Editorial : Le monde change aussi pour l’Europe, notre principal partenaire

Editorial : Le monde change aussi pour l’Europe, notre principal partenaire

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Dans un précédent éditorial en date du 29 avril 2017, ce journal s’est demandé si la Tunisie se préparait convenablement aux changements géopolitiques qui s’annoncent dans le monde, avec, notamment, le renforcement des tendances populistes et d’extrême droite dans les relations internationales. Aujourd’hui, en dépit de l’optimisme engendré par la victoire éclatante de M. Emmanuel Macron aux élections présidentielles françaises-qui attend sa confirmation aux prochaines élections législatives pour devenir réellement significative-force est de constater que l’Europe aussi commence à se poser cette même question existentielle : Peut-elle encore compter pour sa stabilité et sa croissance futures sur le système de relations régionales, interrégionales et internationales établi depuis des décennies. Mme Angela Merkel, Chancelière allemande, dans sa sagesse légendaire, a apporté un début de réponse en laissant entendre dès la fin des derniers sommets de l’OTAN à Bruxelles (25mai) et du G7 en Italie (26-27mai) que l’Union Européenne ne peut plus désormais compter sur les arrangements inter-occidentaux existants pour la défense des intérêts économiques et sécuritaires du vieux continent, ce qui entraînera probablement des révisions déchirantes au sein de l’Union et avec le monde extérieur. Perspective qui devrait donner à réfléchir à des pays comme le notre qui ont des relations stratégiques de partenariat avec cet ensemble, relations qu’ils aspirent à développer dans un environnement des plus aléatoires.

Certes, au milieu des désaccords publics ou feutrés, entre le Président américain Trump et de hauts responsables européens sur le financement de l’OTAN, sur l’engagement pour l’application de l’article 5 de l’Alliance atlantique concernant la défense commune, sur les relations avec la Fédération de Russie, sur le commerce, le climat, etc.., les responsables des pays les plus puissants du monde ont respecté le rituel de consacrer un peu de temps aux problèmes des pays en développement, cette année particulièrement ceux de l’Afrique. Le paragraphe qui est consacré à ce continent vers la fin du Communiqué final du Sommet de Taormina en Italie vient immédiatement après un longue tirade sur la « mobilité humaine », traduisez la migration clandestine et le mouvement des réfugiés, n’indique pas que les responsables du G7 se sont intéressés à autre chose qu’à cette problématique qui trouve largement son origine, à leurs yeux, en terre africaine et les inquiète tant vu ses « implications sécuritaires et en matière des droits de l’Homme ». Sans doute devons-nous saluer, avec d’autres, la présence à cette occasion du Chef d’Etat tunisien dont le tact et la large expérience diplomatique se sont révélés très utiles pour mettre sous un jour particulièrement favorable l’expérience démocratique tunisienne. Mais a-t-il été entendu dans son fervent appel pour un appui plus déterminé du monde extérieur afin de sauver cette expérience unique? Le doute est permis, surtout quand on apprend au même moment que dans le projet de budget présenté au Congrès par la nouvelle administration américaine les sommes-déjà très modestes- allouées à l’aide économique et militaire en faveur de la Tunisie sont promises à une réduction draconienne. Pourtant, des observateurs avertis ont conseillé récemment d’investir dans l’avenir en aidant la Tunisie à réussir sa transition.

Ainsi, l’égocentrisme, redouté par beaucoup, semble être bel est bien en marche et les alliés autrefois les plus proches n’ont qu’à se faire une raison…sauf s’ils sont capables de déverser des centaines de milliards de dollars dans l’économie et les emplois outre-Atlantique. C’est bien dommage pour les relations internationales si elles ne sont plus déterminées par des intérêts mutuels et des principes et idéaux mais uniquement par des égoïsmes nationaux et des considérations mercantiles.

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