Photo : Ahmad al-Rubaye, AFP

En Irak, internet coupé et manifestations meurtrières

Internet était coupé jeudi dans une grande partie (environ 75 %) de l’Irak, au troisième jour de manifestations meurtrières lancées par des appels sur les réseaux sociaux. Il s’agit selon l’AFP de « restrictions décidées par des fournisseurs », comme l’indique le site spécialisé Netblocks.

Depuis mercredi, les réseaux sociaux ont progressivement cessé d’être accessibles à Bagdad et dans le sud du pays, touchés par un mouvement social inédit, et les manifestants indiquaient ne plus pouvoir communiquer ou poster en ligne des photos et des vidéos. Ces restrictions ont ensuite été étendues à l’ensemble du réseau internet, faisant de l’Irak un pays « largement coupé » du monde, selon NetBlocks, un observatoire international de l’Internet.

Les autorités irakiennes n’ont jusqu’ici pas commenté la déconnexion des trois quarts du pays, où plusieurs villes étaient sous couvre-feu, indique le journal français 20 minutes.

Neuf morts en 24 heures, couvre-feu décrété à Bagdad

Les autorités ont tiré à balles réelles sur les manifestants. Ces derniers, qui se sont donné le mot d’ordre sur les réseaux sociaux, sont sortis dans les rues pour dénoncer la corruption et l’incapacité du gouvernement d’Adel Abdel Mahdi à prendre en charge la crise économique.

La nuit dernière, forces de l’ordre et manifestants se sont fait face dans le centre de Bagdad où un couvre-feu a été décrété à partir de 03H00 GMT jeudi et « jusqu’à nouvel ordre ». Une mesure qui intervient après deux journées de contestation qui ont fait neuf morts en Irak. Les forces de l’ordre s’en sont également prises à des journalistes et arrêté un reporter à Bagdad, selon des correspondants sur place, précise l’AFP.

Bagdad s’est ainsi réveillée sous haute tension, le couvre-feu instauré interdisant tout mouvement de véhicule ou de personne. Par ailleurs, le très populaire leader chiite Moqtada Sadr a appelé ses nombreux partisans à rejoindre les manifestants pour des « sit-in pacifiques » et à une « grève générale » sur son compte Twitter, peu avant que l’accès à Internet ne soit coupé jeudi soir. La popularité de ce leader turbulent fait craindre une explosion du nombre de manifestants.

La mobilisation, qui en est à son troisième jour, sera un test crucial pour le gouvernement en place depuis près d’un an et sommé d’établir des services publics fonctionnels.

L’ONU appelle à la retenue

Les manifestations contre le pouvoir ne sont pas rares en Irak mais depuis l’arrivée du gouvernement d’Abdel Mahdi, le 25 octobre 2018. Le mouvement de protestation rassemble pour sa part toutes sortes de déçus du gouvernement. Aucune organisation, politique ou religieuse, ne s’est déclarée à l’origine des appels à manifester sur les médias sociaux.

Craignant une escalade, l’ONU a appelé à la « retenue ». L’organisation mondiale se dit « préoccupée » par cette escalade de violence et exhorte les autorités irakiennes à « faire preuve de retenue », précise BBC.

L’Irak est le douzième pays le plus corrompu du monde selon Transparency International. Selon l’ONG, la corruption est omniprésente à tous les niveaux de gouvernement en Irak et la petite corruption est « fortement institutionnalisée » dans la société irakienne. Une enquête de l’organisation allemande révélait par ailleurs en 2017 qu’une majorité du grand public n’est pas satisfaite des efforts du gouvernement dans la lutte contre la corruption.

N.B., avec AFP et 20 minutes

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