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Face au coronavirus, « les élites en Afrique doivent s’élever au-dessus de leurs propres intérêts »

Dans un entretien donné à la chaîne 24, l’écrivaine franco-ivoirienne Véronique Tadjo a livré sa vision pour une meilleure lutte contre le nouveau coronavirus en Afrique. Son dernier ouvrage « En compagnie des hommes » avait pour thème l’épidémie Ebola, qui avait sévi dans de nombreux pays africains en 2014 et 2015.

Pour Véronique Tadjo, si « Ebola a une identité africaine », il existe des similarités entre les deux crises épidémiques au vu des réactions « très humaines que nous avons face à la mort ». Mais le nouveau coronavirus ayant mis un certain temps avant de traverser le Sahara, l’écrivaine indique qu’il y a eu « ce faux espoir qu’il s’agissait cette fois-ci d’un virus « venu du Nord » ». Aujourd’hui, face à cette pandémie, l’Afrique a-t-elle les moyens de faire face à la crise ? « Il aurait fallu plutôt miser sur la santé communautaire. Les gouvernements ne sont pas allés assez loin dans les réformes après Ebola. Ils n’ont pas su véritablement tirer les leçons du passé », estime-t-elle.

Ayant grandi en Côte d’Ivoire puis vécu en Afrique du Sud, l’écrivaine évoque aussi la gestion différenciée de la crise dans ces deux pays. Pour elle, la Côte d’Ivoire « pays émergent avec une histoire marquée par la colonisation et encore sous l’influence de la France », est fragilisé par les nombreuses crises économiques ainsi que la récente guerre civile qu’il a connues. L’Afrique du Sud dévoile pour sa part plusieurs niveaux de développement à l’intérieur du pays. « C’est une puissance économique et industrielle qui n’a pas d’égal sur le continent ». Malgré cela, un fractionnement social y persiste. « Il y a une très grande pauvreté dans la population noire, qui est majoritaire, avec des ‘townships’ surpeuplés qui manquent de tout : chômage, etc. L’apartheid reste un héritage très lourd. J’ai tout de même l’espoir que l’Afrique du Sud saura gérer cette crise sanitaire. Mais le gouvernement gagnera-t-il la confiance de la population ? », s’interroge-t-elle.

Remporter l’adhésion des populations par la transparence

Mais en Côte d’Ivoire comme ailleurs, « il faudra remporter l’adhésion des populations par la transparence, des messages clairs, la solidarité économique et sincère, ainsi que l’exemple des élites ». Les élites bénéficient de nombreux privilèges, souligne-t-elle. Elles sont « bien nourries, bien éduquées et bien rémunérées. On attend maintenant d’elles qu’elles parviennent à s’élever au-dessus de leurs propres intérêts et qu’elles deviennent une force progressive ». L’auteure dit par ailleurs souhaiter que l’Afrique puisse bénéficier d’une société civile « plus active et soutenue par une classe moyenne consciente de son poids dans la société ».

Fort écart Nord-Sud

« Nous ne sommes pas égaux devant la mort. Nos chances de survie divergent énormément. Alors que la pandémie fait des ravages, les pays riches se battent pour obtenir le plus de masques, d’appareils respiratoires et de médicaments possibles. Des sommes gigantesques sont débloquées. Mais les pays du Sud n’ont pas ces moyens-là », fait-elle remarquer. L’écrivaine va plus loin encore : « Peut-on vraiment « changer ses habitudes » quand des familles entières vivent à dix dans de minuscules pièces dans des cours communes avec des voisins dans la même situation ? La distanciation sociale et le confinement sont un luxe qu’ils ne peuvent pas s’offrir. Ajoutez à cela le manque d’accès à de l’eau potable et les coupures d’électricité et vous avez une bombe à retardement ! Les traditions ne sont pas en cause, c’est la pauvreté qui l’est. Oui, comme on l’a vu pour Ebola, on peut changer de mentalité par nécessité, mais cela demande de nombreuses campagnes de sensibilisation et des infrastructures. »

N.B.

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