EDITORIAL : DE LA DIPLOMATIE « POPULAIRE »

EDITORIAL : DE LA DIPLOMATIE « POPULAIRE »

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Toute personne qui s’intéresse un tant soit peu à l’image de son pays dans le monde et à sa place dans le concert des nations ne peut qu’applaudir à tout désir d’améliorer cette image, renforcer cette place et, d’une manière générale, voir la nation sécurisée et les conditions de vie du peuple promues par une coopération internationale à bon escient. Ceci dit, dans une démocratie, surtout comme la nôtre basée sur une constitution qui donne un rôle prépondérant au Chef de l’État et à ses représentants officiels dans la conduite des relations internationales de notre pays et un système quasi parlementaire où les partis politiques créent des alliances pour gouverner, la diplomatie officielle devient la responsabilité des instances reconnues par la constitution, à savoir le Chef de l’État et, sous sa responsabilité, le Chef du Gouvernement, le Ministre des Affaires Étrangères et les chefs des Missions diplomatiques et consulaires qu’ils désignent.
Ainsi, à moins d’appartenir à cette structure, on ne peut faire partie d’une alliance gouvernementale et pratiquer une prétendue diplomatie « populaire » surtout si cette diplomatie est faite publiquement et avec des allures ostentatoires. Certes, il est loisible au Chef de l’État ou à son Ministre des Affaires Étrangères de recourir à une diplomatie mettant en jeu des canaux non officiels, mais ce recours, pour être efficace et respectueux des traditions, doit se faire dans la discrétion absolue. Tout autre agissement ne peut qu’ouvrir la voie à l’instrumentalisation de la diplomatie à des fins de politique intérieure ou, pire, à l’intervention de parties extérieures dans la saine concurrence entre les partis politiques tunisiens, voire l’immixtion pure et simple dans les affaires internes du pays.
Les partis, qu’ils appartiennent à la coalition gouvernementale ou à l’opposition, peuvent à n’en pas douter avoir des relations extérieures actives en entretenant des liens de coopération avec d’autres partis dans le monde ce qui leur permet de jouer un rôle positif et « populaire » de rapprochement entre les nations et aider à résoudre des conflits interétatiques, mais de là à effectuer des navettes pour rencontrer publiquement des Chefs d’État avec grand renfort de médiatisation, il y a une distance qu’on ne brûle pas sans conséquences pour la réputation d’un pays et pour sa politique étrangère……
Certes, il y a le cas britannique (et quelques rares cas similaires) où, à côté de la diplomatie officielle, une diplomatie parallèle est pratiquée par l’opposition. Mais, cette diplomatie entre dans le cadre d’un système politique où l’opposition s’identifie pratiquement à un seul parti politique (donc sans risque de fausser le jeu démocratique) et pour laquelle un statut officiel « d’opposition de Sa Majesté » est reconnu. On en est bien loin en Tunisie.
Les partis politiques, les organisations nationales et celles de la société civile ont un rôle positif à jouer dans la promotion de la Tunisie et de ses intérêts, mais ce rôle ne peut qu’être complémentaire du rôle officiel et ne doit s’effectuer qu’en étroite coordination avec les structures de l’État et en dehors de tout calcul politique et de toute considération idéologique. De leur côté les structures diplomatiques officielles doivent prendre les devants et doivent pleinement jouer leur rôle d’initiation et de coordination afin de ne pas laisser un vide susceptible d’être rempli par des acteurs extérieurs quelles que soient leurs motivations.
Le diplomate tunisien

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