diplomatie tunisienne

Editorial : Quand la diplomatie tunisienne est donnée en spectacle

Dans la soirée du mercredi 31 Octobre, une station tunisienne de télévision privée a invité ses spectateurs à un plateau ayant pour thème principal l’intervention du chef d’un parti politique tunisien dans les affaires intérieures d’un autre pays d’une manière qui ne correspondait pas, selon de nombreux observateurs, aux positions officielles de la diplomatie tunisienne et à ses principes de base. Le déroulement de ce plateau appelle des observations quant à la forme et quant au fond :
—S’agissant de la forme, les producteurs du programme ont jugé bon d’inviter deux anciens « diplomates » habitués aux plateaux de télévision où ils sont souvent présentés comme « experts » en la matière, mais qui n’ont pas trouvé mieux que d’inaugurer leurs interventions par de violentes altercations sur le fait de savoir qui mérite plus que l’autre le titre de « diplomate ».Sans prétendre se présenter en distributeur d’accréditations à ce noble métier, surtout quand ils s’agit de personnalités qu’un concours de circonstances a placées dans la position dont ils se prévalent aujourd’hui, peut-être faut-il rappeler à tous que le propre de la diplomatie est de discuter sans passion et de convaincre sans accusations blessantes même quand elles sont justifiées. Ceci est d’autant plus vrai qu’il s’agissait d’un débat public suivi par des millions de spectateurs qui ont dû, ce soir-là, avoir une idée peu flatteuse de la diplomatie tunisienne et de nos diplomates !
—S’agissant du fond, l’un et l’autre des deux « diplomates » ont donné de « l’incident » de l’incursion du chef du parti en question dans une affaire diplomatique sensible une vue partielle. La question n’était pas de savoir si une personnalité politique est autorisée ou non à donner un avis sur un sujet d’ordre international et s’il en a informé auparavant ou « après-coup » les autorités officielles de son pays, mais plutôt quelle perception est donnée par cette personnalité compte tenu de son positionnement sur l’échiquier national et quel effet cela peut avoir sur les relations extérieures du pays en question. Dans ce cas précis, nous avons affaire au chef d’un important parti au pouvoir se prononçant, certes par suggestion mais sans équivoque, sur les affaires intérieures d’un autre pays et ce en contradiction avec des principes immuables de la politique étrangère tunisienne. Ceci entrait-il dans le cadre d’une campagne électorale précoce ?
Toujours est-il que les remous que l’incursion diplomatique a provoqué justifient les doutes que les professionnels de la diplomatie ont à l’égard de ce que certains appellent « la diplomatie populaire » et que d’autres qualifient plutôt de «diplomatie parallèle ».La politique étrangère d’un pays mérite un minimum de stabilité et ne peut être exposée aux aléas de la politique intérieure .Et, même si elle ne peut être soustraite ni au débat contradictoire ni aux concertations préalables avec les parties concernées et la société civile nationale ,ses fondement ne peuvent être remis en cause et, une fois les positions déterminées par les autorités concernées, le devoir de chacun est de leur fournir tout l’appui possible.
Par ailleurs, cet épisode indique que la politique étrangère de la Tunisie reste incomprise, principalement en raison de la légèreté avec laquelle certains moyens d’information locaux la traitent et le peu de cas qui est souvent fait des véritables professionnels de la diplomatie. Ces derniers, après une carrière bien remplie à l’intérieur et à l’extérieur du pays, se sont aujourd’hui convertis dans le travail associatif ou dans d’autres activités en rapport avec les questions internationales. Ils peuvent apporter sur cette activité, délicate s’il en est, un éclairage autrement plus approprié, plus impartial et certainement plus digne et moins passionné….car, n’est pas expert qui veut !

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