Epilogue de la visite de M.Chahed à Washington : Pourquoi accabler les...

Epilogue de la visite de M.Chahed à Washington : Pourquoi accabler les structures diplomatiques tunisiennes?

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La visite que le Chef du Gouvernement tunisien, Youssef Chahed, vient d’effectuer à Washington (du 08 au 12 juillet 2017) a fait couler beaucoup d’encre, notamment celui des journalistes qui ont été invités à l’y accompagner. La plupart n’ont vu que du mérite dans cette visite qui, il faut le reconnaître, n’en manquait pas si l’on tient compte du fait qu’il s’agissait d’un contact préliminaire largement protocolaire avec la nouvelle administration américaine. Mais,certains ont poussé l’éloge à son extrême tout en égratignant au passage les services diplomatiques tunisiens….

L’un de ces derniers, pourtant connu pour sa sobriété et ses analyses judicieuses, en affublant le haut responsable tunisien du qualificatif de « charmeur de Washington », a considéré que son action dans la capitale US « a réussi à contrebalancer le déficit de lobbying tunisien….que devait assurer notre Ambassade » et qui était selon lui largement la cause de la décision de l’administration Trump de réduire le budget d’aide à la Tunisie. Si l’on ajoute à cela « les désagréments( ?)causés à une partie de la délégation accompagnant Youssef Chahed, en raison du flottement dramatique des services diplomatiques tunisiens » la cause est entendue: Il ya lieu de « s’interroger si le suivi de l’action de M.Chahed serait garanti par ces services », puisque« pour le moment, nos diplomates continuent encore à fonctionner…comme si l’on était dans les années 70-80.On ne cherche qu’à plaire aux supérieurs à Tunis et non à être efficaces pour la Tunisie »…..

Notre site, qui tente de présenter une vue équilibrée de la diplomatie tunisienne, a espéré que des voix autorisées, ayant une parfaite connaissance du déroulement de la visite, rétablissent les faits s’agissant du rôle passé et futur de notre diplomatie en matière de défense des intérêts de la Tunisie à l’étranger. N’ayant pas vu une réaction officielle ou officieuse à cet égard, ce journal, fidèle à sa vocation, souhaite apporter les précisions suivantes :

—-La décision de M.Trump de réduire l’aide apportée à la Tunisie a touché la plupart des pays en développement partenaires des Etats Unis d’Amérique et entre dans le cadre d’une vue stratégique de la nouvelle administration américaine au sujet de laquelle l’on peut avoir une position particulière mais qui n’est nullement due à une défaillance du « lobbying » tunisien.Sinon, que dire des différentes réactions enregistrées (et dont notre site s’est fait l’écho) de la part de nombreuses voix influentes dans des journaux américains de renommée et qui ont créé un élan de sympathie pour la Tunisie, dont M.Chahed a su profiter au cours de sa visite ?

—-Il est hautement injuste d’insinuer que nos diplomates sont inconscients de ce que c’est que « la diplomatie économique ».Avant que ce terme ne devienne en vogue en Tunisie et avant même que ne soient créés des ministères et des agences spécialisés dans la coopération, le tourisme et les investissements étrangers, des générations de diplomates tunisiens ont pratiqué seuls cette diplomatie aux quatre coins du monde et ont généré pour notre pays des avantages économique et commerciaux immenses. Aujourd’hui et malgré les difficultés, le Ministère des Affaires Etrangères avec ses structures internes et externes joue un rôle de coordination, d’impulsion et de négociation indispensable. Qui peut croire que la visite du Chef du Gouvernement à Washington aurait pu connaitre le succès qu’on dit qu’elle a connu sans un travail de préparation de longue haleine effectué par ces structures et si les diplomates tunisiens s’en étaient tenus « au foutu système »dont d’aucuns parlent ?Il y a peut être un manque de communication de la part du MAE ou l’on semble penser qu’il suffit de faire étalage d’informations sur des « périples » d’un tel membre du Gouvernement ou de tel autre pour donner une idée exacte du travail de la diplomatie tunisienne, alors que l’action des différents postes diplomatiques et consulaires peut être parfois plus révélatrice.

—- Quant aux « désagréments »apparemment causés à une partie de la délégation tunisienne à Washington et sans être au courant de leur nature exacte, le temps n’est-il pas venu de cesser de considérer les diplomates tunisiens à l’étranger comme étant « chargés du confort personnel »des membres des délégations officielle ou officieuse afin qu’ils puissent se consacrer à leur mission de base ?

—-Enfin, un mot au sujet du « lobbying » que certains voient comme étant la solution à tous nos problèmes à l’étranger. La diplomatie tunisienne, contrairement à l’affirmation véhiculée, a toujours cru en l’importance du « relationnel » qui est enseigné aux nouvelles recrues dés les premières années de leur carrière. Quant au lobbying (signe évident de l’évolution des choses dont la diplomatie tunisienne est certainement consciente !)il représente aujourd’hui une activité professionnelle spécifique dont se chargent en général des firmes privées (très) chèrement payées par les pays et les partis politiques qui en ont les moyens pour faire ressortir une image donnée qui peut être conforme à la réalité ou, bien souvent, totalement étrangère à cette réalité. La Tunisie s’y est prêtée sous le régime d’avant la révolution sans que cela bénéficie à ce dernier ni au pays dans son ensemble. En effet, vu que cet exercice est hautement concurrentiel, seuls les pays et les organisations capables de consentir sur le long terme les sacrifices financiers nécessaires, peuvent espérer un retour sur leur investissement qui n’est du reste qu’éphémère puisque, s’agissant des Etats Unis d’Amérique en tout cas, avec chaque nouvelle administration il faut une nouvelle équipe de « propagande » ou de « pression » qui lui est proche. La Tunisie peut-elle s’offrir ce luxe vu ses moyens limités ?

Certes, comme le dit M. Ghazi Mabrouk (l’un des meilleurs spécialistes tunisiens en la matière) dans Leaders.com en date du 05 Juillet 2017, « il serait heureux que la Tunisie et les Tunisiens se mettent à l’ère d’un lobbying professionnel déclaré dans un environnement démocratique ».Ceci exige que l’on fasse confiance, sur le plan interne, aux compétences tunisiennes existantes en cessant de considérer que ces compétences, même celles qui offrent bénévolement leur concours, sont des concurrents potentiels. Sur le plan international, les postes diplomatiques et consulaires tunisiens peuvent effectuer le travail demandé, à l’instar des postes diplomatiques des pays les plus avancés pourvus de services de « Public Affairs » développés, à condition de leur fournir les moyens humains nécessaires. Toutefois, avec les multiples restrictions budgétaires auxquelles le Ministère tunisien des Affaires Etrangères est soumis, avec les réductions successives du personnel et la limitation récente de la durée d’exercice à l’étranger, obligeant les postes à se séparer de leurs cadres les plus compétents, l’objectif de créer une « force de frappe »pour donner un appui supplémentaire à nos intérêts économiques à l’étranger sera difficile à atteindre entièrement. Mais,ceux qui se demandent si le « service après vente » du travail effectué récemment à Washington sera assuré, qu’ils ne s’inquiètent pas : les services diplomatiques tunisiens, avec leur savoir faire et leur patriotisme, feront, comme toujours, le nécessaire.

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