MAHMUD TURKIA VIA GETTY IMAGES

Le douloureux retour des Libyens de Taouarga après plusieurs années d’exil

Non moins de 40 000 habitants de Taouarga, une localité de l’ouest libyen, ont été chassés de leur maison au lendemain de la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, qu’ils étaient accusés d’avoir soutenu. Contraints de se réfugier dans des camps de fortune à la périphérie de la capitale libyenne Tripoli, ou de s’installer dans d’autres régions du pays, ils se sont vu opposer une interdiction de rentrer chez eux par les milices armées de la ville rivale de Misrata.

Aujourd’hui, la situation semble lentement évoluer. Comme quelques centaines d’autres habitants, Mahmoud Abou al-Habel est rentré chez lui il y a quatre mois à la faveur d’un accord de réconciliation conclu avec Misrata. « Mais il peine toujours à ranimer ses dattiers, dont nombreux ont été incendiés, tout comme sa maison et celles de ses deux fils. M. Abou al-Habel démarre son petit groupe électrogène, et puise de l’eau pour arroser ce qui peut encore être sauvé », raconte ainsi l’AFP, qui l’a rencontré. « Je suis revenu dans ma ferme de 3,5 hectares. J’y avais planté 184 dattiers mais la plupart ont brûlé, comme mes 150 grenadiers et 28 oliviers », raconte-t-il à l’AFP. « C’est un crève-coeur de les voir ainsi car je les avais plantés moi-même », dit-il. Pour lui, le conflit avec Misrata « est le dossier le plus compliqué en Libye et il devrait servir d’exemple à tous les Libyens ».

Ville fantôme

Depuis 2011, Taouarga est devenue une ville fantôme aux ruelles jonchées de débris. Toutes les habitations ont été soit incendiées soit complètement détruites. Mais, petit à petit, la vie reprend son cours. Cinq familles ayant perdu leur maison ont choisi de rester en ville, trouvant refuge dans l’une des rares écoles épargnées par les combats. Salma Khalil, qui subvient seule aux besoins de ses enfants en tissant des feuilles de palmiers pour fabriquer des paniers, en fait partie. « J’ai dû apprendre ce métier à cause du manque de moyens », explique cette veuve à l’AFP. « Je dois faire vivre mes filles, orphelines de père, alors je fais [aussi] du pain pour nous et le reste, je le vends », dit-elle à l’AFP. Elle espère qu’un établissement de santé soit construit à Taouarga, l’hôpital de campagne étant trop loin pour les habitants, qui n’ont pour la plupart aucun moyen de transport.

Les bâtiments officiels ayant été lourdement endommagés ou totalement détruits, le Conseil municipal s’est temporairement installé dans une école pour recevoir les habitants et recueillir leurs doléances, en attendant que la ville soit reconstruite. Le maire, Abdelrahman Chakchak, dit rester positif : « Nous sommes enfin chez nous et la vie revient progressivement : l’électricité est rétablie, nous avons une école et un hôpital de campagne », affirme-t-il.

L’accord de réconciliation entre Misrata et Taouarga, signé sous l’égide du Gouvernement d’union nationale (GNA), prévoit l’engagement de ce dernier à verser des indemnisations aux personnes déplacées. Cinq bureaux recensent ainsi les éventuels bénéficiaires et évaluent les dégâts, et les habitants peuvent déjà commencer à réparer leurs maisons, affirme M. Chakchak à l’AFP. Mais pour Amal Barka, présidente de l’ONG La famille productrice, « le gouvernement n’a pas tenu les promesses faites aux habitants de Taouarga ». « La ville a besoin d’un financement important pour être reconstruite, mais également du soutien de la communauté internationale qui a promis d’y contribuer », indique de son côté à l’AFP le ministre aux Déplacés et réfugiés du GNA, Youssef Jalalah. « Taouarga doit être reconstruite car le retour des habitants est encore timide. Mais ils reviennent », se félicite-t-il.

N.B.

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