tourmente

EDITORIAL: Rétrospective de 2018, année de la tourmente pour le monde…. et pour la Tunisie

Dans quelques jours, l’année 2018 s’achève. Elle nous quitte sans laisser auprès de la plupart d’entre nous un sentiment de regret. Car, ce n’est point faire preuve d’un excès de pessimisme que de dire qu’elle aura été une année où la tourmente a constitué le trait dominant pour le monde d’Est en Ouest, du Nord au Sud, laissant un goût amer et un sentiment d’appréhension quant à l’avenir.
En traçant la rétrospective de l’année passée, certains observateurs avaient relevé que le monde en 2017 « s’est caractérisé par des zones d’ombre et d’autres d’éclaircie, avec quelques éléments d’incertitude » et fut « l’année du début d’un nouveau cycle de bouleversements dans les relations internationales annonçant probablement des évènements plus significatifs dans l’année que nous inaugurons et les années qui suivent »,appelant tous les responsables concernés « à s’y préparer ».Cette prédiction s’est largement vérifiée, les bouleversements ont eu lieu, les zones d’ombre se sont étendues, celles présentant des signes d’éclaircie se sont rétrécies, les éléments d’incertitude ont notablement augmenté et le degré de préparation aux évènements annoncés s’est avéré insuffisant, sinon inexistant. Certes, le monde, et notre pays avec, ne sont pas encore au bord du gouffre mais la distance qui nous en sépare est devenue particulièrement courte. Qu’on en juge :
Les Etats Unis d’Amérique, sous leur nouvelle Administration, ont dans la deuxième année du nouveau mandat présidentiel, confirmé la tendance à l’unilatéralisme et au déni des engagements internationaux et, sur le plan interne, à une gouvernance personnalisée frisant le chaos absolu, ce qui a rendu la première puissance mondiale peu fiable dans ses rapports avec le reste du monde, y compris avec certaines des autres grandes puissances, et peu prévisible dans l’interaction entre ses différentes institutions. Cette situation commence à se ressentir dans l’état de l’économie de ce pays, longtemps considérée comme la locomotive de l’économie mondiale qui donne à son tour des signes d’un ralentissement dommageable pour tous. Ces caractéristiques risquent de se retrouver, voire s’aggraver, au cours de l’année prochaine en dépit du changement de majorité au sein de la Chambre des Représentants, mettant en danger la stabilité du pays et du monde dans son ensemble. La principale certitude qui subsiste dans le paysage politique Outre- Atlantique est la propension à exporter vers le reste du monde un type de nationalisme et de populisme de droite anti-étranger, devenu ravageur.
—Ce « nationalisme et populisme de droite » s’est étendu vers le sud, dans certains pays d’Amérique Latine, et surtout vers l’Est dans de nombreux pays européens dont certains proches de la Tunisie. Il s’est doublé, récemment, d’un nationalisme et populisme dit « de gauche », symbolisé par l’action des « gilets jaunes », épousant des slogans visant des conditions d’ordre interne mais qui risquent de renvoyer en dernière analyse au rejet de certaines règles ayant régi jusqu’ici les relations internationales, telles celles de la mondialisation. Ces développements mettent en danger non seulement les équilibres nationaux et la résistance des Chefs d’Etat « éclairés et multilatéralistes » au déferlement xénophobe, mais également les structures communes, en particulier l’Union Européenne. Celle-ci, après le choc du BREXIT qui n’a pas encore connu son épilogue, risque de voir son avenir fatalement compromis au cas où les mouvements populistes de droite et /ou de gauche réussissaient à dominer les prochaines élections européennes prévues en 2019.Une telle perspective risque d’être lourde de conséquences pour le reste du monde, en particulier pour les pays arabo-musulmans et africains ayant des liens historiques forts avec l’Europe.
