pêcheurs tunisiens

Des pêcheurs tunisiens arrêtés en Sicile pour avoir tracté des migrants jusqu’en Italie

Alors qu’ils étaient en train de mener une embarcation de fortune vers l’Italie, avec à son bord 14 migrants, six pêcheurs tunisiens ont été arrêtés le 29 août en Sicile après qu’ils ont été repérés par un avion de Frontex, l’Agence européenne de garde-frontières et garde-côtes chargée du contrôle des frontières extérieures de l’espace Schengen. Ces pêcheurs locaux sont soupçonnés d’être des passeurs ayant illégalement escorté le bateau vers Lampedusa, indique la police douanière italienne citée par infomigrants.net. Des citoyens tunisiens ont manifesté dans la rue lundi 3 septembre à Zarzis pour protester contre leur arrestation par les autorités italiennes.

Un bateau en détresse

Les six hommes arrêtés en mer affirment avoir intercepté un appel de détresse de la part du bateau de migrants et ont ainsi décidé de le remorquer avec leur chalutier dans un lieu sûr. Ces six Tunisiens sont en attente de jugement en Italie pour répondre des accusations de contrebande qui ont été portées à leur endroit par la police italienne. Selon leurs avocats, la décision commune de remorquer l’embarcation en Italie a été prise après que ces pêcheurs ont appelé à l’aide les garde-côtes italiens pour qu’ils puissent intervenir. De leur côté, les procureurs ont déclaré qu’ils n’avaient aucune preuve qu’un SOS a été envoyé par le bateau de migrants ou par le navire de pêche. Les six hommes actuellement détenus dans la ville sicilienne d’Agrigente risquent, s’ils sont reconnus coupables, jusqu’à 15 ans de prison, relève pour sa part The Guardian.

Outre la manifestation de rue à Zarzis, la contestation s’exprime également sur Internet, où des messages publiés sur les réseaux sociaux réclament la libération des six membres d’équipage. D’autant que parmi eux figure Chamseddine Bourassine, connu pour être un sauveur de migrants, également président de l’association des pêcheurs de Zarzis. « Toute ma solidarité avec un militant et ami, le doyen des pêcheurs Chamseddine Bourassine. Nous appelons les autorités tunisiennes à intervenir immédiatement avec les autorités italiennes afin de le relâcher ainsi que son équipage », a écrit lundi le jeune militant originaire de Zarzis Anis Belhiba sur Facebook. Un appel partagé et republié par Chamesddine Marzoug, pêcheur retraité, volontaire au Croissant-Rouge et militant connu en Tunisie pour enterrer lui-même les corps des migrants rejetés par la mer pour leur offrir une sépulture digne. Immédiatement après les arrestations, l’Association des pêcheurs tunisiens de Zarzis a envoyé une lettre à l’ambassade d’Italie à Tunis pour soutenir ces hommes.

Sans nouvelles depuis quatre jours

Contacté par infomigrants, un chargé de communication de l’ONG tunisienne FTDES (Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux) affirme n’avoir reçu aucune nouvelle des pêcheurs depuis près de quatre jours. « On ne sait pas comment ils vont. Tout ce que l’on sait c’est qu’ils sont encore incarcérés à Agrigente en Sicile. On essaie d’activer tous nos réseaux et de communiquer avec nos partenaires italiens pour leur fournir une assistance juridique », explique-t-il. Le scénario le plus plausible selon lui est que ces pêcheurs écroués, rompus au sauvetage de migrants en Tunisie et connus pour leur militantisme en faveur de la dissuasion des jeunes Tunisiens de partir illégalement pour l’Europe au péril de leur vie, aient en fait reçu un appel de détresse depuis l’embarcation des migrants et qu’ils aient ensuite tenté de les faire regagner la Tunisie. N’y parvenant pas, selon infomigrants, les pêcheurs auraient alors mené l’embarcation vers l’Italie, la météo se faisant de plus en plus menaçante.

A voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A ne pas manquer