La diplomatie tunisienne

Editorial : La diplomatie tunisienne est-elle réellement impotente ?

Au cours d’une émission télévisée  de grande écoute diffusée le jour où la Tunisie faisait le bilan d’une visite d’Etat du Président de la République française en Tunisie(en début de soirée du 1er février 2018), un participant, présenté comme «  expert en diplomatie », s’est permis d’émettre un jugement plutôt excessif sur l’état actuel de la diplomatie tunisienne en affirmant, sans nuances, que cette diplomatie « vit une situation d’impotence totale ». Ce journal n’a jamais hésité à relever, le cas échéant, les défaillances de la diplomatie tunisienne tout en reconnaissant, là où il faut, ses succès. Nous ne pouvons cependant laisser passer sans commentaire un jugement aussi général venant d’un observateur qui se dit connaisseur de la profession diplomatique. En effet :

—Le jugement vient en réaction à un événement reconnu par tous, y compris par « l’expert » en question, comme l’un des plus grands succès récents de la diplomatie tunisienne.

—Ce succès comme d’autres, ainsi que les défaillances, ne sont jamais du fait d’une personne ou d’une autre, de telle structure ou de telle autre, mais ceux d’un Etat étant entendu que la diplomatie est le reflet de l’action de tout le système de gouvernement d’un pays. Il est vrai que le Ministère des Affaires Etrangères chez nous, assume la responsabilité première dans la mise en œuvre de la politique étrangère et contribue à la tracer sous le contrôle du Chef de l’Etat comme le stipule notre constitution, mais la diplomatie d’un pays n’est pas divisible. En affirmant que notre diplomatie est impotente, c’est-à-dire inerte, vise-t-on le Président de la République dont l’expérience en la matière est largement reconnue et qui n’a cessé depuis les élections de 2014 de défendre les intérêts de la Tunisie à l’étranger, de se déplacer et d’attirer les visiteurs de marque dans notre pays ? Vise-t-on plutôt les Ministères techniques dont chacun remplit une fonction spécifique dans notre diplomatie, notamment dans sa dimension économique ? Vise-t-on la diplomatie parlementaire qui a sa place dans une diplomatie performante, ou la diplomatie des organisations non gouvernementales et celle des partis politiques dont aucune démocratie ne peut de nos jours se passer dans des conditions données ? Ou s’agit-il uniquement d’une référence à l’action du Ministère des Affaires Etrangères ?

—Si la dernière hypothèse est celle que notre « expert » avait en vue peut être ne sait-il pas que ce Ministère  dispose d’une administration héritière d’une longue tradition de compétence et d’abnégation, qui a bien servi le pays depuis son indépendance. Il réunit à ce jour des centaines de diplomates et d’employés de tous les grades ayant reçu la meilleure formation académique et professionnelle et, souvent au sacrifice de leur santé et de la stabilité de leurs familles et de leurs enfants, représentent le pays aux quatre coins du monde et à la Centrale  œuvrant chaque jour à sauvegarder son image et ses intérêts .

Il n’est certainement pas interdit de critiquer un aspect ou un autre d’ une activité donnée, y compris l’activité diplomatique. Mais, il est toujours hasardeux de tomber dans la généralisation. Dans ce cas précis, l’on risque ainsi de jeter le discrédit sur un pilier important du dispositif de sécurité et du développement de la Tunisie, tant il est vrai que la diplomatie est la première ligne de défense d’un pays, outre qu’elle constitue un instrument indispensable dans sa quête d’une meilleure vie pour ses citoyens.

Ce journal a eu dans le passé à déplorer des ambigüités dans l’application de certains fondements de la politique étrangère tunisienne et dans la corrélation entre ces fondements et les intérêts de notre pays. L’on peut également regretter parfois un certain relâchement dans les services rendus par certaines de nos représentations diplomatiques ou consulaires, comme ce cas évoqué, dans une autre émission télévisée le soir même du 1er février, par un « tennisman » tunisien connu qui affirme avoir toujours dans ses bagages le drapeau tunisien puisque dans un tournoi international l’Ambassade tunisienne sur place «  n’a pas pu en fournir », ce qui a provoqué des remarques  «  désobligeantes » du présentateur. De tels manquements, même les plus mineurs, peuvent nuire à tout un corps connu pour son professionnalisme et son sérieux.

Ce n’est point justifier ces manquements que de dire que la diplomatie tunisienne d’aujourd’hui doit remplir son rôle dans des conditions nationales particulières caractérisées par des comportements partisans parfois opposés  nécessitant une démarche prudente respectant les équilibres internes, et des conditions internationales plus complexes que jamais qui imposent à un pays de dimensions moyennes comme le nôtre davantage de discernement, sans toutefois jamais renoncer à ses principes de base. De surcroit l’état de l’économie tunisienne impose au Ministère des Affaires Etrangères, plus encore qu’aux autres Ministères, des restrictions qui peuvent se ressentir dans la gestion de ce Département.

Tout « expert » qui a à cœur l’intérêt suprême du pays doit exercer son expertise pour aider la diplomatie tunisienne à relever ces défis, sans recourir à des expressions qui ne servent qu’à lui porter préjudice !                             

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