crises
Le drapeau de l'ONU devant le siège de l'organisation à New York / Nicholas Roberts / AFP/.

Douze crises que l’ONU n’a pas réussi à désamorcer

L’ONU n’a pas toujours réussi à empêcher l’éclatement des guerres et à s’acquitter de ses fonctions de maintien de la paix au cours de son histoire. Des millions de personnes dans le monde ont été tuées et déplacées depuis la création de l’ONU en 1945. Faisant ce constat, le média turc TRT World est revenu sur les douze des plus grandes crises contre lesquelles l’organisation internationale n’a rien pu faire.

« Depuis la seconde moitié du 20e siècle, il y a eu d’innombrables guerres, dont certaines sont toujours en cours, toutes sous la surveillance des Nations unies. L’ONU a été créée en 1945 en tant qu’organisation internationale ayant plusieurs objectifs, notamment la prévention de la guerre et le maintien de la paix dans les zones à risque. Cependant, l’ONU a échoué à plusieurs reprises dans le monde, principalement à cause du droit de veto dont seules disposent cinq puissances », analyse TRT.

Occupation israélienne (de 1948 à aujourd’hui)

Depuis la création de l’Etat hrébreu en 1948, les Palestiniens luttent « contre ce qu’un enquêteur de l’ONU a décrit jadis comme le nettoyage ethnique israélien ». « Au moins 15 000 Palestiniens ont été tués et des centaines de milliers de personnes ont été forcées de se réfugier loin de leur pays d’origine […]. Plus de 7000 Palestiniens et 1100 Israéliens sont morts dans les conflits entre 2000 et 2014. »

Aujourd’hui, Israël impose un blocus paralysant sur l’enclave de Gaza et poursuit la construction de colonies de peuplement illégales sur des terres occupées, malgré plusieurs résolutions de l’ONU appelant à la fin de ces activités. Le média turc rappelle également que « les Etats-Unis ont également utilisé leur droit de veto à plusieurs reprises pour contrer les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies condamnant l’utilisation de la force par Israël contre des civils palestiniens ».

Conflit au Cachemire (depuis 1948)

La confrontation en cours dans la région contestée du Cachemire est devenue l’une des plus grandes crises humanitaires de l’histoire, caractérisée par des meurtres, des viols, des incarcérations de dirigeants et de militants, des tortures et des disparitions de Cachemiriens, « en dépit de plusieurs résolutions inappliquées de l’ONU sur la question », pointe TRT. En 2016, des émeutes liées à des revendications de la population du Cachemire contre l’Inde ont engendré une soixantaine de mort et des centaines de blessés. Des affrontements qui s’accompagnent de couvre-feu, de blocage de l’accès à Internet et au téléphone par les forces indiennes ainsi que de suspensions provisoires de la presse.

« La région montagneuse est divisée entre l’Inde et le Pakistan, qui l’ont tous deux revendiquée intégralement depuis leur accession à l’indépendance en 1947 [après des décennies de colonisation britannique]. La rébellion de plusieurs groupes musulmans au Cachemire sous administration indienne, qui cherchent soit une fusion avec le Pakistan, soit l’indépendance, a pris de l’ampleur après 1989. Au moins 68 000 personnes ont été tuées par les forces de sécurité indiennes », poursuit le média turc.

Violences au Cambodge (1975-1979)

Après la fin de la guerre américano-vietnamienne et de la guerre civile cambodgienne en 1975, le régime radical des Khmers rouges prit le contrôle du Cambodge pour le transformer en un pays socialiste, en mettant en place une politique inspirée du maoïsme.

« Le régime a perpétré un génocide entre 1975 et 1979, tuant environ deux millions de personnes, soit près de 25 % du pays » [d’autres chiffres évoquent 1,7 million de personnes tuées, soit 21 % de la population cambodgienne de l’époque, NDLR] et « l’intervention vietnamienne a mis fin au génocide perpétré par le régime des Khmers rouges. Les Nations unies ont reconnu le régime des Khmers rouges, tout en ignorant les préoccupations relatives aux violations des droits de l’homme ».

Guerre civile somalienne (de 1991 à nos jours)

Depuis l’éviction de l’officier et dictateur Mohamed Siad Barre par la rébellion somalienne en 1991, la guerre civile qui dure depuis plusieurs décennies fait rage entre clans rivaux du pays.

