor Hugo, qui a affronté un garde du corps à Versailles en juillet 1821. Raison invoquée de l’appel à la joute : celui-ci lui aurait arraché des mains une feuille qu’il tenait. L’écrivain français Sainte-Beuve et son ancien professeur de rhétorique, Paul-François Dubois, se sont également affrontés pistolet en main, le 20 septembre 1830, suite à une altercation, duel à l’issue duquel tous deux ont fini sans blessure.

L’écrivain Marcel Proust s’y est également livré en 1897, alors qu’il n’avait même pas entamé l’écriture de son roman phare, A la recherche du temps perdu. Alors âgé de 27 ans, il a provoqué en duel au pistolet de tir un critique littéraire à la plume vénéneuse, Jean Lorrain, pour un article qui entendait discréditer un recueil de poèmes de Proust, Les plaisirs et les jours, et qui touchait également à la vie privée de l’écrivain français…

Plus récemment en 1967, pour réparer une humiliation, le député gaulliste René Ribière a provoqué en duel le maire de Marseille Gaston Defferre, qui l’avait traité d’« abruti ». Ce duel à l’épée est considéré comme le dernier ayant eu lieu en France.

Nejiba Belkadi

A voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A ne pas manquer