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Editorial: Déploiement récent de la diplomatie tunisienne : Beaucoup de visibilité et quelques tâtonnements

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Alors que la situation intérieure ne cesse de donner des signes d’incertitude, provoquant auprès des tunisiens un sentiment de pessimisme béant quant aux perspectives d’avenir, le déploiement récent de notre diplomatie offre un degré élevé d’optimisme s’agissant de la place que ce pays occupe encore dans le concert des nations et ce malgré quelques tâtonnements dus, probablement, à l’allure accélérée des événements mondiaux au cours des derniers mois.

Ainsi, si d’aucuns ont pu considérer que la participation tunisienne au plus haut niveau au Sommet américano-arabo-musulman de Ryad n’a pas constitué un point culminant de notre diplomatie vu la préparation approximative de ce Sommet, attestée, notamment, par l’absence de nombreux Chefs d’Etat, son déroulement chaotique et les « résultats » auxquels il a abouti accentuant la division au sein des familles arabe et islamique, l’invitation de notre Chef d’Etat aux Sommets du G-7 puis du G-20 qui ont permis à la Tunisie de côtoyer les plus grands de ce monde et d’apporter son expérience démocratique naissante en appui aux efforts pour résoudre les problèmes internationaux, a été certainement un succès reconnu par tous.

La prise de position réfléchie de la Tunisie sur la crise qui frappe actuellement les pays frères du Golfe, malgré le souhait intéressé de certains de voir notre pays s’engager à fond pour une partie ou une autre du conflit, s’inscrit en droite ligne des principes traditionnels de notre politique étrangère et a laissé apparaître un créneau prometteur pour jouer un rôle de conciliation, créneau que notre diplomatie semble vouloir utiliser à bon escient. Ce rôle aurait pu être accentué par le recours, en plus de la voie bilatérale, à l’approche multilatérale, en particulier au niveau de la sous-région maghrébine, ce qui aurait peut être, et par ricochet, contribué à souffler une nouvelle vie dans le corps moribond de l’UMA.

Notre diplomatie continue de fournir des efforts pour aider à trouver une solution au conflit libyen par le biais de l’initiative tunisienne parrainée par l’Algérie et l’Egypte. Certes, le pari que nous avons pris sur l’accord international de Skhirat, même amendé, semble ne plus avoir sa raison d’être vu le jeu ambigu des autres puissances intéressées et concernées, ce qui est confirmé par l’intention prêtée à l’Organisation des Nations Unies de relever son représentant actuel pour la Libye de ses fonctions. Il faudrait, peut être, commencer à réfléchir à un plan B pour que nos intérêts et ceux de la région soient préservés.

La diplomatie économique redevient une dimension importante du travail du Ministère des Affaires Etrangères, comme l’attestent les récentes initiatives du Ministre Jhinaoui en direction de la Turquie s’agissant du dossier du déséquilibre des échanges commerciaux entre les deux pays ainsi que les multiples contacts que nos Ambassadeurs dans les différentes capitales prennent pour promouvoir nos intérêts économiques. Certes, la déception est grande devant la décision de la nouvelle administration américaine de réduire d’une manière draconienne son assistance à la Tunisie(notre diplomatie aurait-elle pu éviter ce développement et pourrait-elle aujourd’hui y remédier?), mais le signal de confiance qui vient d’être donné par le Fonds Monétaire International quant aux capacités de la nouvelle Tunisie devrait constituer un argument de poids à la disposition de nos diplomates pour dissiper les doutes que ce soit à la Maison Blanche ou ailleurs dans le monde.

Ainsi, la diplomatie tunisienne semble reprendre ses droits dans un pays où la morosité devient malheureusement la règle. Pour que cette tendance ascendante soit maintenue, il importe de faire confiance aux professionnels de la diplomatie pour qu’ils continuent à défendre dignement les intérêts du pays sans nuisances extérieures qu’elles soient partisanes ou autres, et sans tentatives (que l’on constate à l’occasion de chaque mouvement des Chefs de Postes diplomatiques et consulaires)pour investir la carrière au nom de la « mouhassassa »(les quotas partisans), de la « diplomatie parallèle » ou d’un quelconque positionnement politique en vue des prochaines échéances électorales. La politique étrangère de la Tunisie doit rester au-dessus de tous les calculs.

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