La mission de maintien de la paix de l’ONU, ONUSOM (Opération des Nations unies en Somalie], créée en décembre 1992 pour faciliter l’octroi d’une aide humanitaire aux personnes prises au piège de la guerre civile et de la famine, a depuis échoué « en raison du manque de communication entre les agents de l’ONU. Le média va jusqu’à estimer que c’est l’échec de la mission de maintien de la paix des Nations unies qui a « causé la mort d’environ 500 000 civils dans le pays ».

Guerre civile rwandaise (1994)

L’un des pires génocides ethniques commis depuis la seconde guerre mondiale, la guerre civile entre les Forces armées rwandaises (FAR) de l’Etat rwandais (composées de Hutus) et le Front patriotique rwandais (FPR), un mouvement rebelle Tutsi, a débuté en 1990 et s’est prolongé jusqu’en 1994. La première phase du conflit dura de 1990 à 1993, et la seconde commença à partir du déclenchement du génocide des Tutsi, entre avril et juillet 1994. Il prit fin définitivement avec la victoire militaire et la prise du contrôle du pays par le FPR. Après une montée en puissance de 1990 à 1994 (arrestation de 10 000 Tustis en octobre 1990 et massacres de masse successifs sur cette période), le génocide des Tutsi intervient dans cette guerre civile comme solution finale de la deuxième république hutue pour tenter de rester en place.

En seulement trois mois, les Hutus ont assassiné brutalement environ 800 000 Tutsis et violé près de 250 000 femmes au Rwanda, « tandis que les troupes de l’ONU ont abandonné les victimes ou sont simplement restées sur place en tant que spectateurs pendant que les violences horribles et brutales se poursuivaient ».

Massacre de Srebrenica (1995)

En 1992, la Bosnie-Herzégovine a déclaré son indépendance après un référendum. A la suite de la déclaration d’indépendance, les Serbes de Bosnie ont mobilisé leurs forces dans le pays avec l’aide du gouvernement serbe, ce qui a conduit au début de la guerre. Environ 8000 hommes et adolescents bosniaques musulmans ont été tués par les troupes serbes de Bosnie sous le commandement de l’ancien général Ratko Mladic à Srebrenica en juillet 1995, soit le pire massacre de masse sur le sol européen depuis la seconde guerre mondiale.

Un grand nombre des victimes musulmanes s’étaient réfugiées dans la zone de sécurité déclarée par l’ONU à Srebrenica « uniquement pour constater que les Casques bleus néerlandais en infériorité numérique et légèrement armés étaient incapables de les défendre ».

Conflit au Darfour au Soudan (depuis 2003)

Ce conflit armé a débuté le 26 février 2003 par la prise de Golo par le Front de libération du Darfour dans la région du Darfour (Ouest du Soudan). Les origines du conflit, anciennes, sont dues aux tensions ethniques qui débouchent au premier conflit du Darfour de 1987. Bien que le gouvernement soudanais affirme que le nombre de morts se situe aux environs de 10 000, les Etats-Unis et le Canada, soupçonnent que ce conflit a engendré un génocide ayant fait environ 300 000 morts et 2,7 millions de déplacés dont 230 000 réfugiés au Tchad. La Commission d’enquête de l’ONU sur les violations des droits de l’homme perpétrées au Soudan évoque des crimes contre l’humanité. Constatant que la justice soudanaise ne peut ou ne veut rien faire pour y remédier, elle a transmis le dossier à la Cour pénale internationale (CPI), qui a délivré des mandats d’arrêt à l’encontre du président soudanais, Omar Hassan al Bashir, en 2009 et 2010, pour crimes de guerre et génocide dans le but de réprimer la révolte du Darfour.

Mais l’exécution des mandats d’arrêt pour les crimes graves commis au Darfour « demeure un défi considérable pour lequel une coopération renforcée est douloureusement nécessaire », estimait en 2017, devant le Conseil de sécurité, la Procureure de la CPI, Fatou Bensouda. Par ailleurs, la Chine est l’un des principaux partenaires du Soudan et Pékin n’a pas donné suite au mandat d’arrêt international.

