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EDITORIAL: Quand la situation en Tunisie devient objet de rapports publics au service d’organes étrangers

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Dans le monde ouvert où nous vivons, tout pays est passible d’être scruté, voire critiqué, pour sa politique intérieure ou extérieure. Toutefois, un tel examen, qu’il soit bien intentionné ou intéressé, est attendu et généralement accepté quand il provient des médias, de chercheurs privés ou de la société civile nationale et internationale. En outre, certains Gouvernements ont pris l’habitude de publier des rapports annuels sur le comportement d’autres Gouvernements en matière de respect des règles des droits de l’Homme. De tels rapports, bien que souvent accueillis avec des « grincements de dents », surtout qu’ils ne sont pas accompagnés d’une autocritique qui leur aurait donné davantage de crédibilité, sont généralement tolérés car portant sur un sujet d’ordre universel dépassant la seule responsabilité des autorités nationales.

Mais, qu’un Parlement d’un pays aux traditions ancrées se mette à faire paraître, sous son propre emblème ou celui d’une institution qui lui est rattachée, un « dossier »portant des jugements souvent contestables dont la responsabilité est prêtée à un «  expert », jugements censés constituer une base de travail pour des responsables politiques de ce pays vis-à-vis d’un autre, voilà qui est exceptionnel et frise la désinvolture pour ne pas dire le dédain des règles diplomatiques les plus élémentaires.Pourtant,c’est ce que le vénérable Parlement britannique vient de faire en faisant publier en date du 15 juin 2018,par le biais de son centre de documentation officiel,(la House of Commons Library)et sous le numéro d’ordre CBP 8342 , un document (Briefing Paper) intitulé « Tunisia 2018 ».sous la plume d’un certain Ben Smith.

Ce rapport n’a pas attiré d’une manière significative l’attention des observateurs tunisiens qui se sont plutôt « braqués »sur un rapport connexe publié par le quotidien britannique-aussi- « the Guardian »- révélant un supposé financement par le Gouvernement britannique d’opérations de relations publiques du Gouvernement tunisien actuel en faveur de certaines de ses politiques «  peu populaires ». L’importance « politique » de cette révélation a fait que les dits observateurs ont perdu de vue dans la foulée la question plus large, et plus grave de notre point de vue, de la publication du rapport de la « House of Commons Library » qui constitue, ni plus ni moins, qu’un acte inamical à l’égard de la Tunisie. Les professionnels de la diplomatie parmi les lecteurs de ces lignes savent qu’il leur arrive de se voir confier la préparation de rapports sur les pays de leur accréditation ou de voir des institutions particulières se charger de ce travail. Mais le fruit de leur investigation reste toujours frappé du sceau de la confidentialité afin de ne pas nuire à l’image de ce pays ou aux relations bilatérales. Permettre au grand public, et par voie d’un site officel sur internet, d’avoir connaissance d’un tel rapport est hautement inhabituel car il ouvre la voie à de multiples interrogations.

Qui donne au Parlement britannique le droit de juger qu’un des deux principaux Partis politiques au pouvoir en Tunisie est un parti « ordinaire » (mainstream) s’étant débarrassé de son passé idéologique et qui est aujourd’hui « félicité pour avoir permis au processus de réformes démocratiques, notamment s’agissant des droits de la femme, de se poursuivre », alors que l’autre Parti tend à « revenir »aux habitudes de l’ancien pouvoir pré-révolution ?Qui lui permet de considérer que la transition démocratique en Tunisie souffre de graves « errements », dont le sort réservé à «  l’Instance Vérité et Dignité », la loi sur « la Réconciliation Administrative », ou encore les changements « envisagés » dans la loi sur les associations… ? Sur quoi base-t-il son affirmation que la Tunisie présente des signes d’un retour à « l’autoritarisme » ? N’est- il pas exagéré d’affirmer que des intérêts syndicaux et une élite « parfois corrompue »…font obstruction aux réformes dans le pays ? N’est –il pas dommageable d’affirmer que la Tunisie « reste une source significative de recrutement pour les organisations terroristes Daesh et El Qaeda » ?Pourquoi le rédacteur de ce rapport se permet-il de s’immiscer dans le débat politique interne en affirmant que «en écartant Chahed du poste de Chef du Gouvernement-comme le souhaitent certains-ne sera pas de nature à résoudre les conflits qui rendent les réformes difficiles dans le pays et l’instabilité pourrait saper la confiance des investisseurs à la fois tunisiens et étrangers dans le système » ? Cet argument ne rappelle-t-il pas celui d’un certain Parti politique tunisien attaché au statuquo sur ce sujet… ?Ceci d’autant que le même « expert » se permet d’avancer que la Tunisie n’est pas immunisée contre un « retour de manivelle »comme celui opéré en Egypte surtout qu’il existe, d’après lui , la forte suspicion que  la « vieille garde »est de retour avec le «  style mafieux » du règne de la famille qui avait existé sous Ben Ali .Rien de moins !Et la liste des reproches continue mélée,pour faire bonne figure, à des «  tapes » d’encouragement du genre « la Tunisie reste une démocratie »(ouf !) sans oublier au passage le rôle « joué par la Grande Bretagne dans le maintien de ce processus par le biais de la Westminster Foundation for Democracy». Ceci ne tend-il pas à confirmer les « révélations » susvisées du Guardian ?

       Notre pays qui pleure actuellement ses valeureux sécuritaires victimes du dernier acte terroriste et tente d’en tirer les conclusions, n’a certes pas besoin d’un autre sujet de préoccupation. Cependant, le moment venu, le Gouvernement britannique doit être amené à prendre conscience du tort ainsi porté aux relations traditionnellement amicales existant entre nos deux pays. Le bienvenu regain d’intérêt qui semble être porté à la Tunisie par les autorités de Sa Majesté devrait prendre une voie plus constructive !

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