Editorial : Où vont les relations entre la Tunisie et les...

Editorial : Où vont les relations entre la Tunisie et les Etats Unis?

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Ce journal s’est fait l’écho, au cours des dernières semaines, de nombreux articles d’opinion écrits par des journalistes et des commentateurs avertis-américains et tunisiens- dans de grands journaux d’outre-Atlantique qui se sont penchés d’une façon critique sur la décision de la nouvelle administration américaine de réduire d’une manière significative son assistance militaire et économique à la Tunisie au titre du nouveau budget 2018, considérant que cette mesure peut être d’une portée grave pour les relations entre les deux pays et pour la stabilité dans notre région, voire dans le monde.

Plus récemment une vénérable institution américaine, la « Carnegie Endowment for International Peace », fondation privée qui s’intéresse à la diplomatie et au raffermissement de la paix dans le monde, a écrit, sous la plume d’une chercheuse spécialisée dans les affaires du Moyen Orient, Sarah Yerkes, un article en anglais, publié également dans le journal le « Hill », sous le titre « nous avons besoin de la Tunisie dans la lutte contre Daesh » dans lequel la décision de l’administration de réduire l’aide à la Tunisie, notamment dans sa partie sécuritaire, est considérée non seulement comme allant à l’opposé de la politique annoncée par Washington de « détruire » cette organisation terroriste mais « pourrait également avoir des conséquences dangereuses pour les américains et leurs alliés. Réduire l’aide à un pays qui se trouve dans les premières lignes de la lutte contre Daesh est à la fois peu judicieux et dangereux », affirme l’auteur. Cette mesure est d’autant plus malencontreuse qu’elle survient deux ans seulement après « la désignation de la Tunisie par les Etats Unis parmi les rares pays à bénéficier du statut d’Allié Majeur Non Membre de l’OTAN » et alors que le pays connait encore d’importants défis économiques et surtout sécuritaires (notamment vu la situation qui prévaut en Libye). La chercheuse signale les craintes de certains milieux officiels américains de voir la Tunisie, au cas où elle serait obligée de recourir à des crédits pour satisfaire ses besoins sécuritaires, qu’elle ne s’adresse à d’autres fournisseurs d’équipements militaires (comme la Russie ou la Chine) ou qu’elle ne s’engage dans un endettement coûteux pour son économie, deux scénarios aussi inquiétants l’un que l’autre aux yeux de ces milieux. Et la chercheuse de conclure que par delà toutes ces considérations, « tourner le dos à la Tunisie ne manquera pas d’envoyer un signal terrible selon lequel les Etats Unis d’Amérique ont comme priorité d’infliger la défaite à l’Etat Islamique tant que les autre paient le prix ».

Voila que les enjeux stratégiques et économiques de la décision américaine sont cernés. Mais, pour nous, Tunisiens la question comporte aussi des dimensions historiques, sentimentales et politiques. Les relations tuniso-américaines s’étendent sur plusieurs siècles et, bien au-delà des aspects financiers devenus apparemment si importants pour certains nouveaux venus en politique, se sont toujours caractérisées par un respect mutuel qui s’est manifesté à travers toutes les péripéties de l’histoire moderne des deux pays, en tout cas bien avant que les nouveaux « alliés stratégiques » n’apparaissent. Entre la Tunisie et les Etats Unis d’Amérique il y a eu bien sûr des intérêts communs mais aussi des sentiments d’amitié qui n’ont jamais fait défaut. Bien plus, les choix politiques faits par la Tunisie depuis qu’elle a regagné son indépendance, loin de tout alignement aveugle, ont été clairement en harmonie avec les idéaux de liberté prônés par les pères fondateurs outre-Atlantique.

Voir aujourd’hui la Tunisie recalée dans l’intérêt de Washington, comme le symbolisent les coupes drastiques annoncées (sans parler des interrogatoires serrés, pour ne pas dire musclés, auxquels les visiteurs tunisiens qui se présentent aux aéroports US munis de documents et de visas réglementaires, sont soumis dans des bureaux fermés), peut satisfaire ceux dans les deux pays qui prônent l’éloignement, voire la rupture. Il importe que ceux qui croient en la pérennité des relations entre les deux peuples, comme les journalistes et les penseurs mentionnés plus haut, continuent à peser de tout leur poids avec l’espoir qu’ils seront rejoints par des décideurs et d’autres bonnes volontés. Les deux parties y auront tout à gagner en ces temps incertains que nous vivons tous.

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