Editorial : Prises de positions diplomatiques et principes

Editorial : Prises de positions diplomatiques et principes

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Des observateurs tunisiens ont sévèrement critiqué sur les réseaux sociaux le contenu et la forme d’un communiqué qui a été récemment publié par notre Ministère des Affaires Etrangères. Pourtant, quoi de plus normal pour un pays souverain que de prendre des positions publiques sur des questions d’ordre régional ou international qui l’intéressent tout particulièrement ? Plus ces positions sont exprimées d’une manière claire, quoique dans le respect des formes diplomatiques et avec le recul nécessaire, plus elles augmentent la crédibilité du pays et dénotent son comportement responsable et son désir de faire entendre sa voix en tant que membre à part entière de la communauté des nations. Encore faut-il, selon ce journal, que le pays en question ait des objectifs bien réfléchis en se prononçant ouvertement sur un sujet donné : Un intérêt national évident, la défense d’un des fondements de sa politique étrangère, la conformité aux valeurs universellement admises et enfin l’appui à un pays frère ou ami soumis à une injustice grossière et flagrante.
Il faut reconnaitre que les responsables actuels de la politique étrangère tunisienne nous ont habitués à des prises de positions courageuses sur des sujets divers. Mais, certaines de ces prises de positions ne résistent pas toujours à un examen minutieux de leur justification par rapport aux objectifs recherchés. Le communiqué publié ce jeudi 09 août, et qui a fait l’objet de nombreux commentaires, est un exemple édifiant à cet égard. Il s’agissait de s’exprimer sur le conflit qui s’est déclenché récemment ente le Royaume d’Arabie Saoudite et le Canada, suite à un « tweet » du Ministère canadien des Affaires Etrangères déplorant l’arrestation par Ryad d’un certain nombre de militantes saoudiennes des droits de la femme. Ottawa semble avoir considéré que cette arrestation effectuée dans un contexte d’atteintes répétées aux droits de l’Homme, était en contradiction avec les engagements internationaux en matière du droit à la libre expression. De nombreuses organisations internationales et non gouvernementales ont abondé dans ce sens, mais la plupart des gouvernements ont maintenu un profil bas. La réaction virulente et multiforme des autorités saoudiennes n’ont fait que cristalliser le différend en le rendant inextricable. Le moment était–il bien choisi pour nous de nous exprimer publiquement sur ce différend ? Il est vrai que certains pays arabes, notamment du Golfe, ont pris le parti de Ryad, mais, un Gouvernement comme le nôtre qui s’identifie volontiers aux normes démocratiques et au respect des droits de l’Homme issus de la révolution de la «dignité », en particulier les droits des femmes, était–il justifié à leur emboiter le pas aussi rapidement ?
Cette prise de position tunisienne a-t-elle tenu compte des intérêts nationaux de notre pays, notamment avec un pays comme le Canada qui accueille des milliers de tunisiens et entretient avec notre Gouvernement des relations politiques des plus cordiales ? Et, s’il est vrai que l’un des fondements de notre politique étrangère est le respect de la souveraineté des pays et la non-ingérence dans leurs affaires intérieures, peut–ont considérer que donner un avis sur un réseau social à l’égard d’arrestations touchant des militants pacifiques des droits de l’Homme, constitue une atteinte à la souveraineté alors que de nombreuses conventions internationales, dont l’Arabie Saoudite est Partie, appellent au respect de la personne humaine? Ce respect ne constitue-il pas l’une des valeurs universelles les plus précieuses soigneusement suivies par des organisations mondiales, y compris le Conseil des Droits de l’Homme, dont l’Arabie Saoudite est membre ? Enfin, peut –on dire que l’Arabie Saoudite, pays frère, abritant deux des lieux les plus sacrés de la religion de la tolérance qu’est l’Islam, a été soumis à une injustice grossière et flagrante alors que des massacres sont quotidiennement menés à quelques kilomètres de ses frontières par une « coalition » qu’elle conduit en toute bonne conscience et sans réactions outrées de notre part ?
La publication de ce communiqué aurait pu être considérée comme un acte sans grande conséquence s’il ne faisait partie d’une série de prises de positions tunisiennes en faveur de Ryad dans le bras de fer de positionnement qu’elle mène dans la région. Est-ce un choix stratégique ?

Commentaire

  1. Une gaffe puisqu’il faut appeler les choses par leur nom….Un alignement improductif et dégradant sur les positions d’un pays qui dirige au sein d’une coalition militaire, une guerre de destruction totale à l’encontre d’un des pays les plus pauvres du monde, en totale violation de la légalité internationale mais avec l’aval d’une Ligue Arabe aux ordres. L’histoire jugera notre diplomatie pour ces errements en contradiction avec ses fondements du non alignement, du respect de la légalité internationale. ..

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