Académie

Editorial : La Diplomatie tunisienne aura son Académie

La célébration officielle de la Journée Nationale de la Diplomatie, le trois mai de chaque année, est semble-t-il entrée dans nos traditions, chose que le présent espace a toujours appelé de ses vœux. Cette fois-ci l’évènement, tenu comme d’habitude sous les auspices et en présence du Président Béji Caïd Essebsi, a eu une dimension particulière puisque le Chef de l’Etat a saisi l’occasion pour procéder à la pose de la première pierre de l’Académie Diplomatique Tunisienne dans un espace se situant à proximité du Ministère des Affaires Etrangères, sur les hauteurs de Ras Tabia.L’édifice, dont la construction prendrait deux ans sera, à en croire la maquette présentée, d’une allure majestueuse faisant honneur à la Tunisie et à l’histoire de ses relations internationales qui ont fait de ce pays, modeste de par ses dimensions et ses moyens, digne de tous les égards dans le monde. Il est à craindre cependant que la qualité de cet édifice rende quelque peu jaloux les occupants des bureaux centraux actuels du Ministère dont certaines facilités semblent être dans un état d’usure avancé…
Ainsi, la diplomatie tunisienne, à l’instar d’autres secteurs primordiaux, comme les sciences et la culture, aura sa propre « cité » qui, à côté de l’instrument officiel pour la mise en œuvre de la politique de l’Etat dans le domaine, aura la lourde tâche de préserver les traditions, de former et perfectionner les nouvelles compétences, de constituer un lieu de rencontre national et international pour mener un travail de réflexion sur les développements de la géopolitique dans le monde et la place que doit y occuper notre pays, réflexion libérée des contraintes quotidiennes auxquelles les services du Ministère des Affaires Etrangères sont soumis. Le fait qu’une attention particulière serait également accordée à l’apprentissage des langues, à l’accueil de cadres nationaux d’autres Départements tunisiens concernés ainsi que de pays frères et amis, notamment d’Afrique, voilà qui ne pourra que remplir d’aise les générations passées de diplomates tunisiens qui ont toujours rêvé de voir l’école bourguibienne de diplomatie avec ses principes fondamentaux, sa démarche réaliste et, par-dessus tout, son abnégation à défendre les intérêts du pays, recevoir la reconnaissance et la pérennité qu’elle mérite.
Certes, des tentatives ont été faites dans le passé pour répondre au souci de donner à l’activité diplomatique tunisienne une dimension stratégique claire, par la création au sein du Ministère des Affaires Etrangères d’une Direction de la Recherche, de l’Analyse et de la Planification, puis sa récente remplaçante, la Direction Générale de la Diplomatie Economique, Culturelle et de la Planification Stratégique,outre le lancement de l’Institut Diplomatique pour la Formation et les Etudes. Seulement, dans les deux premiers cas les moyens n’ont pas été au niveau des ambitions, les deux structures n’ayant pas dépassé la dimension d’un service peu étoffé et mal suivi dans les quelques études qu’elles ont pu effectuer. L’Institut quant à lui, bien que bénéficiant d’une identité claire, son autonomie financière et administrative a été limitée et ,alors qu’il a rendu d’éminents services pour la formation de classes successives de jeunes diplomates, il n’a jamais été à même de s’acquitter pleinement de l’une des deux principales fonctions qui en étaient attendues, à savoir des études offrant des avis autorisés sur les questions diplomatiques pour les moyen et long termes.
Avec la nouvelle Académie, qui va bénéficier pour son financement, sa construction et, peut-être aussi, sa démarche initiale du précieux apport de la coopération chinoise, il sera loisible de contourner les difficultés passées à condition de savoir bénéficier des compétences tunisiennes existantes, sans ignorer les apports extérieurs en cas de besoin, de donner à la nouvelle « cité »la liberté d’action digne des grandes institutions similaires dans le monde et- empruntant à notre collègue Mohamed Ibrahim Hsairi(dans « Leaders »,en date du 03.05.2019) sa belle formule-en devenant « une Académie Diplomatique championne de l’interculturalité ».
Ainsi, et nonobstant une application trop stricte au cours de la cérémonie de certaines règles protocolaires vis-à-vis des invités, notamment ceux de la famille diplomatique tunisienne élargie, il faut se féliciter de la célébration cette année de la Journée Nationale qui fera date dans l’histoire de notre diplomatie.

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