Discussion inhabituelle à l'ONU

Discussion inhabituelle à l’ONU sur le lien entre changements climatiques et risques de conflits

Une discussion sur un sujet rarement débattu s’est tenue mercredi au Conseil de sécurité de l’ONU pour répondre à une question assez originale, qui n’a pas été discutée depuis sept ans, sur les liens de corrélation entre le réchauffement de la planète et les risques de survenue ou d’aggravation de conflits. La Suède, pays organisateur du débat, a estimé que la tenue de la discussion est « déjà un succès en soi », bien qu’aucune déclaration consensuelle ni mesures concrètes n’aient été prévues.

Sujet sensible

La question est loin de faire l’unanimité au sein des Etats membres, notamment auprès de la Russie, la Chine et l’Ethiopie qui considèrent qu’elle ne devrait pas relever des compétences du Conseil de sécurité, faute d’expertises concluantes sur ces liens de causalité.

« L’ONU doit respecter le principe de répartition des tâches », a expliqué l’ambassadeur russe adjoint à l’ONU, Dmitry Polyanskiy. Bien que ce dernier ait reconnu que « les changements climatiques sont une menace majeure », il a tenu à rappeler que « le Conseil de sécurité ne dispose pas d’expertise » pour traiter ce sujet « abstrait ». Les partisans d’une gestion de la question par le Conseil, notamment les Etats victimes d’ouragans, de manque d’eau, ou les Européens, dont la France où a été signé en 2015 un accord pour limiter à 2 degrés le réchauffement climatique, estiment au contraire que ce sujet doit être inscrit à son agenda. Selon eux, « cette question ne peut être laissée uniquement à des instances subalternes ou à l’Assemblée générale » car ces dernières n’ont « pas de pouvoir contraignant ».

« On a besoin de solutions pour les gens sur le terrain » et « vous devez considérer les changements climatiques comme des risques sécuritaires », a lancé lors du débat Hindou Ibrahim, représentante de l’ONG International Indigenous People’s Forum on Climate Change, pour qui le lien entre vulnérabilité des populations et hausse des températures relève de l’évidence. «  Plus de 80 % des communautés au Sahel sont dépendantes de l’environnement. La disparition des ressources naturelles entraîne des conflits locaux qui deviennent nationaux puis régionaux. C’est un terreau fertile pour le terrorisme », a-t-elle assené aux diplomates.

De son côté, l’ambassadeur français François Delattre a souligné que « si les événements climatiques les plus extrêmes sont les plus visibles, d’autres phénomènes aux effets moins immédiats comme la sécheresse, la salinisation des sols ou la montée des eaux contribuent à la dégradation des terres, à l’érosion côtière et à la baisse des ressources en eau. » En vue d’une résolution efficace de ces questions, M. Delattre a soutenu l’idée d’une « diplomatie multilatérale du XXIe siècle qui intègre pleinement les impacts du changement climatique dans une démarche de prévention des conflits ».

Pas de « système d’alarme » au Conseil de sécurité

« Ces impacts négatifs sur les ressources naturelles dans le contexte de populations et d’économies vulnérables peuvent générer ou réactiver des conflits entre communautés, provoquer des déplacements de population et menacer la paix et la sécurité internationales », a-t-il encore justifié, en appelant le Conseil à s’en occuper.

Margot Wallström, ministre suédoise des Affaires étrangères dont le pays présidera en juillet le Conseil de sécurité, estime que celui-ci « peut développer une vision partagée des risques » et et dit s’attendre à ce que « nous [ayons] très bientôt de plus en plus de réfugiés climatiques ».

Si le Conseil de sécurité évoque régulièrement des questions liées aux domaines de l’environnement, il a reconnu avoir du retard dans la prise en considération de cet enjeu qui apparaît aujourd’hui comme majeur pour la sécurité mondiale. La plus haute instance de l’ONU ne dispose dans sa structure d’aucun « système d’alarme » ou « lanceur d’alerte » qui permette de fournir des recommandations pour mieux prévenir des mouvements massifs de populations. Face à ces lacunes, la majorité des Etats membres a demandé au secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, de mettre en place un rapport annuel répertoriant les risques liés au changement climatique.

Baron Waqa, le président de la République de Nauru, petite île du Pacifique, a lui suggéré la création d’un poste de représentant spécial pour le climat et le risque sécuritaire. Car « malgré l’accord de Paris, la situation va continuer à se dégrader à une ampleur qui dépasse tout ce qu’il s’est produit jusqu’à présent », prédit-il.

Le Diplomate Tunisien, avec AFP et « Le Monde »

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