Shady Zalat, journaliste à Mada Masr. Photo : Associated Press

En Egypte, un média indépendant perquisitionné

Le média indépendant égyptien Mada Masr a annoncé, dimanche, faire l’objet d’une perquisition dans ses locaux au Caire, au lendemain de l’arrestation de l’un de ses journalistes.

Le média indépendant Mada Masr a annoncé, dimanche 24 novembre, faire l’objet d’une perquisition en Egypte au lendemain de l’arrestation de l’un de ses journalistes, le trentenaire Shady Zalat, à son domicile. « Des policiers en civil ont perquisitionné les bureaux de Mada Masr au Caire. Le personnel est actuellement retenu, et leurs téléphones ont été coupés », a écrit le média en ligne dans publication sur son compte Twitter, le 24 novembre.

Mada Masr est apprécié pour ses enquêtes sur les questions liées à la corruption et la sécurité, publiées en arabe et en anglais. La semaine dernière, le journal indépendant avait publié un article affirmant que le fils du président Abdel Fattah al-Sissi, Mahmoud, avait été transféré à Moscou pour occuper un poste diplomatique. Selon cette enquête, la réaffectation du fils du président, qui occupe un poste au sein des renseignements généraux, interviendrait après des critiques internes au sein de l’appareil sécuritaire. « Des membres du cercle proche du président, en Egypte et aux Emirats arabes unis, parrain du Caire, ont déploré l’impact négatif du rôle de plus en plus grand et visible joué par Mahmoud Al-Sissi auprès d’Abdel Fattah Al-Sissi », souligne le journal français Le Monde.

Selon une source des renseignements généraux citée par Mada Masr, le fils du président aurait notamment été critiqué pour sa mauvaise gestion du scandale lancé par l’homme d’affaires égyptien exilé en Espagne, Mohamed Ali. Dans une série de vidéos publiées en septembre, ce dernier a accusé Sissi et son armée de corruption, donnant lieu à des manifestations les 20 et 21 septembre. « Mahmoud Al-Sissi serait également jugé responsable, selon ces sources, d’une purge au sein des renseignements généraux, qui aurait suscité de nombreuses tensions », note encore Le Monde.

France 24 indique qu’il n’est pas certain que Shady Zalat, qui travaille depuis 2014 pour Mada Masr, ait « participé à cette enquête ».

Répression de journalistes

Un journaliste de Mada Masr s’adressant à l’AFP depuis l’extérieur des bureaux a confirmé dans la journée que les policiers se trouvaient toujours dans les locaux, autour desquels il dit avoir vu plusieurs véhicules des forces sécuritaires.

« Ils m’ont d’abord empêché d’entrer, ensuite ils m’ont emmené au sixième étage, où se trouve le bureau. Nous avons frappé à la porte et j’ai vu mes collègues pendant une fraction de seconde », a-t-il indiqué. « Un policier, également en civil, a dit ‘personne n’entre, ni ne sort’ et ils m’ont laissé partir », a ajouté ce journaliste, en précisant qu’il reviendrait avec un avocat. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Abdel Fattah al-Sissi en 2014, « une vague de répression s’est abattue sur les journalistes, les opposants et les militants égyptiens », souligne France 24.

Mada Masr compte parmi une centaine de sites Internet d’information bloqués par les autorités égyptiennes ces dernières années, et dont l’accès n’est possible pour les internautes égyptiens que via une application VPN (réseau privé virtuel). L’arrestation de Zalat est ainsi, pour le Washington Post, « le dernier signe d’une répression croissante des libertés par le gouvernement du président Abdel Fatah al-Sissi », gouvernement que le journal américain décrit comme « le régime le plus autoritaire de l’histoire moderne de l’Egypte ».

L’Egypte est le pays qui emprisonne le plus de journalistes au monde après la Chine et la Turquie, selon le Comité pour la protection des journalistes, une association basée à New York. « La Turquie, la Chine et l’Egypte sont responsables de plus de la moitié des personnes emprisonnées dans le monde pour la troisième année consécutive », écrivait ainsi le comité en décembre 2018.

De son côté, l’ONG Amnesty International a fortement dénoncé, dans un tweet publié le 23 novembre, cette perquisition et appelé le gouvernement à libérer M. Zalat. « Les forces de sécurité ont arrêté arbitrairement un journaliste de Mada Masr, Shady Zalat, aujourd’hui. Les autorités doivent le libérer immédiatement et sans condition. Ils doivent s’assurer qu’il est protégé contre la torture, lui permettre de consulter un avocat et de contacter sa famille », a écrit l’organisation de défense des droits de l’homme.

N.B.

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