Invasion de l’Irak (2003-2011)

Plus d’un million d’Irakiens sont morts des suites du conflit dans leur pays depuis l’invasion américaine en 2003. L’intervention et le changement de régime demandés par les Etats-Unis ont laissé l’Irak en proie à une instabilité civile et économique, et dans une situation rendant ce pays « vulnérable à l’idéologie de Daesh et à son expansion ».

« La résolution 1483 des Nations unies a tenté de légitimer l’invasion menée sous la fausse affirmation des Etats-Unis et du Royaume-Uni selon laquelle le régime de Saddam Hussein était en possession d’armes de destruction massive », rappelle le site turc.

Guerre civile syrienne (depuis 2011)

Le régime syrien a lancé une répression brutale à l’encontre de manifestants pacifiques qui sont descendus dans les rues en mars 2011. Son dirigeant, Bachar al Assad, a déclaré qu’il « lutterait sans relâche contre les groupes terroristes », en se référant aux manifestants pro-démocrates.

Le régime a libéré des membres d’al-Qaïda emprisonnés, immédiatement après que les manifestations se sont transformées en soulèvement, qui « a ensuite formé l’épine dorsale du leadership de Daesh », qui s’est ensuite étendu à la Syrie en 2014 depuis l’Irak. Plusieurs pays étrangers sont impliqués dans plusieurs zones de conflit en Syrie.

« Au cours de l’année qui a suivi, le Conseil de sécurité des Nations unies a tenté d’adopter plusieurs résolutions pour résoudre le conflit, mais la Russie a utilisé son droit de veto au moins une douzaine de fois pour protéger son allié, Assad. A lui seul, le conflit en Syrie avait, à la fin de l’année dernière, chassé plus de 6,3 millions de personnes du pays, représentant près du tiers de la population réfugiée mondiale et 6,2 millions de Syriens sont déplacés à l’intérieur du pays. »

Sud-Soudan (de 2013 à nos jours)

Le Soudan du Sud est devenu un pays indépendant en juillet 2011, se séparant du Soudan. Le pays vit une guerre civile entre le président Salva Kiir, de l’ethnie Dinka, et l’ancien vice-président Riek Machar, de l’ethnie Nuer. Selon une étude financée par le département d’Etat, au moins 382 000 personnes ont été tuées pendant la guerre civile.

« Plus de 14 500 agents de maintien de la paix de l’ONU déployés dans le pays n’ont pas réussi à empêcher la crise humanitaire au Soudan du Sud. Le conflit a forcé 2,5 millions de personnes à fuir le pays et laissé 1,8 million de personnes déplacées à l’intérieur du Soudan du Sud. Près de cinq millions de personnes sont également confrontées à une grave insécurité alimentaire », explique TRT.

Guerre civile et crise humanitaire au Yémen (2014-maintenant)

La guerre au Yémen, qui a débuté en 2014, oppose des forces fidèles au gouvernement du président Abd Rabbu Mansour Hadi soutenu par l’Arabie saoudite et des Houthis soutenus par l’Iran. Ces derniers sont « devenus plus violents » après qu’une coalition internationale dirigée par l’Arabie saoudite a lancé des opérations contre les Houthis à partir de mars 2015.

La coalition saoudienne a commencé son intervention au Yémen en 2015 en intensifiant la guerre, qui a plongé le pays le plus pauvre du monde arabe dans un état désastreux. Là encore, « l’ONU n’a pas réussi à envoyer de l’aide humanitaire, de la nourriture et une assistance médicale à des civils dans le cadre du blocus » aérien, maritime et terrestre imposé par la coalition menée par Ryad à ce pays.

Crise Rohingya en Birmanie (depuis 2017)

Le 25 août 2017, la Birmanie a lancé une vaste campagne de répression militaire contre la minorité ethnique musulmane, tuant près de 24 000 civils et contraignant 750 000 autres personnes, dont des femmes et des enfants, à fuir au Bangladesh.

La Chine a soutenu la Birmanie dans la crise des Rohingya en bloquant les efforts en faveur des Rohingya au Conseil de sécurité des Nations unies. L’ONU a documenté des viols collectifs, des meurtres – y compris d’enfants – des passages à tabac brutaux et des disparitions perpétrées par les forces de l’ordre, décrivant les Rohingya comme « les personnes les plus persécutées au monde ».

N.B.

A voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A ne pas manquer