Editorial : Expulsion du Prince marocain et ses répercussions

Editorial : Expulsion du Prince marocain et ses répercussions

2
PARTAGER

La décision prise récemment par les autorités tunisiennes d’expulser, manu militari , le prince marocain Hichem Alaoui du territoire tunisien dans des conditions indignes, non seulement pour un simple ressortissant étranger, mais qui plus est prince et activiste en matière des droits de l’Homme dans son pays d’origine et dans d’autres pays arabes et étrangers, appelle de ce journal une réaction mesurée, comme à son habitude, mais claire et sans équivoque. Les anciens diplomates tunisiens, dont ce site essaie de refléter le sentiment en matière de politique étrangère, ont trop souffert, durant les « années de plomb », des « instructions » pour faire des « interventions » visant à limiter le droit de circulation, pour ne pas s’étonner que la Tunisie de la « révolution de la dignité » puisse se soumettre aux mêmes interventions de pays qui ne se privent pas eux-mêmes d’accueillir sur leur sol, au nom du « devoir d’hospitalité » ou d’un quelconque privilège « royal » de personnes qui ont clairement porté du tort à leurs pays d’origine. Cette décision est discutable sur le plan de la gouvernance interne, sur le plan du respect des règles des droits de l’Homme, et sur le plan de nos relations extérieures, diplomatiques et peut être économiques, avec des pays influents et des organisations internationales ayant leur mot à dire dans le monde :

Sur le plan de la gouvernance interne, une décision de cette gravité ne pouvait être prise que si les autorités découvrent, après l’entrée d’un individu sur le territoire national, qu’il représente un danger imminent pour la sécurité nationale. Or, aucun communiqué officiel n’est venu étayer cette possibilité et aucun document officiel ne semble avoir été remis à l’intéressé portant cette accusation, ce qui laisse supposer que la décision est plutôt provoquée par des considérations d’ordre diplomatique. Ces considérations ont-elles été vérifiées avec le Ministère des Affaires Etrangères tunisien ou ont-elles été le fait seulement de l’autorité supérieure responsable de la conduite de la politique étrangère du pays ? Si personne ne peut contester cette responsabilité, une telle décision, qui risque d’avoir des conséquences légales et politiques pour la Tunisie, aurait du être menée après concertation avec qui de droit, en particulier le Département de souveraineté qui va devoir faire face aux contrecoups de la décision. Ce journal a depuis son lancement plaidé pour une politique étrangère consensuelle qui, sans contredire l’esprit et la lettre de la Constitution, reflète le point de vue de la nation toute entière, surtout en cette période où doit régner la gouvernance démocratique plutôt que le jugement individuel.

Sur le plan du respect des règles des droits de l’Homme, et si rien ne vient confirmer la thèse du danger imminent pour la sécurité nationale, l’expulsion en urgence d’un individu quel qu’il soit, après lui avoir permis d’accéder légalement au territoire national, ne peut servir notre image de pays respectueux des droits de l’Homme. D’ailleurs, le ou les pays frères ou amis qui auraient provoqué cette mesure, n’auraient-ils pas pu faire les démarches nécessaires avant que la personne en question ne foule notre sol ? C’est à penser qu’il y avait une intention malsaine de mettre la Tunisie dans l’embarras et peut être dans des complications légales. En effet cette personne, avec l’appui qu’elle semble avoir, pourrait s’adresser aux instances internationales, comme le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, pour obtenir réparation. Pourquoi nous mettre dans cette situation alors que le prince venait chez nous pour faire une intervention sur un sujet qui ne nous touchait pas directement dans une conférence organisée par une université américaine de renommée disposant à Tunis d’un centre d’études et ce, apparemment, en collaboration avec l’Union Européenne ?

Sur le plan de nos relations extérieures, outre la mauvaise publicité occasionnée par la décision d’expulsion auprès des organisateurs de la dite conférence, comment oublier que le Prince Hichem, sans épouser nécessairement ses points de vue politiques, reste une personnalité distinguée ayant des liens avec les familles royales marocaine et saoudienne, même s’il y a mésentente avec le palais royal à Rabat? Ses nombreuses relations aux Etats Unis d’Amérique (où il vit actuellement) et avec des Organisations Non Gouvernementales influentes, comme « Human Rights Watch », font de lui un homme qui peut nuire, s’il le voulait, aux intérêts diplomatiques et économiques de la Tunisie aussi bien aux Etats Unis qu’en Europe.

En tout état de cause, la publicité négative qui a entouré cette affaire depuis le début, aussi bien en Tunisie qu’à l’étranger, mérite la prise le plus tôt possible de mesures correctives afin d’en limiter les dégâts, avec une clarification des procédures à suivre à l’avenir dans des situations pareilles, car la diplomatie est un métier, en même temps qu’un art, trop sérieux pour qu’ils soient laissés au hasard ou à des décisions dictées de l’extérieur.

2 Commentaires

  1. Quelle a été votre attitude quand le ministère des Affaires étrangères de votre pays a convoqué l’ambassadeur de Turquie pour lui demander de transmettre à son Gouvernement la demande tunisienne d’interdire à un ressortissant étranger de s’en prendre, sur leur sol, à la Tunisie et à la Présidence tunisienne et de sévir contre lui??…

  2. Je constate que vous n’avait pas fait les investigations minimales nécessaires en préambule à votre article,vous serez étonné des tenant et aboutissement de cette « expulsion » qui n’en était pas une !

Laisser un Commentaire