Les enjeux économiques colossaux des pays ayant pris part à la crise...

Les enjeux économiques colossaux des pays ayant pris part à la crise du golfe

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Depuis la dernière visite de Donald Trump en Arabie Saoudite il y a deux semaines, le riche royaume du Golfe a comme repris son rôle central au cœur de la région du Moyen-Orient et s’est décidé à aller plus loin pour imposer son autorité, en s’attaquant au Qatar.
C’est ce que tend très subtilement à expliquer un article analytique exhaustif, paru dans le célèbre quotidien britannique The Independent, tout récemment. Il compare d’abord la crise à une pièce de Shakespeare, avec tous ses complots et ses intrigues sous-jacentes. Ensuite, nous comprenons progressivement les enjeux de cette crise, qui visiblement, et selon ce journal, n’ont que très peu de liens avec les arguments avancés par l’Arabie Saoudite, à savoir l’implication du Qatar dans le financement des terroristes.

En effet, l’Independent met l’accent sur la responsabilité égale de l’Arabie Saoudite et du Qatar dans le financement de milices terroristes et cela depuis le temps de Ben Laden et du 11 septembre. A titre d’exemple, il explique comment Ben Laden qui était de nationalité saoudienne, a choisi Al-Jazeera, la chaîne qatarie, pour diffuser ses discours, tout comme d’autres leaders d’Al Qaeda et de Jabhat al-Nusrah, aujourd’hui en Syrie.

Ensuite, nous avons des pays comme les Maldives qui ont coupé leurs liens avec le Qatar. Pour comprendre cette décision, il faut revenir sur la récente promesse d’un prêt saoudien de 300 millions de dollars aux Maldives, sur cinq ans, la proposition d’une société immobilière saoudienne d’investir 100 millions de dollars dans une station familiale aux Maldives et la promesse de prêcheurs saoudiens de financer à hauteur de 100 000 $ dix mosquées « de classe mondiale » aux Maldives.

Toutefois, le Qatar compte toujours sur la base aérienne américaine au Qatar dont Sheikh Hamad, au temps de son règne, avait justifié la présence par la possibilité d’être envahi par ses voisins.

Bien que le Qatar ait nié ses liens avec l’Iran, l’Arabie Saoudite insiste sur ce fait et le compare à une trahison. Le Koweït de son côté, continue à mener une politique de réconciliation et tend à rapprocher les états en désaccord. Dubaï, bien que faisant partie des Emirats Arabes Unis, continue à focaliser sur ses intérêts économiques notamment avec l’Iran et les milliers d’expatriés iraniens sur son territoire.

Le sultanat d’Oman, connu pour sa politique étrangère indépendante du reste du golfe, a organisé des manœuvres maritimes conjointes avec l’Iran il y a quelques mois. Le Pakistan a longtemps refusé d’envoyer son armée pour aider les saoudiens au Yémen, parce que l’armée saoudienne sépare les sunnites des chiites, une politique jugée sectaire par le Pakistan.

Pour l’Egypte, la position d’Al-Sissi contre le Qatar se justifie par le soutien de l’Emirat aux Frères Musulmans, accusés par le président égyptien d’avoir des liens avec Daech et de semer la terreur. Toutefois, il est peu probable que les troupes de l’armée égyptienne participent à côté des saoudiens dans leur guerre « catastrophique » contre le Yémen, puisque l’Egypte a besoin de ses forces armées sur place pour faire face aux attaques de l’EI et maintenir la paix au niveau de ses frontières.

Reste un point important qui est les nouveaux rapports du Qatar avec le régime d’Al-Assad. Il semble, selon le même journal, qu’un changement notable est en train de s’opérer entre la Syrie et le Qatar. Récemment le Qatar a aidé à libérer des soldats libanais et des syriens de confession chrétienne des mains de l’EI et de Jabhat al-Nusrah. Ceci indique le désir du Qatar d’avoir sa part dans l’énorme chantier de la reconstruction de la Syrie d’après-guerre. Même si Al-Assad restait en tant que président, la dette de la Syrie envers le Qatar placerait le pays sous le contrôle économique du Qatar.

L’enjeu est double. Cela donnerait au Qatar de vastes possibilités d’investissements tout en lui permettant d’utiliser le territoire syrien comme voie d’acheminement de pétrole du Golfe vers l’Europe via la Turquie, ou par des navires-citernes depuis le port de Latakieh. Pour les Européens, une telle voie réduirait l’influence russe et rendrait les routes pétrolières maritimes moins vulnérables puisque les navires n’auraient pas à se déplacer dans le golfe d’Ormuz.

Il se trouve justement que ce scénario est valable pour l’Arabie Saoudite, qui souhaite de plus d’avoir l’emprise sur le gaz liquéfié du Qatar. Ainsi, la crise du Golfe se présente essentiellement comme une bataille de domination économique et d’influence, elle implique indirectement les puissances mondiales des Etats-Unis à la Russie en passant par l’Europe.

N.B

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