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Editorial : Après la rupture des relations entre Qatar et un certain nombre de pays arabes : Que devons nous faire ?

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L’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis et Bahreïn, suivis de l’Egypte après une visite éclair du Ministre saoudien des Affaires Etrangères au Caire et ensuite le Yémen et la Libye, viennent de rompre leurs relations diplomatiques avec Qatar, membre fondateur du Conseil de Coopération du Golfe et l’une des monarchies pétrolières de la région. Et comme nous, arabes, ne faisons jamais les choses à moitié, cette décision a été accompagnée, du moins dans les trois premiers pays, par la fermeture des frontières et le renvoi chez eux des ressortissants qataris et par la mise à l’écart, pur et simple, de Qatar de « l’alliance islamique » constituée pour combattre le terrorisme mais dont le rôle s’est limité au bombardement du pauvre peuple yéménite. Certains observateurs estiment que le courroux à l’encontre de Doha pourrait ne pas s’arrêter là…..

Dans son éditorial en date du 4 Juin en cours, ce journal, faisant état des conséquences prévisibles du récent « périple » de M.Trump au Moyen Orient, a mentionné la possible implosion du Conseil de Coopération du Golfe. Nous voici au début de la dislocation de cet ensemble qui a longtemps constitué un exemple d’efficacité et de cohésion au sein du monde arabe. Est-ce la conséquence directe du Sommet américano-arabo-musulman de Ryadh ? Sans pouvoir l’affirmer d’une façon définitive, l’on peut dire que l’ambiance qui a prévalu au cours de ce Sommet, son orientation claire contre l’Iran et le « chiisme », dont les « connivences » réelles ou supposées avec Doha ont été maintes fois signalées, ont préparé le terrain aux derniers développements. Les accusations d’appui au terrorisme, prises comme excuse pour isoler Qatar, peuvent paraître sélectives eu égard au passé (et peut être le présent) de certains des pays accusateurs dans ce domaine.

Au vu de ces développements, certains de nos compatriotes commencent à se demander si la Tunisie va emboîter le pas, et rompre à son tour ses relations avec Qatar. Certes les agissements de ce pays à l’égard du notre n’ont pas toujours été exempts d’intérêts particuliers et n’ont toujours pas favorisé la concorde interne, à l’image des reportages d’Al Jazeera, son principal organe de propagande. Certes aussi, Qatar, avant et après la révolution, a fait preuve de compréhension chaque fois que la Tunisie s’est trouvée devant des difficultés économiques particulières. Mais, la réaction de notre diplomatie vis-à-vis de ces développements ne peut être guidée ni par le désir de vengeance nourri par certains, ni le sentiment de gratitude ressenti par d’autres à l’égard de ce pays. La Tunisie, toute modeste quant à ses dimensions géographiques et économiques qu’elle soit, ne peut, de l’avis de ce journal, se laisser dicter sa politique étrangère par d’autres pays ni agir en l’absence de concertations préalables, d’autant que la décision de rupture des relations brise un peu plus la solidarité arabe au moment où nous avons besoin de reconstruire cette solidarité pour faire face aux multiples défis auxquels nous sommes confrontés. Certains pays arabes et du Golfe, et pas des moindres, comme le Koweït, Oman et la Jordanie, l’ont compris et sont restés jusqu’ici à l’écart de cette décision. Il est temps que notre diplomatie prenne l’initiative de se concerter avec nos autres partenaires du Maghreb (en dehors de la Libye qui semble avoir choisi son chemin solitaire sur ce dossier dans notre sous-région) pour déterminer une position commune et indépendante et préserver les chances d’un effort de réconciliation entre les frères que des forces internes et externes semblent vouloir irrémédiablement opposer.

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