—Les pays arabo-musulmans depuis longtemps déchirés par des divergences idéologiques internes ont continué pour la plupart de vivre en 2018 dans la tourmente et ce malgré le succès partiel remporté contre le terrorisme islamiste et la réussite du Gouvernement légitime syrien à préserver un minimum d’unité dans le pays et à tenir tête aux interventions étrangères. Toutefois, le rôle perturbateur d’Israël dans ce pays et dans la région et sa persistance à ignorer les droits des palestiniens, continuent de peser de tout leur poids. L’assassinat dans des conditions dramatiques du journaliste Saoudien Jamal Kashoggi a achevé de déstabiliser l’équilibre précaire de la région. Bien que cet acte semble avoir poussé Riadh et ses alliés à un début de compromis sur le pénible conflit du Yémen, il a fragilisé davantage les structures régionales communes, en particulier le Conseil de Coopération du Golfe et la Ligue des Etats Arabes dont la Tunisie se prépare à accueillir le prochain Sommet en mars 2019, rencontre qui s’annonce mouvementée, surtout que les pays du Golfe, divisés par ailleurs, s’entêtent, contre toute logique, à refuser le retour de la Syrie au sein de cette Organisation la discréditant ainsi davantage, peut-être d’une manière irrémédiable. Dans ces conditions, la réunion de Tunis aura-t-elle lieu ? Si oui, sera-t-elle la réunion de la concorde ou plutôt la dernière dans la vie de cet ensemble ?
L’Afrique, qui était, en 2017 l’une des rares zones d’éclaircie, a continué en 2018 à se frayer son chemin sur la voie de la démocratie et de la croissance. Mais, les progrès réalisés se sont révélés fragiles en 2018 comme l’indiquent les multiples contestations des résultats des élections tenues. Par ailleurs, l’accroissement du phénomène de la migration africaine clandestine, notamment vers l’Europe, révèle que la croissance, enregistrée ici et là, reste mal répartie, ce qui annonce des remous sociaux difficiles à maitriser, comme l’atteste le cas du Soudan qui connait en cette fin de 2018 sa « révolution du pain ».La lutte d’influence de plus en plus acharnée que subit le continent africain de la part de puissances extrarégionales convoitant ses richesses et sa situation géographique, augure enfin d’évènements pouvant devenir incontrôlables .
— La Tunisie, malgré la réussite relative de son expérience démocratique, a connu en 2018, elle aussi, sa part de la turbulence qui traverse le monde arabo-musulman, l’Afrique et le monde en général. L’année se termine par une recrudescence de l‘activité terroriste, une nouvelle immolation par le feu suivie de manifestations de rue qui ne sont pas loin de rappeler celles qui avaient donné le signal de la révolution du 17 décembre 2010 -14 janvier 2011, un crime odieux ayant eu pour victime le représentant des étudiants ivoiriens poursuivant leurs études en Tunisie, et enfin des pénuries dans des produits vitaux. Ceci alors que la vie politique connait des tiraillements sans précédent, que l’économie connait des déséquilibres inquiétants et que les rapports entre le pouvoir et les syndicats sont particulièrement tendus. Tout donne à penser que l’année électorale 2019 s’annonce particulièrement perturbée. La population redoute surtout un janvier porteur de tous les dangers ! Au milieu de cette atmosphère particulière et des dangers inhérents à l’instabilité dans certains des pays de notre voisinage, la diplomatie tunisienne, qui a été durement éprouvée, surtout en fin d’année, par la disparition de certains de ses anciens cadres, a continué de se déployer pour tenter de défendre les intérêts de la nation…
Le bilan global, tel que tracé dans les paragraphes précédents, peut paraitre pessimiste. Encore qu’il ne se réfère pas à la tourmente produite par des conditions atmosphériques difficiles ayant produit, tout au long de 2018, un nombre impressionnant de catastrophes, sous forme de feux de forêts, d’inondations et même de tsunamis, découlant toutes des changements climatiques contre lesquels les experts n’ont cessé d’avertir mais que des politiciens entêtés et mus par des intérêts économiques particuliers, continuent d’ignorer.
Est-ce à dire que la situation du monde et de ses différentes régions est définitivement compromise ? Loin de là. Encore faut-il une prise de conscience générale des risques encourus et des solutions qui s’imposent. C’est là une autre question qui nécessite un débat approfondi, national d’abord et au sein d’un système multilatéral auquel on aura rendu son lustre ! 2019 verra-t-elle le début de ce débat ? Il faut l’espérer…tout en souhaitant à tous, malgré tout, une bonne et heureuse nouvelle année !

A voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A ne pas manquer