Editorial : Remaniement ministériel et diplomatie tunisienne

Editorial : Remaniement ministériel et diplomatie tunisienne

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Le dernier remaniement opéré par le Chef du Gouvernement sur son équipe gouvernementale, et en attendant de passer l’épreuve de l’Assemblée des représentants du peuple, sauvegarde la structure de base du Ministère des Affaires Etrangères, mais apporte aussi du nouveau sur lequel l’on peut apporter des réflexions préliminaires en attendant d’examiner le programme de l’équipe remodelée, tel qu’il sera présenté pour l’obtention de la confiance des représentants du peuple.

Il est certes positif de constater que le premier responsable du Ministère, M.Khmaies Jhinaoui et son adjoint direct, le Secrétaire d’Etat Sabri Bach Tobji, sont maintenus en fonction, ce qui ne peut que favoriser la continuité dans un département sensible qui traite avec l’étranger dans une période fortement perturbée et est chargé de dossiers touchant à la sécurité et au développement du pays. La Tunisie doit pouvoir compter sur ce duo de professionnels expérimentés pour poursuivre les réformes au Ministère et rehausser davantage la place de la Tunisie dans le monde.

En même temps, le fait que le Ministère soit diminué du Secrétariat d’Etat chargé de l’émigration et des tunisiens à l’étranger prive la diplomatie tunisienne d’un instrument important dans ses négociations avec les partenaires et prive les tunisiens à l’étranger d’une voix directe pour influencer la politique étrangère tunisienne dans un sens favorable à leurs nombreuses causes. Cependant, ces tunisiens auront, en la personne de M.Hatem Ferjani, nouveau Secrétaire d’Etat auprès du Ministre des Affaires Etrangères, chargé de la diplomatie économique, un intermédiaire précieux, bien au fait de leurs problèmes puisqu’il a passé l’essentiel de sa vie d’adulte à l’étranger, plus précisément en Allemagne où il a fait ses études en droit et exercé le métier d’avocat avant de représenter la communauté tunisienne expatriée à l’Assemblée du peuple. A cet égard, la nomination de M.Ferjani au Gouvernement est un atout incontestable. En est-il de même pour la mission primordiale pour laquelle il a été désigné ?

Ce journal ne tombera pas dans la réaction, qui peut paraître évidente, de regretter que le prochain responsable de la « diplomatie » économique ne sera pas un diplomate de carrière aguerri dans les négociations avec les partenaires bilatéraux et multilatéraux. Mais, il n’en restera pas moins que si le nouveau Secrétaire d’Etat n’aura pas le rôle de supervision et de coordination de ces négociations en collaboration avec les ministères et organismes techniques concernés, l’innovation que constitue sa nomination ne servira pas à donner à notre diplomatie économique l’élan recherché. Dès le 03 août 2017, c’est-à-dire au lendemain de la tenue de la dernière Conférence des Chefs de postes diplomatiques et consulaires, ce journal avait, dans un éditorial, préconisé la désignation « d’un haut responsable au sein du Gouvernement, avec le rang de Secrétaire d’Etat ou de Ministre Délégué-de préférence rattaché administrativement au Ministère des Affaires Etrangères-qui serait habilité à participer aux Conseils des Ministres et qui aurait la responsabilité de diriger une structure légère pour superviser….la coopération internationale de la Tunisie(dans son sens le plus large), ainsi que les relations de la Tunisie avec l’Afrique » En effet, demander à ce responsable, flanqué peut être d’un assistant ou deux, d’être un simple intermédiaire entre l’administration tunisienne et les partenaires étrangers en matière de coopération internationale, d’investissements et d’échanges commerciaux, le réduirait à un rôle sans consistance. Pour que ce rôle soit significatif, il y aurait lieu de l’avis de ce journal, en plus de la facilité d’accès aux structures de décision, que le nouveau Secrétaire d’Etat soit :

1/doté d’une équipe légère certes mais suffisamment importante sur les plans du nombre et de la qualité, tirée des services du Ministère des Affaires Etrangères mais aussi de certains autres ministères et organismes spécialisés.

2/Chargé, en premier lieu, de préparer le plus tôt possible, une consultation nationale sur les problèmes de la diplomatie économique tunisienne, notamment avec l’Afrique. Cette consultation pourrait mener à une stratégie acceptée par tous les intervenants, et peut être à la création, à l’instar d’autres pays, d’une commission nationale permanente, ou d’un conseil national, chargés du suivi de la mise en œuvre de cette stratégie.

3/Habilité à présenter, à la lumière de cette stratégie, une nouvelle conception des diverses représentations tunisiennes à l’étranger avec comme objectifs l’unicité, l’efficacité et la réduction des coûts opérationnels.

M .Ferjani a peut être une expérience diplomatique limitée, mais sa formation académique et professionnelle, sa connaissance de l’environnement extérieur, notamment en Europe et spécialement en Allemagne, nos principaux partenaires, pourraient l’aider à jouer pleinement son rôle dans la dynamisation de la diplomatie économique tunisienne, à condition qu’on lui fournisse le cadre institutionnel et l’appui administratif et technique nécessaires.

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