Editorial : Un monde en ébullition

Editorial : Un monde en ébullition

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Un été particulièrement chaud est largement entamé laissant derrière lui un monde en ébullition, non pas seulement à cause des températures qui ont prévalu mais aussi à cause des problèmes qui ont surgi pour certains ou qui se sont aggravés pour d’autres. Les habitants de la planète terre, même ceux qui se trouvent dans des zones climatiques différentes, habitués à vivre une période de repos, voire de nonchalance, se sont trouvés à se demander s’ils ne vivent pas plutôt les prémices de changements dont l’amplitude est difficile à prévoir avec exactitude mais qui risquent fort d’avoir des répercussions profondes.

Le climat d’abord. Après ce que des zones entières, même celles, comme le nord de l’Europe, habituées à des températures plutôt clémentes, ont connu au cours des trois derniers mois, peut-on douter encore des avertissements des scientifiques sur les dangers que nous courrons tous du fait des changements occasionnés par les gaz à effet de serre ?En tout cas, les Tunisiens qui ont vécu dans leur chair des semaines entières de canicule seraient les derniers à le nier. Pourtant, le Chef d’Etat d’une « superpuissance », qui plus est l’un des plus grands pollueurs de la planète, n’a pas trouvé mieux cet été que de signifier officiellement le retrait de son pays de l’Accord de Paris qui offrait l’unique espoir de voir la tendance catastrophique actuelle ralentie, jetant ainsi un doute sur la viabilité de cet Accord et annonçant des étés encore plus suffocants et des hivers encore plus perturbés.

Les questions politiques internationales ensuite. Des crises anciennes ont perduré et certaines se sont aggravées. L’affaire Ukrainienne déchire toujours l’Europe sans issue en vue et au lieu de rechercher un accord on s’en va aggraver les sanctions contre la Fédération de Russie, partenaire pourtant indispensable pour la solution des problèmes que vit ce pays mais aussi tant d’autres problèmes dans le monde. L’OTAN, ce vestige de la guerre froide qui ne rate aucune occasion pour essayer de se donner une légitimité en ce vingt-et-unième siècle, en profite pour absorber d’autres pays(le dernier en date le Monténégro et demain peut être la Géorgie, voire l’Ukraine elle-même) se rapprochant ainsi davantage des frontières russes et créant par là mêmes des conditions propices à des accrochages entre puissances armées jusqu’aux dents. Le Venezuela, qui fut un havre de paix et de croissance, se trouve, à l’autre bout de la planète, sur le chemin d’une guerre civile, provoquée par les mauvais calculs de la classe politique en place mais aussi par des interventions étrangères flagrantes qui ont pris il y a quelques jours la forme de menaces ouvertes d’intervention militaire. Est-ce le retour de la « politique de la canonnière » en Amérique Latine ? Plus grave encore, les tambours de la guerre se font entendre avec persistance sur la péninsule coréenne, rappelant la guerre des années 50 du siècle dernier, avec la différence qu’il s’agit aujourd’hui du risque d’un conflit nucléaire aux conséquences incalculables. Si, à l’âge de la non-prolifération nucléaire, l’on ne peut excuser le désir maladif d’un dirigeant de posséder l’arme nucléaire et les vecteurs nécessaires pour la porter aussi loin que possible, en même temps l’ont ne peut expliquer la réaction d’une superpuissance qui place le monde entier à portée de ses milliers de bombes atomiques et missiles tactiques et stratégiques tout en s’offusquant qu’un ou deux pays en développement, qui se sentent à tort ou à raison,particulièrement menacés, essaient d’en posséder un nombre qui reste tout de même réduit en quantité et en qualité. La logique n’aurait-elle pas voulu de dialoguer avec ces pays pour calmer leur inquiétude au lieu de les menacer de les effacer de la surface de la terre?

Evoquant toujours les crises politiques, comment ne pas mentionner celles du monde arabo-musulman qui, au cours des derniers mois, a donné de lui-même l’image d’un groupe en perdition ? L’affaire palestinienne, qui n’avance pas d’un iota sur la voie de la solution, a au contraire vu Israël, après avoir déchiqueté le territoire occupé pendant la guerre des six jours, se permettre cet été d’essayer de mettre la main sur les lieux Saints d’El Qods sans que cela ne provoque une réaction unanime des protecteurs des autres lieux saints de notre religion occupés qu’ils sont par des considérations stratégiques qui leur sont propres, un conflit de positionnement avec un pays musulman voisin et un second avec un autre pays arabe du Golfe accusé de tous les maux.Sans parler des prémices d’alliances contre-nature inaugurées par une « conférence américano-arabo-islamique »au même moment où des organisations arabes et islamiques, tels que le Conseil de Coopération du Golfe, la Ligue des Etats Arabes et l’Organisation de la Coopération Islamique sombrent dans l’oubli.

A la faveur de cette situation anarchique, le Yémen continue de vivre l’horreur de la mort,de la famine et des maladies par la grâce de ses frères de « l’Alliance islamique ».L’Irak et la Syrie, alors que leurs efforts de se débarrasser des forces obscurantistes sont sur le point d’aboutir, voient resurgir le danger de la partition du fait des velléités indépendantistes kurdes(pour ne parler que de celles-là)qui risquent de mener les deux pays, et peut être d’autres de la région, vers un nouveau conflit ethnique qui ne serait pas moins meurtrier que le conflit religieux qu’ils viennent de vivre. Entre temps, les mouvements extrémistes qui ont si longtemps ensanglanté le Machrek, semblent vouloir renforcer leur présence dans les pays à majorité musulmane d’Afrique noire(comme le Mali et, plus récemment, le Burkina Faso) et d’Asie de l’est, sans avoir renoncé à reprendre les positions qu’ils ont perdues dans les pays d’Afrique du Nord, comme la Libye(qui tarde à retrouver sa stabilité)et la Tunisie(qui s’offre le luxe en cette fin d’été de s’engager dans un débat « sociétal » et religieux qui-comme nous les aimons- s’annonce passionné et diviseur sur certains droits de la femme- qui ne manquent certes pas d’importance-au moment où des problèmes sécuritaires, politiques et économiques lancinants ne trouvent toujours pas de solutions et risquent de rendre la prochaine rentrée politique particulièrement perturbée).

Oui, le monde est en ébullition et semble manquer de direction. Chez les plus puissants, l’on n’est plus sûr si les structures gouvernementales officielles mènent le jeu ou s’il s’agit plutôt de l’effet d’annonce sur « tweeter », « facebook »et autres réseaux sociaux. Pourtant, quand on a entre les mains le sort de l’humanité toute entière, le sens de la mesure et la voie de la diplomatie doivent l’emporter sur toute autre approche. L’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies tiendra dans quelques semaines à New York sa session régulière avec un débat général auquel participeront comme tous les ans la plupart des Chefs d’Etat et autres hauts responsables du monde et des rencontres bilatérales de la plus grande importance. Cette occasion unique offre la possibilité de concertations utiles sur l’état du monde et sur les voies et moyens d’arriver à un consensus sur les principaux problèmes de l’heure. Cette année en particulier, les yeux du monde seront tournés vers le « palais de verre » pour voir si les « leaders »trouveront en eux-mêmes la sagesse en vue d’avancer sur la voie de la paix et de la prospérité pour les générations actuelles et futures au lieu de reculer vers l’abîme de la guerre et l’extinction.

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