La diplomatie des espaces enchevêtrés

La diplomatie des espaces enchevêtrés

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Par A.Y

La diplomatie classique qui consiste à voir le monde en fonction d’espaces bien distincts les uns des autres n’est plus réaliste. Pis encore, elle est trompeuse dans la mesure où elle découpe le monde selon une géographie politique dépassée. De nos jours, il est nécessaire de voir le monde, non pas autrement, mais tel qu’il se présente réellement, c’est-à-dire dans sa complexité spatiale.

Prenons l’exemple de l’Europe. Ses frontières géographiques sont claires cependant sa conscience géopolitique va aujourd’hui du cercle polaire jusqu’à l’Afrique subsaharienne en passant par l’arc qui englobe le Moyen-Orient et l’Asie centrale. De même, la Chine est en train de bâtir « une nouvelle route de la soie » qui se déploie sur des espaces à la fois terrestres et maritimes qui vont de la mer de Chine jusqu’à la Corne de l’Afrique voire vers l’Amérique du Sud suivant une stratégie de cabotage bien rôdée et fort pragmatique. Même constat pour la Russie qui n’aspire plus aux mers chaudes (la Méditerranée) mais bien aux terres chaudes d’Afrique. Idem pour les Etats-Unis qui malgré « la doctrine du retrait » amorcée par l’administration Trump, se déploient sur l’espace-monde selon des jalons à la fois militaires et commerciaux. Ajoutons à cela les puissances régionales comme l’Iran ou certains pays du Golfe dont le rayon d’action dépasse largement leurs frontières traditionnelles ; le constat semble clair : les espaces, dans cette ère de mondialisation, s’enchevêtrent constamment les uns aux autres.

D’un autre côté, avec les élargissements des aires d’influence se manifeste un autre mouvement constitué par la décomposition, symbolique ou réelle, négociée ou forcée, de certaines aires géographiques avec l’apparition (ou la réapparition) de consciences spatiales distinctes comme en Irak, au Yémen, en Espagne ou au Royaume-Uni. Il y a par conséquent un double mouvement d’élargissement et d’effritement digne d’une véritable théorie du chaos à l’échelle internationale.

Tout le défi de la diplomatie, de surcroît notre diplomatie, consiste à actualiser notre vision du monde dans lequel nous nous projetons. Evidemment, loin de nous l’idée de remettre en cause notre vision de la politique étrangère qui opère selon des principes stables qui ont toujours montré la justesse de nos prises de position dans les moments les plus critiques (notamment avec l’ultime crise du Golfe). Cependant, force est de constater que le diplomate tunisien est conscient aujourd’hui, plus que jamais, de la nécessité de prendre le recul nécessaire face à cet enchevêtrement effréné et continu des espaces qui meublent la scène internationale.

C’est ici qu’une diplomatie créative s’impose comme l’avait souhaité le nouveau Secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres lors de son discours d’investiture à la tête de l’Organisation universelle. Telle diplomatie serait celle qui arrive à créer les liens et les connexions entre les événements en apparence épars mais qui sont intimement liés. Trouver le lien entre ce qui se passe à Barcelone et à Kirkuk, entre ce qui se passe à Pyongyang et à Caracas, entre ce qui se passe en Syrie et dans les pays de l’Europe centrale devient un impératif d’ordre méthodologique. D’ailleurs, notre Ministre des Affaires étrangères lors de la dernière Conférence annuelle des Ambassadeurs et Consuls n’a-t-il pas insisté sur la nécessité de se prévaloir d’une vision « macro » à même de saisir les enjeux du monde d’aujourd’hui ? N’est-ce pas le moyen idoine pour que la diplomatie tunisienne qui regorge de compétences, saisisse l’émergence des espaces enchevêtrés afin d’immuniser davantage l’exception tunisienne ?

A.Y.

 

 

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